16/09/2009

Dans la matrice

 

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Albert Serra, Le chant des oiseaux.

 

 

Non, ce blog n'est pas mort. Léthargique, sans doute. De favorables bouleversements dans ma transhumaine existence  vectorisation, multiplication  et la mobilisation exclusive de mes neurones à l'écriture de fictions insensées  auprès desquels notre W.O.M.B. aura des allures d'austère procès verbal  ont éclipsé toute autre activité, en particulier l'animation de Fin de partie. Il me faut donc me rendre à l'évidence et prendre les mesures coercitives qui s'imposent : ces pages seront désormais et comme toujours le théâtre chaotique de mes lugubres élucubrations herméneutiques ou seulement intempestives, sans le moindre égard pour la régularité.

 

À propos de W.O.M.B., signalons quelques nouvelles recensions, après celles de Taly et de Bruno Para.

 

D'abord, un entrefilet dans la revue D-Side nous qualifie de « duo raffiné » et parle d'une « approche sensible de la quête de soi et de l'humain qui se fait pourtant parfois trop esthétisante [...] ».

 

Ensuite, sur son site à l'url auto-flagellateur, un Nébal en petite forme n'a pu hélas accoucher que d'un aboulique (mais pas malhonnête) compte-rendu. Je ne commenterai pas son appréciation, qui en vaut bien une autre, mais l'on ne m'empêchera pas, lorsqu'il affirme catégorique à l'encontre de « Channel Chain Schizoid » que « tout cela [a] déjà été lu cent fois » ce qui, après tout, n'est pas impossible , de regretter qu'aucun exemple ne vienne appuyer ses dires. Sur la nouvelle de Sébastien, notre glosateur patraque s'interroge : « J'hésite : au premier degré, c'est tout simplement infect de galimatias pédant ; au second, qui a ma préférence (sinon, c'est qu'il ne va vraiment pas bien, ce jeune homme...), cela ressemble davantage à une astucieuse mauvaise blague ». Mais cher Nébal, la farce n'est-elle pas qu'une partie de la métaphysique ?...

 

Enfin, le scribe Bartleby, membre du Fric Frac Club je me suis enfin replongé dans L'Arc-en-ciel de la gravité , vient de composer une intéressante critique de W.O.M.B., « Welcome into the machine ». S'il a malheureusement préféré ne pas se prononcer sur la nouvelle de Sébastien, jugée définitivement trop énigmatique, Bartleby s'est livré à une sagace lecture de mon propre texte sous les auspices du corps sans organes de Gilles Deleuze et d'Antonin Artaud. Il me faut en premier lieu révéler sans ambages que l'épigraphe originelle de « Channel Chain Schizoid », finalement remplacée par une citation plus légère de Jacques Lacan, était tirée de Pour en finir avec le jugement de Dieu : « Le corps est le corps / il est seul / et n'a pas besoin d'organe / le corps n'est jamais un organisme / les organismes sont les ennemis du corps ». Coïncidence ou perspicacité ? Bartleby évoque également L'Innommable de Beckett (mon « double idéal »), œuvre maîtresse que le narrateur de « Channel Chain Schizoid » cite secrètement par deux fois en guise d'hommage (il lui doit beaucoup) et de démarcation : selon notre critique en effet, « Channel Chain Schizoid n'est pas une simple histoire quelque peu étrange racontant les déboires d'un innommable beckettien évoluant dans un univers fictif » mais un « voyage en schizophrénie ». L'alternance des deux voix « qui s'ignorent l'une l'autre » (mais que le critique identifie bien comme émanant toutes deux du même individu), c'est-à-dire les ratiocinations de l'anachorète condamné à l'éternel retour du même d'une part, et le script de décomposition/recomposition d'autre part, « [correspond] à la scission schizophrénique entre le fonctionnement exacerbé des machines [désirantes] et la stase catatonique pendant laquelle les machines semblent arrêtées obligeant le corps à se figer dans des attitudes rigides pendant des heures, parfois des jours, parfois des années. ». C'est que « ce dérèglement de l'organisme ne conduit pas le schizophrène à perdre du vue le réel. Bien au contraire, et comme c'est le cas ici, le schizo vit au plus près du réel ». Très juste. Mais un élément d'importance, étonnamment, n'est pas pris en considération par l'exégète : que représentent les autres flux, les voix religieuses qui égrènent leur litanie funèbre, et les voix cliniques qui n'ont que l'apparence du surplomb ? Combien sommes-nous au juste ?

