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Fin de partie - Page 12

  • Top 5 Films 2011 (5) L’Apollonide

    L'Apollonide, bertrand bonello

     

    5/ L'Apollonide (souvenirs de la maison close) - Bertrand Bonello


    Quand la caméra flottante de Bertrand Bonello navigue dans l’ivresse d’une soirée au bordel, le puissant parfum des Fleurs de Shanghai nous revient en mémoire. Mais ici, point de torpeur opiacée : le sordide le dispute à la sensualité ; dans les salons et dans les chambres de la maison dirigée par Madame, l’excellente Noémie Lvovsky, le commerce du plaisir mène à l’éternel recommencement, au flétrissement, à la maladie – et à la mort. Et si le ballet des putains dans les décors magnifiques de l’Apollonide est, à lui-seul, assez fascinant, c’est avec les séquences du rêve (fantasme ? prémonition ?) de Madeleine, puis de sa mutilation, que le film atteint sa pleine dimension : défigurée au couteau – évident substitut phallique –, celle qu’on appelle désormais « la femme qui rit » (la prostituée n’a pas de nom, réduite à sa fonction : la juive, la petite, l’Algérienne, Belles cuisses, la Poilue et même Caca, ainsi surnommée pour sa spécialité…) finit par pleurer des larmes de sperme. Et nous pardonnerons volontiers l’inutile incursion finale sur nos bruyants trottoirs parisiens, trop heureux, encore, d'avoir été émus par le slow pathétique – et d’une hallucinante anachronie – des putains, sur le Night in White Satin de Moody Blues.

     

    L'Apollonide, bertrand bonello

     

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  • Top 5 Albums 2011

    1. Tim Hecker - Ravedeath, 1972

    tim hecker, ravedeath, 1972



    2. various artists - SMM : Context

    smm, context



    3. The Field - Looping State of Mind

    the field, looping state of mind



    4. Emptyset - Demiurge

    emptyset, demiurge



    5. Jesu - Ascension

    jesu, ascension


     

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  • Fragments. Solaris

    sébastien coulombel, lac, brume, solaris

    © Sébastien Coulombel, 2010

     

    Un lourd silence pesait sur le Blockhaus, seulement rompu de loin en loin par la soufflerie du terminal – ou par le claquement des talons de Lady Czartoryska qui, en ce jour de Saint Armand, éclipsait par son éclat les muettes vociférations des éradicateurs. De ma console, j'observais le visage impassible de Frère César, ses doigts glissant sans bruit sur le clavier virtuel, et le mouvement de ses yeux de cobalt qui jamais ne cillent. L'armée des solitudes minérales étendait déjà son empire juqu'au cœur de la Zone. La tâche des Onze s'annonçait désormais des plus délicates...

     

    Le Logos, comme le vivant, est dionysiaque. Il n'y a pas, à proprement parler, de « patrimoine » littéraire ou génétique, seulement des sèmes et des lettres ou des gènes et leurs orgiaques et infinis réagencements. L'être vivant est une métaphore vive, et les chemins qui mènent au sentiment océanique sont innombrables : lire Faulkner ou rêver ou faire l'amour avec Ana ou consulter le Livre des Transformations ou prendre le Singe blond dans mes bras ou compiler les synchronicités ou écouter l'Oratorio de Noël ou danser sur un fil tendu entre les rives jumelles de la psychose et de la mystique ou pratiquer l'autohypnose ou l'écriture automatique ou quitter un immense bâtiment vide et ses logos-cristal ou rêver encore de K. ou

     

    La vérité c’est le tout, c’est l’ensemble des possibles, l’infinité des hypothèses et des combinaisons. La vérité c’est le Yi King, c’est le Plérôme, c’est le Bardo et l’Arbre de Vie.



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  • Fragments. Alliance.

    sébastien coulombel, haut-relief, new york

    © Sébastien Coulombel, 2008

     

    Pour Frère César, la mort du livre sous sa forme physique est inéluctable. Morte, également l'idée même de possession des biens culturels. César n'y voit qu'une évolution naturelle. J'y vois, moi, une dépossession, ou, pour parler plus distinctement, une tragique désincarnation. Prends garde, Frère, à ne pas trahir l'alliance.

