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stéphane beauverger - Page 6

  • La Déchronique du Déchronologue. Fragment XVI

     

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    Pink Floyd, Animals (Battersea Power Station)

     

     

    Quand décline le pouvoir de fascination des maravillas, ces artefacts d'époques à venir introduits au XVIIe siècle par Ceux-qui-sont-nés-du-feu et par les naufrages de navires anachroniques, quand, par leur exploitation industrielle et commerciale, par leur surabondance et par le dévoilement de leurs usines, de leur origine non plus magique ou providentielle mais technique, elles ne participent plus au réenchantement du monde mais à son désenchantement, à son devenir totalitaire et concentrationnaire, quand, pour reprendre les mots de Villon lui-même, « il n'y a plus rien » (286), c'est-à-dire plus rien pour le sauver des ténèbres grandissantes où il s'enfonce avec l'humanité, alors, alors seulement, les Targui équipent de batteries temporelles le Toujours-Debout qui devient enfin le Déchronologue. Désormais, Henri Villon s'attaquera au Temps lui-même, et les cataclysmes qui, dit-on, frappaient déjà le Vieux Monde condamné pour ses péchés millénaires, vont inévitablement se déchaîner sur les Caraïbes et sur le Yucatan, autour du capitaine Nexus, le damné.

     

     

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  • La Déchronique du Déchronologue. Fragment I

     

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    Illustration : Corinne Billon

     

     

     

    Publié à la Volte comme les précédents livres de son auteur, Le Déchronologue est, pour beaucoup (dont votre humble serviteur) l'une des œuvres les plus marquantes de l'année dans le domaine de l'imaginaire français. Mais s'il fallait en croire Pascal Patoz de la Noosfere, comme Alice Abdaloff de la Salle 101, Le Déchronologue serait « avant tout une histoire de pirates ». Et pour le chroniqueur « W », la piraterie serait même « le vrai sujet du roman »... L'on nous permettra de trouver ces formules un peu péremptoires : si Stéphane Beauverger avait eu l'intention d'écrire avant tout une histoire de pirates, ou d'écrire avant tout  « sur » la piraterie pourquoi se serait-il compliqué la tâche avec des désordres uchroniques d'ampleur cosmique, des brèches temporelles dignes des Voies d'Anubis et, pire encore, avec une déconstruction narrative aussi sophistiquée ?... Il l'a pourtant répété sans ambiguïté dans ses interviews, à qui voulait l'entendre : son projet, son livre, c'était l'histoire d' « un équipage de pirates pris dans des déchirures temporelles ». Voilà donc avant tout ce qu'est Le Déchronologue : le souffle du récit maritime et le vertige de la science-fiction. Et, bien que le roman ait déjà reçu nombre d'éloges dans les officines spécialisées comme dans les alcôves des tavernes bien fréquentées (pas le Rat-qui-pette, hélas, désintégré par une violente explosion), personne n'a encore exprimé l'évidence, comme s'il fallait absolument la taire, par crainte peut-être d'effaroucher des lecteurs qu'on s'imagine sans doute en quête de divertissements purs – d'une littérature émolliente, nette de tout matériau susceptible d'être interprété... Certes, nos pertinents laudateurs devinent sans aucun doute que l'intérêt des aventures picarocambolesques du capitaine Villon ne tient pas qu'au charme de la reconstitution historique et au savoir-faire de l'auteur. Mais ils n'en font pas état. Cette évidence, il nous faut donc maintenant l'annoncer : Le Déchronologue, c'est le récit – à la première personne – d'un flibustier tellement hanté par la culpabilité (la sienne, comme celle des autres) que la stabilité de son monde s'en trouve dangereusement menacée. Et nous verrons que tous les éléments essentiels du roman (les maravillas ; la révolution des Itzas ; le George Washington ; les fusions permutantes qui résultent des temps conflictuels) sont étroitement liés à l'être-au-monde du capitaine Henri Villon. En bouleversant l'ordre des chapitres, Stéphane Beauverger ne cherche pas seulement à susciter l'effet de réel : la déchronologie, qui n'est jamais vraiment justifiée par les événements, témoigne aussi, à mon sens, de la volonté manifeste (et, disons-le, désespérée) du narrateur – Villon – de résoudre un tragique problème métaphysique...

     

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  • La Déchronique du Déchronologue. Fragment Zéro

     

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    Wassily Kandinsky, Improvisation 31 (Sea Battle)
    1913, National Gallery of Art, Washington D.C.
    Ailsa Mellon Bruce Fund

     

     

     « La direction du Temps, la flèche du Temps, le Temps à sens unique, voilà quelque chose qui me paraît utile un instant, mais se réduit bien vite à une illusion liée par des liens obscurs aux mystères de la croissance et de la gravitation. L'irréversibilité du Temps (qui ne mène nulle part, disons-le tout de suite) est une affaire de clocher : si nos organes et nos orgitrons n'avaient pas été symétriques, nous aurions pu avoir une vision du Temps amphithéâtrale et parfaitement grandiose, comme ces montagnes aux contours hachés dans la nuit tout en loques entourant un hameau clignotant et satisfait. »

