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  • Philip K. Dick - Simulacres et Illusions

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    Vient de paraître aux éditions ActuSF, sous la direction de Richard Comballot, Philip K. Dick, Simulacres et Illusions, recueil d'articles et d'interviews autour de l'oeuvre du Maître de Fullerton. Rien n'y manque : ni la synthèse biographique, ni les analyses thématiques. L'objet est franchement superbe, les textes tous impeccables. J'ai le plaisir d'y voir figurer, entre un article de Robert Silverberg et une interview de Dick lui-même, mes assez singuliers Fragments sur l'idiot cosmique

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  • L'étranger

     

    dexter

     

     

    Je réagis ici à la chronique du Jardin schizologique par Stéphane Gourjault (le même Gourjault qui qualifiait La Horde du contrevent, le magnifique livre d'Alain Damasio, de roman « moyen », « trop long », « trop complexe », « pas intéressant », « pas forcément à découvrir », « assez peu aisé à lire », avec des « tournures de phrases complexes » qui ne « servent pas le récit » et sont même « superflues », et j'en passe !), sur le site ActuSF. Si je souhaite laisser à notre ami la responsabilité de son jugement esthétique – quoique, ici les questions esthétiques en rejoignent d'autres, et quoiqu'il y aurait beaucoup à dire sur la pauvreté affligeante de la critique SF –, quelques reproches adressés au livre exigent quelque éclaircissement. Parce que, tout de même, faut pas pousser Tranzu dans les orties. Trouver nos nouvelles illisibles, soit. Il n'est pas le premier. Mais le faire en se prenant autant au sérieux, c'est un peu fort de café.

     

    D'abord, j'aurais manqué de « déontologie », en tant qu'anthologiste au sommaire de l'ouvrage que j'ai dirigé. Allons donc ! Ainsi que je l'ai déjà expliqué dans une interview accordée... au site ActuSF (!), dont Stéphane Gourjault ne peut pas ne pas avoir eu connaissance, les choses sont très claires : aucune nouvelle n'a été écartée au profit de False Reversion. Nous avons retenu tous les textes que nous jugions dignes de figurer au sommaire, et rejeté tous les autres. J'ai déjà écrit tout cela en interview, et nous assumons entièrement nos choix. Si Stéphane veut des détails, qu'il lise l'interview. N'y revenons plus, je vous prie.

     

    Ensuite, le livre est accusé de donner une image « caricaturale » des schizophrènes, « celle de gens vraiment dérangés, qu’il faudrait peut-être enfermer, tous, sans distinction, tant ils agissent de manières particulièrement folles, voire meurtrières, en oubliant d’évoquer qu’on peut la guérir autrement qu’à l’aide de cellules capitonnées et de traitements chimiques lourds »... Ah. Nous n'avons pas dû lire les mêmes textes. Stéphane Gourjault voit des personnages fous à lier et à enfermer, je ne vois que la souffrance d'êtres désocialisés, et en quête éperdue d'unité. Mais passons. La subjectivité, tout ça. Quant à ce que nous aurions oublié d'évoquer... Ce cher Stéphane aurait dû mieux se renseigner (au fait, écrire n'importe quoi, est-ce déontologique ?). La schizophrénie, on ne la guérit pas vraiment. Certains cas parviennent à une évolution positive sans déficit (après au moins dix ans de traitement neuroleptique), mais l'évolution peut aussi mener à l'affaiblissement d'esprit, ou à la démence. On ne la guérit pas, donc, on la traite. Avec une médication lourde – principalement des antipsychotiques, et ce, pour une raison très simple : selon les hypothèses les plus communément admises, l'origine de la maladie serait neurobiologique (la principale hypothèse incrimine le système de neuromodulation dopaminergique, comme le rappellent les passages barbares de False Reversion). Ceci n'est pas une caricature, ou un fantasme, mais une dramatique réalité (ça y est, je pontifie !). Les psychothérapies individuelles, familiales ou sociales jouent un rôle essentiel aujourd'hui, mais seulement en complément du traitement pharmacologique. D'ailleurs, peu importe, puisqu'aucune des treize nouvelles ne prétend donner un aperçu, même infime, d'une thérapie, quelle qu'elle soit. Nos personnages agissent parfois comme des déments ? Certains sont même – en apparence du moins – des meurtriers ? Quelques uns se suicident ? Et alors ?!? Nous parlons de littérature, ou bien ?...