     

    « Autant vous prévenir, Baleineau. Extraire, arracher, c'est mon truc. J'adore ça. La suture, en revanche, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. » C'était au soir de la première tempête.

    Sa blouse mouchetée ses gants maculés mon tablier jacksonpollockisé l'odeur du sang la couleur du sang partout du sang jusque dans les yeux fous du docteur C. Du Lys jusque sur sa face grimaçante de haut-relief new-yorkais sur l'écran surimpressionniste où Dexter Morgan s'apprêtait à me donner le coup de grâce sur fond de Gwagwa O De de Bahia Black sur fond de Kill All Hippies de Primal Scream sur fond de The Black Block de Modeselektor [et al.].

    « Vous verrez, un peu de morphine, et vous oublierez jusqu'à la notion même de douleur. »

     

    Je ne veux plus devenir cosmonaute, Papa.

    Pourquoi ?

    Je n'ai pas envie de vieillir dans une fusée.

     

     

    On pense à la Transfiguration dans Matthieu (le visage de Jésus « resplendit comme le soleil », Mt, 17:2), à la Claire lumière primordiale du Bardo Thodol – celle qui fait voir au mourant la vraie Réalité, si sa vision n'est pas obscurcie par des tendances karmiques, s'il « ne cède pas à son penchant de suivre des lumières douteuses » (Jung), et lui permet de passer dans le Nirvana –, ou aux lumières de Sagesse des éléments, en particulier la lumière du cinquième jour, celle du cinquième élément, l'éther, cette voie de lumière verte de la Sagesse des actions parfaites (qui n'est autre, dans le langage occidental, que l'inconscient).


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  • Fragments. Logos

     

    sébastien coulombel, sécheresse, logos, kepler 22

    © Sébastien Coulombel, 2011

     

    Les augures mineurs ont été chassés par l'esprit corrupteur qui souffle depuis hier sur la Zone. Seuls croâssent encore, tournoyant en cercles concentriques au-dessus des arbres épileptiques et nus, les trois anges de la putréfaction. Ici-même, au Blockhaus, j'entrevois l'esquisse d'une invisible métamorphose. Chez les Logs, pourtant, règne un calme absolu. Il est vrai que Lady Czartoryska navigue avec aisance d'une cellule à l'autre, impose les réaffectations idoines et maintient l'ordre sans jamais user de la moindre violence. Rien à craindre de ce côté, donc. C'est sur notre confrérie, hélas, que plane la menace. L'arche n'a pas encore été élevée que, déjà, s'exale dans nos rangs, à peine perceptible encore, mais j'en jurerais, un vent de dissidence qui, bien évidemment, porte sur le Nom. Restons prudents.

     

    Dans l'Antichambre, tout est chaleur, même l'air que nous respirons, enchanté par les sketches of Spain – et, parfois, amoureusement déchiré par les distorsions vintage des Châteaux de cristal. Ana prépare son voyage en Orient et je sirote mon Bubbahotep single malt devant les images d'une dépression filmée comme la fin du monde. Petit Tom s'inquiète : Kepler 22, l'exoplanète semblable à la Terre détectée par la NASA, peut-elle nous percuter comme Melancholia ?

     

    Non. Bien sûr que non. Elle est beaucoup trop loin.

    Y a-t-il des gens comme nous, sur Kepler ?

    Je ne sais pas. Peut-être.

    Il faut y envoyer des cosmonautes, alors.

    Oui, mais le voyage sera très, très long.

    Plusieurs jours ?

    Beaucoup plus.

    Des mois ?

    Beaucoup plus.

    Mais alors, combien d'années ?

    Six-cents ans, s'ils voyagent à la vitesse de la lumière. Sinon, des milliers d'années.

     

    Son regard s'est perdu à l'horizon.

     

     

    RADIO LIBRE. Joey a trouvé un nouveau titre et remonte la filmographie du grand Hitch, Simon-Pierre a réduit l'immonde Alsacien au silence, Rick M. Ricky sort du bois, le Messianien rêve de Saint-Pétersbourg et je porte les dernières touches à mes fragiles feuillets...

     

     

    Les livres tombés sur la bonne chair s'insinuent en nous, germent et finissent par éclore en lumineuses transformations.

     

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