    Vladimir Nabokov, Ada ou l'ardeur

     

     

    Ce n'est pas le Temps en tant que Temps vrai, en tant que Temps mien, Temps immobile, qu'aurait dû briser le capitaine Villon, mais le Temps-fleuve, le Temps peintre de nos « paysages chronographiques », Temps accusateur qui lie entre eux les fragments du souvenir et leur confère l'illusoire apparence du mouvement et de la cohérence. Se fondre dans le Corps sans Organes, s'abandonner en synthèses disjonctives inclusives, était au-dessus de ses forces : il ne réussit qu'à soumettre son monde à sa folie permutative. Lui-même, l'homme-épicentre, l'homme-nexus coupable de tout devant tous, était condamné à la croix. Alors, pour conjurer sa malédiction, Villon a mis ses carnets sens dessus dessous. Il nous faut lui rendre hommage, chers lecteurs. Suivons-le sur la voie du Temps schizoïde.

     

     

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  • Coulez mes larmes, dit le capitaine

     

     

     

    Ma déchronique du Déchronologue, le nouveau roman de Stéphane Beauverger, n'étant encore qu'une chronique, en cours de déconstruction donc, je vous propose de vous faire écouter l'intégralité des chansons citées en épigraphe en tête de chaque chapitre. Prévoir un bon stock de tafia.

     

     

    « The Irish Rover » (épigraphe du roman), ambiance « on est tous pleins comme des outres »

    « La complainte du partisan » (chapitre I, p. 17), ambiance « armée des ombres »

    Waterboys, « Strange Boat » (chapitre XVI, p. 45), ambiance « écossais mélancoliques »

    « Lady Franklin's Lament » (chapitre XVII, p. 59), ambiance « fond de cale »

    « The Gallant poachers » (chapitre VI, p. 67), ambiance « taverne anglaise »

    « The Moonshiner » (chapitre II, p. 83), ambiance « Monty Python's Lumber Jack Song »

    The Coral, « The Spanish main » (chapitre VII, p. 99), ambiance « à l'abordage »

    New Model Army, « Vengeance » (chapitre XXII, p. 113), ambiance « dirty bastards »

    John Dowland, « Flow my Tears » (chapitre XI, p. 121), ambiance « on ferme les yeux et on pleure »

    Bonnie Prince Billy, « Death to everyone » (chapitre XIX, p. 139), ambiance « dans la boue du Bayou »

    Peadar Kearney, « The Foggy Dew » (chapitre XX, p. 157), ambiance « j'ai l'feu au kilt »

    « Le forban » (chapitre IX, p. 169), ambiance « matelot imbibé »

    « Jock Stewart » (chapitre XXIII, p. 191), ambiance « quatre heures du mat' au Rat-qui-Pette »

    Belly, « Full moon, empty heart » (chapitre III, p. 201), ambiance « minauderie »

    Bertold Brecht, « Seeräuber Jenny » (chapitre X, p. 213), ambiance « Lady Pirate en cabaret berlinois »

    Johnny Cash, « Folsom Prison Blues » (chapitre IV, p. 233), ambiance « j'ai buté un mec à Reno juste pour le voir crever »

    Patrick Pearse, « Oró, 'Sé do Beatha 'Bhaile » (chapitre VIII, p. 247), ambiance « bataille de Culloden »

    Sigur Ros, « Viðrar vel til loftárása » (chapitre XII, p. 263), ambiance « un temps idéal pour une bataille navale »

    Leonard Cohen, « Suzanne » (chapitre XV, p. 281), ambiance « Jésus à tribord »

    Grant Lee Buffalo, « Fuzzy » (chapitre XXI, p. 293), ambiance « tout est confus dans ma tête »

    Daniel Melingo, « Pequeño paria » (chapitre V, p. 307), ambiance « gaucho éraillé »

    Bel Canto, « Dewy Fields » (chapitre XIII, p. 317), ambiance « je flotte comme une burbuja dans l'éther »

    Angelo Branduardi, « Ballo in fa diesis minore » (chapitre XIV, p. 327), ambiance « rodomontades dans un pub napolitain »

    Alela Diane, « The Pirate's Gospel » (chapitre XXIV, p. 341), ambiance « yo ho yo ho, pirates et champs de coton »

    « Peggy Gordon » (chapitre XVIII, p. 349), ambiance « Celtes avinés »

    Killing Joke, « Mathematics of chaos » (chapitre XXV, p. 379), ambiance « apocalypse »

    Tom Waits, « No one knows I'm gone » (épilogue, p. 387), ambiance « générique de fin »

     

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  • La Mémoire du Vautour de Fabrice Colin - 8 - La mort comme processeur d’histoires, fichier pdf

    Leonard.jpgLes malheureux utilisateurs d'Internet Explorer n'ayant pas eu accès à ma dernière note consacrée à La Mémoire du Vautour de Fabrice Colin, je la propose ici en fichier Pdf. Et cherchez bien le vautour chez Léonard...

     

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