     

    À l'évidence, le problème du billet d'opinion de Stéphane Gourjault n'est pas là. Interpréter n'est pas délirer. Il n'a tout simplement jamais été question d'écrire sur la schizophrénie, avec un cahier des charges (pouah !) représentatif des symptômes, des prises en charge ou des traitements. La littérature clinique est déjà suffisante (si Stéphane le souhaite, je peux lui fournir une bibliographie abondante...). Si soit dit en passant, j'avais malgré tout voulu réunir des textes sur le sujet, j'aurais dû exclure d'emblée plusieurs des nouvelles au sommaire : Sextuor pour solo de Francis Berthelot se situe du côté des troubles dissociatifs de l'identité, Née du givre de Mélanie Fazi est une variation sur le double, M.I.T. de Philippe Curval évolue entre transmigration des âmes et personnalités multiples, le narrateur d'Effondrement des colonies souffre à mon avis d'une forme particulière d'autisme, Connect I Cut s'intéresse explicitement – il cite ses sources, à savoir le cas Joey de La Forteresse vide de Bruno Bettelheim – à l'autisme infantile, etc. Non, vraiment, c'est grotesque.

     

    denrée, dinde, stéphane gourjaultBref, rien ne laissait penser – je n'ai commis aucune préface lénifiante, et le texte de quatrième de couverture parle non pas de nouvelles sur la schizophrénie, mais bien de nouvelles schizophréniques – à un pensum didactique, ou même à de simples prétentions pédagogiques. Il n'a jamais été question de délivrer le moindre « message », cette stupide tarte à la crème de la critique du dimanche. Encore moins de prodiguer au lecteur Gourjault un « apprentissage de lecture » (sic) ou un « élargissement de sa vision de la littérature » (sic) ! Quelle étrange idée. Il s'agissait seulement, et avant tout, de restituer, par des procédés esthétiques, une certaine expérience. Déambuler avec les schizos, dans leur jardin, joindre notre regard au leur, pour reprendre une belle image employée tout à l'heure par un volté. Abandonner la distance clinique. Voir avec eux, et non les voir, eux. « Le lecteur a plutôt l’impression d’avoir été placé sur le seuil d’un univers flou et lointain qu’il n’a pas envie de franchir. » écrit Stéphane Gourjault. Sans le savoir, notre top critique a touché du doigt l'essence même de cette anthologie. Ne s'est-il donc pas interrogé sur le sens du titre du livre, et sur celui de la phrase de Francis Berthelot citée en couverture ?... Le Jardin schizologique est une « invitation au passage », selon les mots du mystérieux volté. Un passage en effet, celui d'une rive – celle où évoluent les bien portants – à l'autre – celle, floue et lointaine (du moins tant qu'on se tient à distance), des schizos. Refuser ce geste, se détourner de leur univers parce qu'il est trop hermétique, et se contenter d'attendre qu'ils s'invitent dans le vôtre, bien consensuel, c'est, à jamais, et sciemment, rester un étranger.


     

     

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  • Une perm au Fric Frac Club


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    Sébastien Wojewodka

     

    Le Fric Frac Club n'est pas qu'un établissement pour éleveurs de poulpes et excités du missile, c'est aussi le lieu de réunion d'une communauté de spirites postmodernes auxquels les œuvres kilopaginées n'ont jamais fait peur. Notre W.O.M.B. n'a pas atteint l'âge pourtant juvénile de la centième page, mais l'un de leurs télépathes, melvillien de Wall Street plutôt que de Nantucket, nous a soumis, Sébastien et moi, à la dangereuse épreuve du Questionnaire, où nous apprenons par exemple que mon frère de lettres fut jadis incarné par Anthony Perkins (qui fut aussi Joseph K mais jamais Maldoror).

     

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    Thomas Becker

     

     

     

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  • À propos de W.O.M.B. (courrier express méta-utérin)

     

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    « Je suis l'alpha et l'oméga. Et j'arracherai vos têtes de mes propres mains, comme j'ai arraché la mienne. »

    (« Channel Chain Schizoid »)

     

     

    « Je suis observé. Je n'ose sortir : mes déplacements sont pistés via monitoring, mes mouvements contrôlés par des galvanomètres. »

    (« Untitled ou l'Intercession »)

     

     

    Voici une lettre adressée à nos bien-aimés lecteurs par Sébastien Wojewodka, co-auteur de W.O.M.B., (éditions ActuSF, juin 2009), recueil de textes dont nous vous proposerons prochainement un extrait. Certes, le présent courrier (annoté par mes soins) ne manquera pas de nous attirer quelques ennuis avec les autorités médicales (la littérature considérée comme Père-version, l'appert-version, la paire-version, peut-être même l'amère-version...). Mais, bien qu'en pareille situation la méfiance soit toujours de rigueur (on n'est jamais assez trop prudent), la petite voix de ma conscience (bizarrement crachotante ces temps-ci, à la manière d'un vieux transistor) me commande dans son si singulier langage de vous adresser quelques paroles bienveillantes et rassurantes (je ne puis hélas vous retranscrire ses propos exacts sans leur désobéir). Pour ce faire, qu'il me soit donc permis, s'il vous plaît, de paraphraser le temps d'une demi-phrase notre sémillant préfacier Kalaazar pour vous délivrer notre message, qui vaut aussi profession de foi : nul n'est besoin de se poser en plantureux formaliste pour jouir des plis et replis secrets de nos facétieux récits. À l'instar du héros décapité du script dont les lignes inquiétantes hantent « Channel Chain Schizoid », notre désir le plus ardent, apprenez-le dès à présent, est de faire de vous des Bienheureux.

