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thomas becker

  • Faites demi-tour dès que possible

    la volte, faites demi-tour dès que possible

    Pour fêter leur dixième anniversaire, les éditions la Volte (La Horde du contrevent, Le Déchronologue, les romans de Jeff Noon...) ont demandé à une petite quinzaine d'auteurs d'écrire une nouvelle de fiction à la fois ancrée dans un terroir, et « saisie par l'imaginaire ». Le résultat s'intitule Faites demi-tour dès que possible. Au sommaire, donc, quatorze territoires, villes ou régions, avec de fameuses plumes, dont sept figuraient déjà au sommaire du Jardin schizologique (que j'avais eu le plaisir de diriger). Étant encore de la partie, bien que cette fois en tant que simple auteur, je ne puis évidemment livrer une critique en bonne et due forme, d'autant que plusieurs auteurs sont des amis, et si d'aventure certains textes m'avaient déplu je n'en dirais certes rien : contentons-nous donc donc de faire la réclame, et de porter à votre connaissance l'existence de ce recueil et de ses plus belles pages.

    Si vous ne faites pas demi-tour et vous procurez l'ouvrage, vous lirez quelques très beaux textes, comme ceux de Leo Dhayer (« Ichtyornis, juvenilia, knickerbockers, labyrinthodonte », récit sensible et stylé d'un passage brutal de l'enfance à l'âge adulte, sur une étrange Côte d'Opale), d'Alain Damasio (« Le chamois des Alpes bondit », où l'injection de mémoire liquide, et c'est là un point commun avec « Le Berceau des lucioles » de Jacques Barbéri, fait vivre à son narrateur une expérience schizoïde des plus perturbantes) ou de Stéphane Beauverger (« DCDD » ou la perdition d'un journaliste dans les fantomatiques monts d'Arrée, où rôdent l'Ankou et la méfiance). Il y a, aussi, le plaisir de lire le retour anticipé de Ketty Steward sur les terres létales de son enfance (comme une manière, somme toute assez ludique, de faire le deuil de celle qui se racontait dans Noir sur Blanc), et la petite musique science-fictive de Philippe Curval, qui envisage à sa primesautière manière l'évolution inattendue de notre système nerveux entérique – autrement dit le petit cerveau que nous avons tous dans le bide. Je pourrais encore citer l'Est onirique de Léo Henry ou « L'île des pierres lentes » de Norbert Merjagnan, dont le seul titre résonne clairement avec mon Angoulême insulaire et ses Météores Lents, mais je voudrais ici mettre en lumière Jeanne Julien, qu'on avait découverte dans Le Jardin schizologiqueavec une nouvelle déjà coupée au couteau, « Sacha », et qui nous délivre un formidable et percutant « Coup d'langue », récit bien acéré des derniers soubresauts d'une vieille femme qui ne demande rien d'autre qu'un dernier shoot de souvenirs.

     

    Quelques mots encore, pour finir, à propos de ma nouvelle alchimique et apocalyptique « Finis Gloriae Mundi ». Imaginez un Déluge. Angoulême sous les eaux. Un organiste solitaire. Un fleuve de montgolfière. Vous y êtes ?

     

    La cathédrale pouvait attendre. Si son interprétation de la position des météores lents était juste, il en aurait terminé aujourd’hui même.

     Les mains sur le parapet, à l’ombre de la statue de Carnot, à l’endroit précis où, selon la légende, les murailles d’Iculisma tombèrent d’elles-mêmes en l’an cinq cent huit, ouvrant la voie à Clovis venu chasser les disciples d’Arius et asseoir sa domination, l’organiste titulaire Aloysius respirait les embruns atlantiques et observait la perpétuelle migration des montgolfières. Il en venait sans cesse de nouvelles, toutes identiques, et toujours d’est en ouest. Leurs robes d’or resplendissaient au large du millième matin, antiques et innombrables, dessinant un fleuve de constellations éphémères, tant sur le dôme d’azur que sur l’océan-miroir dont la main titanesque était venue mourir ici-bas, à l’adolescence du siècle, juste sous ses yeux. Certaines dérivaient en haute altitude, si lentement qu’en pleine nuit, sous les feux tournants du phare-campanile, elles se confondaient avec les étoiles, et l’on n’aurait su dire alors si leur éclat émanait des braises de leurs entrailles ou plutôt de quelque propriété réflective de leur enveloppe ; d’autres glissaient à trente pieds seulement des terrasses du Château, sur lesquelles Aloysius aimait à s’allonger par temps clair. Au clapotement des vagues qui, un peu plus loin, venaient lécher les remparts, s’ajoutait alors le souffle nonchalant des brûleurs.