 

 

05/08/2009

W.O.M.B. (wilderness of mirrors broken) sur la Noosfere

 

Après la chronique de Taly sur Rana Toad et le petit article de L'Union/L'Ardennais, c'est au tour de Bruno Para de livrer sa lecture de W.O.M.B., sur le site Noosfere : « Œuvre originale, hermétique, inégale, déstabilisante, exigeante, W.OM.B. saura ainsi intéresser les amateurs de bizarreries et autres trucs tordus, et rebutera sans doute les partisans d'une lecture confortable. Pour reprendre une formule éculée, mais parfaitement adaptée dans le cas présent, il ne devrait laisser personne indifférent ».

 

 

10/07/2009

W.O.M.B., premiers articles

 

WOMB.jpgW.O.M.B. - Wilderness of mirrors broken est chroniqué par Taly L. sur le site Rana Toad (rubrique « Ceux à ne pas manquer » !). Visiblement, cette libraire indépendante a plutôt apprécié : « Une mise en abyme envoutante dans l'esprit d'un schizophrène dont le style n'est pas sans rappeler l'esthétique du clip de Sweet Dreams de Marylin Manson et/ou de certains clips de Nine Inch Nails ! » Si la comparaison m'a d'abord surpris, il me faut confesser avoir précisément assisté, la veille de la mise en ligne du compte-rendu de Taly, à un excellent concert du groupe de Trent Reznor. Il n'y a pas de hasard.

 

 

v2_logo.jpgÀ lire également, ce court article sur le site du quotidien régional L'Ardennais, qui affirme que dans « Channel Chain Schizoid » Thomas Becker - votre serviteur - « s'offre à corps ouvert »... Mon inquiétude va grandissant : sortirai-je indemne de cette expérience de dédoublement ?... Inquiétante, est également l'épithète qui sied le mieux à la photographie de Sébastien, dont l'air affable paraît masquer quelque chose - mais quoi ?

 

 

07/07/2009

W.O.M.B., l'interview

01/07/2009

À propos de W.O.M.B. (courrier express méta-utérin)

 

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« Je suis l'alpha et l'oméga. Et j'arracherai vos têtes de mes propres mains, comme j'ai arraché la mienne. »

(« Channel Chain Schizoid »)

 

 

« Je suis observé. Je n'ose sortir : mes déplacements sont pistés via monitoring, mes mouvements contrôlés par des galvanomètres. »

(« Untitled ou l'Intercession »)

 

 

Voici une lettre adressée à nos bien-aimés lecteurs par Sébastien Wojewodka, co-auteur de W.O.M.B., (éditions ActuSF, juin 2009), recueil de textes dont nous vous proposerons prochainement un extrait. Certes, le présent courrier (annoté par mes soins) ne manquera pas de nous attirer quelques ennuis avec les autorités médicales (la littérature considérée comme Père-version, l'appert-version, la paire-version, peut-être même l'amère-version...). Mais, bien qu'en pareille situation la méfiance soit toujours de rigueur (on n'est jamais assez trop prudent), la petite voix de ma conscience (bizarrement crachotante ces temps-ci, à la manière d'un vieux transistor) me commande dans son si singulier langage de vous adresser quelques paroles bienveillantes et rassurantes (je ne puis hélas vous retranscrire ses propos exacts sans leur désobéir). Pour ce faire, qu'il me soit donc permis, s'il vous plaît, de paraphraser le temps d'une demi-phrase notre sémillant préfacier Kalaazar pour vous délivrer notre message, qui vaut aussi profession de foi : nul n'est besoin de se poser en plantureux formaliste pour jouir des plis et replis secrets de nos facétieux récits. À l'instar du héros décapité du script dont les lignes inquiétantes hantent « Channel Chain Schizoid », notre désir le plus ardent, apprenez-le dès à présent, est de faire de vous des Bienheureux.

 

Laissons maintenant la parole à mon frère d'encre qui, je me dois de le souligner, parle ici en nos deux noms (voire trois) avec mon entière bénédiction.