     

    Laissons maintenant la parole à mon frère d'encre qui, je me dois de le souligner, parle ici en nos deux noms (voire trois) avec mon entière bénédiction.

     

    T. Becker

     

     

     

    « Chers amis,

     

    Quelques considérations relatives à l'ouvrage W.O.M.B., apéritifs qui, nous l'espérons, susciteront votre intérêt en vue d'une hypothétique lecture. Womb signifie en anglais « utérus », ou « matrice », mais c'est aussi un acronyme, un sigle, une enseigne (projetant une assez spectrale lumière) : Wilderness Of Mirrors Broken, que l'on pourrait d'élégante manière traduire par Désert (au sens biblique) de miroirs ébréchés. Notons que le terme Wilderness of mirrors apparaît dans un poème de T. S. Eliot, Gerontion ["I have lost my passion : why should I need to keep it / Since what is kept must be adulterated ? / I have lost my sight, smell, hearing, taste and touch : How should I use them for your closer contact ? / These with a thousand small deliberations / Protract the profit of their chilled delirium, / Excite the membrane, when the sense has cooled, / With pungent sauces, multiply variety / In a wilderness of mirrors."], et qu'il recouvre également la problématique de l'agent double, dans l'idiome ou jargon relatif à l'espionnage. Votre serviteur pour un court moment unifié (Sébastien Wojewodka), sous le patronyme de Joseph Kalaazar, ouvre les hostilités - le terme est humoristique, le lecteur tant désiré répondant à l'aimable invite de nos songes - ouverture, murmurais-je, sous la forme d'une intrigante préface, visant à présenter quelques traits saillants de la personnalité de mon cher ami Thomas Becker, qui sollicitera une attention particulière dans une fugitive minute. [À l'instant même, en fait. L'on ne saurait faire plus prompt. Note de Thomas Becker]. Cette préface se trouve placée sous les auspices d'une théologie spéculative, telle qu'on la trouve dans l'illustre exemple de Dostoïevski ; elle n'est pas sans faire l'emprunt des curieuses manies et tourments mystiques du Président Schreber - mais n'en disons pas davantage. Thomas Becker, étrange personnage l'on en conviendra, est donc l'auteur de « Channel Chain Schizoid » : homophonie translinguistique charmante entre Channel et Chain : double chaîne schizoïde, anneaux infernaux d'un elliptique complexe métamérisé. [Mais ta mère disait ?... Si je puis m'immiscer un instant dans la polyphrénique missive de Sébastien, j'ajouterai à propos de ma novelette : « excitable (mais increvable) membrane wombilicale qui n'incube jamais qu'une conscience sans image flottant dans les eaux transparentes d'un temps plat et immobile. » À rapprocher en particulier des impressionnantes nouvelles « Le Testament d'un enfant mort » et « Journal contaminé » qui figurent au sommaire de L'Homme qui s'arrêta, recueil de Philippe Curval aux éditions la Volte (2009). Note de Thomas Becker]. Dans une tentative de conciliation - ou peut-être de coalescence du binaire et du ternaire, votre locuteur dévoué réapparaît (cette fois sans l'usage commode d'un sobriquet, repentance on le verra mille fois déniée par la suite), pour le texte « Untitled ou l'Intercession » : sans titre, parce que l'aliénation et le trépas n'en portent pas ; Intercession d'un labyrinthique jeu de miroirs (nabokovien totalement assumé), sans apparente finalité, sinon celle de s'auto-consumer (aux deux sens du terme : se nourrir de sa propre substance - et détruire son propre être - ou sa création). [Dès lors mes amis, notre titre acronymique prend tout son sens : promesse indéfiniment ajournée de l'accouchement dans « Channel Chain Schizoid », enfantements gigognes dans « Untitled ou l'Intercession ». Note de Thomas Becker]. Dans l'expectative d'une entrée prochaine en notre souterrain royaume, n'abandonnez pas pour autant tout espoir, et sachez, une fois encore, que nous sommes

     

    Vos humbles et dévoués serviteurs,

     

    Thomas Becker et Sébastien Wojewodka. »

     

    Se procurer W.O.M.B.

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