    (Finis Gloriae Mundi)

     

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  • L'Amor en ce jardin

    jesus, christ, tsunami, tantamount

     

      

    « O Seigneur voici donc qu'au terme de ma vie

    D'humble personnage, dans mon capharnaüm

    (Vois donc mon bric-à-brac) voici que je dévie

    Des chemins tout tracés, aiguillés par les hommes »

     

    (A. S.-T., Tapisserie d’Anabelle)

     

     

     

    Pendant qu’en Mordor, certain invocateur des mânes du Logos pète une nouvelle durite et s’acharne ad hominem avec une violence délirante sur un ami zinzin, à qui nous levons ce soir notre ultime verre de Dernier-Empereur-Fumé, Le Jardin schizologique, serein comme un pape, poursuit son œuvre souterraine. Signalons ainsi à notre sympathique lecteur (et à toi aussi, charmante lectrice) quelques élogieuses recensions de notre anthologie bien-aimée.

    Claude Ecken montre, dans L'Ecran Fantastique de février, qu'une brève notule de type journalistique, dans une revue consacrée au cinéma de genre, n'empêche nullement de rendre compte, à l'intention du grand public, des forces singulières qui animent un livre (j'en suis d'autant plus conscient que, critique, j'ai toujours éprouvé les pires difficultés à ne pas me répandre en jouissives exégèses. Il est vrai aussi que l'exercice ne m'intéresse pas le moins du monde). « [On] est pas toujours sûr de tout comprendre, écrit-il, mais cela fait partie du jeu ». Que d’autres en prennent note…

    Le Jardin était également à l’honneur (à 46’40 environ) dans l'émission science-fictionnesque de la Salle 101 du jeudi 3 mars 2011. Le cousin Abdaloff, qui a particulièrement apprécié les nouvelles de Stéphane Beauverger et d’Alain Damasio (sans oublier Philippe Curval, Frédéric Serva ou encore David Calvo), y évoquait notre recherche d’une « émotion esthétique », et, au-delà de son incompréhension de certains textes, son sentiment fugace que quelque chose affleure, et qu’il convient d’aller chercher, certes non sans effort. Aux dires d’Abdaloff – qui, j’en suis heureux, a cité à propos de ma nouvelle Des Fleurs pour Algernon (mais personne n’a encore identifié la principale référence S.-F. de « False Reversion » !) –, notre livre « ouvre d’autres perspectives dans la perception de la littérature ». Rien que ça ! Comme le signale Raoul, le chef de famille Abdaloff, ce n’est pas un mince compliment.

    Enfin, pour Laurent Diouf, dans la page science-fiction de MCD (le webzine des « musiques et cultures digitales »), Le Jardin s'impose, « baroque, distordu, alambiqué, morcelé comme la pathologie dont [il] se réclame ».

    Il semblerait que le Jardin soit un livre de garde. Tout est pour le mieux. Permets donc, ami(e), que je te délaisse une nouvelle fois, pour me remettre illico à la partie versifiée de ma prochaine nouvelle (une pochade, tout au plus).

     

     

     

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  • Exhibit Mirrors (tribute to J.G. Ballard)

     

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    Photographie : Olivier Noël

     

    Atrocity Exhibition. Bourdonnement électrique du drone postindustriel. Cette exposition unique - à laquelle les officiels eux-mêmes n'étaient pas conviés - offrait une caractéristique assez inquiétante : l'omniprésence, dans les œuvres présentées, des thèmes apocalyptiques. Les installations, entre lesquelles évoluait Thomas Becker, lui évoquaient les jardins de Locus Solus aussi bien que son propre réel, comme s'il avait d'ores et déjà, depuis toujours semblait-il, parfaitement assimilé leur potentiel psychopathologique - comme s'il en avait perçu le singulier pouvoir d'enchâssement. Les nappes hypnotiques du drone, soufflées par les nombreuses enceintes du Centre, se synchronisaient à ses influx nerveux. À l'approche de la quatrième salle, elles s'estompaient progressivement pour laisser place à un tintement édénique, aux limites de la perception.

    Crystal World. Soleil prismatique traversant le visiteur. Thomas Becker pénétra dans une grotte hérissée de cristaux efflorescents, au milieu desquels l'attendait une alvéole, et dans cette alvéole, un siège vitrifié aux mille reflets, sur lequel, second, il se lova. Oubliée, sa berline ; effacés de sa mémoire, les grandes surfaces ; remisée dans la banlieue de son esprit, l'exposition - ces zones grises de la pénombre. Bien qu'intégralement vêtu de noir dans sa matrice de cristal, pantalon tee-shirt chaussures imperméable, Thomas irradiait de l'intérieur, transparent soudain, minéralisé dans ses rêves de paix éternelle ; frappé par l'immortalité du temps asymptotique qui pétrifiait la forêt de cristal, il se remémorait ses amours passées, dont l'image se diffractait à l'infini. Se figer dans un tableau de Max Ernst.