 

T. Becker

 

 

 

« Chers amis,

 

Quelques considérations relatives à l'ouvrage W.O.M.B., apéritifs qui, nous l'espérons, susciteront votre intérêt en vue d'une hypothétique lecture. Womb signifie en anglais « utérus », ou « matrice », mais c'est aussi un acronyme, un sigle, une enseigne (projetant une assez spectrale lumière) : Wilderness Of Mirrors Broken, que l'on pourrait d'élégante manière traduire par Désert (au sens biblique) de miroirs ébréchés. Notons que le terme Wilderness of mirrors apparaît dans un poème de T. S. Eliot, Gerontion ["I have lost my passion : why should I need to keep it / Since what is kept must be adulterated ? / I have lost my sight, smell, hearing, taste and touch : How should I use them for your closer contact ? / These with a thousand small deliberations / Protract the profit of their chilled delirium, / Excite the membrane, when the sense has cooled, / With pungent sauces, multiply variety / In a wilderness of mirrors."], et qu'il recouvre également la problématique de l'agent double, dans l'idiome ou jargon relatif à l'espionnage. Votre serviteur pour un court moment unifié (Sébastien Wojewodka), sous le patronyme de Joseph Kalaazar, ouvre les hostilités - le terme est humoristique, le lecteur tant désiré répondant à l'aimable invite de nos songes - ouverture, murmurais-je, sous la forme d'une intrigante préface, visant à présenter quelques traits saillants de la personnalité de mon cher ami Thomas Becker, qui sollicitera une attention particulière dans une fugitive minute. [À l'instant même, en fait. L'on ne saurait faire plus prompt. Note de Thomas Becker]. Cette préface se trouve placée sous les auspices d'une théologie spéculative, telle qu'on la trouve dans l'illustre exemple de Dostoïevski ; elle n'est pas sans faire l'emprunt des curieuses manies et tourments mystiques du Président Schreber - mais n'en disons pas davantage. Thomas Becker, étrange personnage l'on en conviendra, est donc l'auteur de « Channel Chain Schizoid » : homophonie translinguistique charmante entre Channel et Chain : double chaîne schizoïde, anneaux infernaux d'un elliptique complexe métamérisé. [Mais ta mère disait ?... Si je puis m'immiscer un instant dans la polyphrénique missive de Sébastien, j'ajouterai à propos de ma novelette : « excitable (mais increvable) membrane wombilicale qui n'incube jamais qu'une conscience sans image flottant dans les eaux transparentes d'un temps plat et immobile. » À rapprocher en particulier des impressionnantes nouvelles « Le Testament d'un enfant mort » et « Journal contaminé » qui figurent au sommaire de L'Homme qui s'arrêta, recueil de Philippe Curval aux éditions la Volte (2009). Note de Thomas Becker]. Dans une tentative de conciliation - ou peut-être de coalescence du binaire et du ternaire, votre locuteur dévoué réapparaît (cette fois sans l'usage commode d'un sobriquet, repentance on le verra mille fois déniée par la suite), pour le texte « Untitled ou l'Intercession » : sans titre, parce que l'aliénation et le trépas n'en portent pas ; Intercession d'un labyrinthique jeu de miroirs (nabokovien totalement assumé), sans apparente finalité, sinon celle de s'auto-consumer (aux deux sens du terme : se nourrir de sa propre substance - et détruire son propre être - ou sa création). [Dès lors mes amis, notre titre acronymique prend tout son sens : promesse indéfiniment ajournée de l'accouchement dans « Channel Chain Schizoid », enfantements gigognes dans « Untitled ou l'Intercession ». Note de Thomas Becker]. Dans l'expectative d'une entrée prochaine en notre souterrain royaume, n'abandonnez pas pour autant tout espoir, et sachez, une fois encore, que nous sommes

 

Vos humbles et dévoués serviteurs,

 

Thomas Becker et Sébastien Wojewodka. »

 

Se procurer W.O.M.B.

La Déchronique du Déchronologue. L’index

 

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Voici, chers amis, l'index tant attendu de ma « déchronique » du Déchronologue, le beau roman de Stéphane Beauverger aux éditions la Volte.J'en profite pour signaler à votre attention la récente parution, chez le même éditeur, de L'Homme qui s'arrêta recueil de nouvelles de Philippe Curval dans sa meilleure veine, celle des angoisses existentielles, où la littérature et la folie s'investissent mutuellement.