    Crash test. Des bruits distordus de combustion, de chocs brutaux et de tôles froissées arrachèrent Thomas à son immortalisation. À contrecœur, mais irrésistiblement attiré par cette symphonie d'Armageddon routier, Thomas Becker abandonna sa niche d'éternité. Guidé par la bande-son d'auto-désastres, il s'engagea d'un pas mesuré dans une longue galerie tubulaire sur la surface numérique de laquelle était projeté le film, fragmentaire et répétitif, d'accidents automobiles au ralenti. Fracas fantomatiques. À l'entrée, un sobre panneau, blanc sur noir : « AUTOMOBILE - Les millions de voitures de cette planète sont stationnaires, et leur mouvement apparent constitue le plus grandiose rêve collectif de l'humanité ». Projet de Glossaire du XXe siècle. Les déformations du corps de Thomas, percuté par les pare-chocs des coupés qui le traversaient en rafales de part en part, ressortaient-elles du rêve, elles aussi ? Immobile à contre-monde, il pensait à un autre texte de Ballard : « ce que nos enfants doivent craindre, ce ne sont pas les voitures lancées sur les autoroutes de demain mais le plaisir que nous trouvons nous-mêmes à calculer les plus élégants paramètres de leur mort ». Dans son bas-ventre, les trémulations annonciatrices de nouvelles salves.

    Corpses. Troublé par sa réaction aux stimuli visuels et sonores, Thomas Becker quitta précipitamment l'exposition, sans égard pour les autres visiteurs, ni pour le gardien qu'il bouscula au passage. Les portes automatiques s'ouvrirent enfin sur la nuit précoce d'une soirée d'hiver. Il fit quelques pas dans l'air glacé, alluma une cigarette et se mit à observer son environnement. L'architecture déjà démodée du Centre s'insérait sans heurt dans le morne paysage de la zone industrielle et de ses enseignes aux lueurs criardes. En face, au-dessus des portes coulissantes d'un motel, de l'autre côté de la voie rapide où filaient la faune suburbaine et les représentants de commerce changés en traînées lumineuses, blanches à l'arrivée, rouges au départ : un large écran LCD. Thomas profita d'une pause inexplicable dans le trafic pour traverser en courant les voies et le remblai. Ses pas crissaient sur le gravier, et tandis que fluaient à nouveau les mouvantes constellations des phares, Thomas s'approcha de l'écran plat. D'abord, il n'y vit que la retransmission du trafic, sans doute filmé par une caméra dissimulée dans quelque élément de signalisation, en direct aurait-on dit, ou en léger différé, comme le suggérait le décalage étrange des vrombissements derrière son dos. Mais bientôt, les voitures à l'écran se mirent à se comporter bizarrement, à zigzaguer, à accélérer ou à piler sans raison apparente, Jusqu'au crash silencieux des collisions en chaîne. À l'écran : pare-brise étoilés ou explosés ; habitacles écrasés ; roues orphelines. Le sang, les os, les corps, restaient encore invisibles. Hébété, Thomas Becker se retourna vers la voie express : rien d'anormal. Retour à l'écran : une silhouette sur le bord de la route. Vêtement sombres, imperméable noir,  cigarette à la main. L'homme vidéo regarda à sa gauche, puis à sa droite, et s'engagea sans hésiter.

    Dans un spasme, alors que l'enfer se déchaînait soudain dans ses tympans, Thomas Becker assista à sa propre dislocation.


    (Texte rédigé à l'occasion de l'Evento 2009)

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  • W.O.M.B. / ZORNproject

     

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    W.O.M.B. a été lu, et apprécié (voici le sympathique teaser), par l'animatrice du site ZORNproject, Virginie Bouilhac, titulaire d'un DEA de littérature comparée. ZORNproject réunit des textes littéraires censés relever d'une certaine esthétique schizophrénique (je retiendrai pour ma part, « Another one bites the dust » de Nathalie Dufayet, et « Une question de perfection » de Thierry Jandrock, trop complaisamment morbides mais franchement impressionnants). Le projet Zorn, qui doit vraisemblablement son nom à la schizo mutante de Babylon Babies, propose un extrait de la nouvelle de Sébastien Wojewodka, « Untitled ou l'Intercession », sous le titre « L'Antichambre : une admonestation ». Et nous apprenons, dans cette recension d'un article de Science et Vie, que la rongeasse, élément essentiel de Glissement de temps sur Mars et de « Channel Chain Schizoid », serait effectivement à l'oeuvre, à l'échelle chromosomique...

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  • Une perm au Fric Frac Club


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    Sébastien Wojewodka

     

    Le Fric Frac Club n'est pas qu'un établissement pour éleveurs de poulpes et excités du missile, c'est aussi le lieu de réunion d'une communauté de spirites postmodernes auxquels les œuvres kilopaginées n'ont jamais fait peur. Notre W.O.M.B. n'a pas atteint l'âge pourtant juvénile de la centième page, mais l'un de leurs télépathes, melvillien de Wall Street plutôt que de Nantucket, nous a soumis, Sébastien et moi, à la dangereuse épreuve du Questionnaire, où nous apprenons par exemple que mon frère de lettres fut jadis incarné par Anthony Perkins (qui fut aussi Joseph K mais jamais Maldoror).

     

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    Thomas Becker

     

     

     

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