 

Fragment Zéro

Fragment I

Fragment XVI

Fragment XVII

Fragment VI

Fragment II

Fragment VII

Fragment XXII

Fragment XI

Fragment XIX

Fragment XX

Fragment IX

Fragment XXIII

Fragment III

Fragment X

Fragment IV

Fragment VIII

Fragment XII

Fragment XV

Fragment XXI

Fragment V

Fragment XIII

Fragment XXIV

Fragment XIV

Fragment XVIII

Fragment XXV

Fragment final

 

 

Coulez mes larmes, dit le capitaine : bande originale du livre.

 

26/06/2009

La Déchronique du Déchronologue. Fragment final

 

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Chronos.

Nomos.

Eikon.

 

(Image de la loi du Temps)

 

Le Déchronologue est un Déchronomicon.

 

 

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25/06/2009

La Déchronique du Déchronologue. Fragment XXV

 

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René Magritte, Le château des Pyrénées

 

 

Villon n'a jamais cru au Nouveau Monde, ni ne l'a souhaité. Il l'a seulement désiré. Un désir c'est une machine, quelque chose qui échappe à la volonté. Et quand un désir n'est pas réalisé, à plus forte raison quand il est irréalisable, nous l'exprimons toujours d'une manière ou d'une autre. Villon et ses machines auront tout tenté, jusqu'à l'apocalypse, pour s'ouvrir une vie nouvelle. Mais l'apocalypse elle-même échoue. Alors, il ne lui reste, en définitive, que ses carnets, son texte, comme ultime expression de ce désir.

Villon essaie de justifier le « désordre » de ses cahiers : « ma mémoire n'est plus ce qu'elle était, ni le temps ce qu'il paraît. "Fugit irreparabile tempus", écrivit le poète Virgile... Comme il avait tort ! Je sais, moi, que les voiles du temps se sont déchirées, pour porter jusqu'à mon siècle des choses qui n'auraient pas dû s'y échouer. » (15) Nous voyons ici, pour notre part, l'aveu d'une tentative désespérée de fuir ses fantômes, de briser l'inéluctabilité du Temps pour échapper à l'emprise d'un passé envahissant. Ce que veut Villon, c'est basculer dans un rapport psychotique au Temps ; ne percevoir les fragments de Temps que comme des entités autonomes, irreliées, flottantes, permutables (Corps sans Organes).

Si le Temps réel (le Temps vécu, le Temps de Veen) « est en rapport avec l'intervalle qui sépare les événements et non dans leur déroulement, leur combinaison ou l'ombre qu'ils projettent sur la fissure où transpire la pure, l'impénétrable texture du temps » (V. Nabokov, Ada ou l'ardeur, trad. De l'anglais par Gilles Chahine avec la collab. De Jean-Bernard Blandenier, Gallimard, Folio, 2003, p. 441), alors Villon se trompe : le Temps chronologique seul est déchiré. Pas le Temps vécu.

Alors, il n'y a plus que la mort  annoncée par Samuel le Baptiste (Jean le Baptiste, le prophète, annonce la venue du Christ, et Samuel, autre prophète, prédit la mort de Saul, Samuel 28:3).

 

 

24/06/2009

La Déchronique du Déchronologue. Fragment XVIII

 

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Giuseppe Arcimboldo, L'eau, 1566

 

La figure la plus marquante du Déchronologue, est sans doute celle de la fusion de la matière, au cours des tempêtes et batailles temporelles - métamorphoses qui font évidemment écho à celles d'Ovide. Les éléments touchés fusionnent avec leurs doubles dans le temps et dans un même espace, ainsi qu'avec les autres éléments présents. Images splendides, cauchemardesques.

 

« Dans cette poche éphémère de causes et de conséquences inextricablement mêlées, des marins déjà morts assistèrent à leur anéantissement avant le tir du boulet coupable. Des esclaves enchaînés à leur banc de nage fusionnèrent avec le métal de leurs entraves et les fibres aiguës de leurs rames. Des guerriers intrépides, qui avaient pris Halicarnasse et la Phénicie, sentirent leur chair se mêler à celle de leurs compagnons d'arme tout aussi pétrifiés. » (59-60)

« Dans le ventre du Chronos blessé à mort, la fonte déchirée des canons se mêla à la chair des servants. » (202)

« À deux reprises, j'aperçus ce qui me sembla être un tronc qu'on aurait mélangé avec le corps d'une bête » (322) .

« Je ne supportais plus les postures tant humaines des derniers troncs dressés, fragments implorant le retour de leur gloire perdue. Mon esprit vacillait au souvenir des formes fusionnées que j'avais aperçues au cœur de la tourmente, chair et fibres amalgamées jusqu'à la pulpe. Je pensais à la métamorphose de la Daphné d'Ovide, ne pouvait voir dans ces dépouilles que l'ultime supplique d'une âme à l'agonie. » (329-330)

 

Dans les cieux du Yucatan dévasté, les étoiles, le soleil, se dédoublent. Nous reviennent alors à l'esprit ces mots de Nerval :

 

« Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée était de me détruire. À plusieurs reprises, je me dirigeai vers la Seine, mais quelque chose m'empêchait d'accomplir mon dessein. Les étoiles brillaient dans le firmament. Tout à coup il me sembla qu'elles venaient de s'éteindre à la fois comme les bougies que j'avais vues à l'église. Je crus que les temps étaient accomplis, et que nous touchions à la fin du monde annoncée dans l'Apocalypse de saint Jean. Je croyais voir un soleil noir dans le ciel désert et un globe rouge de sang au-dessus des Tuileries. Je me dis : " La nuit éternelle commence, et elle va être terrible. Que va-t-il arriver quand les hommes s'apercevront qu'il n'y a plus de soleil ? " Je revins par la rue Saint-Honoré, et je plaignais les paysans attardés que je rencontrais. Arrivé vers le Louvre, je marchai jusqu'à la place, et, là, un spectacle étrange m'attendait. À travers des nuages rapidement chassés par le vent, je vis plusieurs lunes qui passaient avec une grande rapidité. Je pensai que la terre était sortie de son orbite et qu'elle errait dans le firmament comme un vaisseau démâté, se rapprochant ou s'éloignant des étoiles qui grandissaient ou diminuaient tour à tour. »

(Gérard de Nerval, Aurélia)

 

23/06/2009

W.O.M.B. (wilderness of mirrors broken)

 

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Dans quelques jours paraîtra aux éditions ActuSF (collection Les Trois Souhaits) un drôle de recueil intitulé W.O.M.B. et composé de deux nouvelles signées Thomas Becker et Sébastien Wojewodka, précédées d'une préface par Joseph Kalaazar, « professeur émérite à l'Université de Chose » échappé (Dieu sait comment) d'une fiction.

 

Enfermé dans l'espace-temps autistique d'une singulière prison, le protagoniste de « Channel Chain Schizoid » par Thomas Becker ignore vers quels desseins le mène son existence asilaire. Pas un commode miroir pour lui conférer une identité, pas plus de données incontestables sur son nom semble-t-il perdu. Rien. Seule Avatar, une intelligence artificielle omnisciente, lui ouvre une fenêtre sur un hypothétique ailleurs. Mais il n'y a pas de réalité pour l'homme seul, qui n'a d'autre certitude que celle de n'en avoir aucune. Jusqu'à quelles extrémités peut-elle contraindre le premier ou le dernier des hommes ?

 

La deuxième partie du recueil, « Untitled ou l'Intercession » par Sébastien Wojewodka, nous mène sur les sentiers labyrinthiques d'un jeu de miroirs sans apparente finalité. Á la croisée de Feu pâle par Nabokov et d'études universitaires sur la schizophrénie, la littérature et son commentaire finissent par s'égaler dans une perspective infinie. Á partir de la prose d'un psychotique suicidé, les textes fleurissent sous les auspices d'une question terminale : « Qui sera le Maître ? »

 

Le nom de Sébastien Wojewodka vous est peut-être déjà connu : nous lui devons ici-même quelques fines analyses des films de David Cronenberg. Quant à Thomas Becker (dont le préfacier Joseph Kalaazar, émanation des songes de Sébastien, dresse un portrait aussi émouvant qu'inquiétant), il ne s'agit, vous l'aurez compris, que du double de votre humble serviteur.

 

Vous pouvez d'ores et déjà commander W.O.M.B. sur le site des éditions ActuSF (toutes les informations ici). Vous pouvez aussi, si le cœur vous en dit, venir nous rencontrer vendredi soir au bar 138 (138 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris) et discuter avec nous et avec d'autres autour d'une bière amicale (voire, si la chose vous intéresse, repartir avec un exemplaire de la chose).

 

Nous en reparlerons probablement d'ici peu.

 

Éditions ActuSF, collection Les Trois Souhaits
ISBN : 9782917689141
Couverture : Patrick Imbert 
Date de Parution : juin 2009
Nb Pages : 92

Prix de vente : 7 euros.