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cinéma - Page 7

  • THX 1138 de George Lucas (3)

     

    Quelle que fût l'intention de Lucas, THX 1138 témoigne d'une réaction bien réelle à certaines tendances de la société de consommation (dérive sécuritaire, utilitarisme, contrôle démographique, nouvel ordre moral, traitement médicamenteux des perversions...). Et ce rejet d'un monde uniformisé, et aseptisé, d'un monde machinique et sans histoire, trouve sa représentation formelle avec son esthétique dépouillée, qui impose aussi THX comme une alternative au cinéma dominant, avant tout spectaculaire - au cinéma d'effets, et d'effets spéciaux (éléments majeurs de Star Wars). On sait, par ses entretiens, que George Lucas recherchait, à ses débuts, une certaine forme d'abstraction : ainsi naquit THX 1138 : 4 EB (Electronic Labyrinth), son impressionnant court-métrage d'école (cf. ci-dessus), comme on sait, par ailleurs, qu'il ne cesse de retoucher ses films, insatisfait du rendu réaliste des effets spéciaux, mais aussi, sans doute, de leurs qualités artistiques.

     

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  • THX 1138 de George Lucas (2)

     

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    George Lucas (1944, Modesto, Californie) est un américain pur jus, celui que montrait en 1973 son film autobiographique American Graffiti : hamburgers, Coca, comics, rock, voitures de sport et cinéma. Si l'on en croit ses collaborateurs, c'est un homme très simple, très discret. Il semble donc exister un « paradoxe Lucas » : entre effacement et star-system, entre le petit homme (1m65) discret, réalisateur en 1967 d'une dystopie expérimentale (le court-métrage THX 1138 4EB, dont le film qui nous intéresse ici est le prolongement commercial) et le maître de l'Empire Star Wars ; entre le dénonciateur des dérives normalistes (THX 1138), et l'homme d'affaire puritain, qui refuse de produire des films subversifs ; entre le jeune homme qui, selon la légende, redistribue les bénéfices de Star Wars à son équipe, et l'obsédé du dollar, qui s'en prit à la gestion, certes déplorable, de Zoetrope par Coppola... Ainsi que le notait très justement Alain Garsault dans Positif, Lucas s'est « projeté dans le héros qui lutte contre l'Empire, et il est lui-même l'Empire. ». La saga Star Wars est l'illustration du conflit intérieur de Lucas, la guerre entre sa Force (ses valeurs morales et puritaines, son aspiration à la quiétude) et son Côté Obscur (sa volonté de puissance). Darth Vader, c'est son double, le chevalier déchu, l'homme qui voulait être roi, l'ange rallié au démon. Darth Vader, alias Anakin Skywalker, n'est-il pas le personnage central de Star Wars ?

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  • THX 1138 de George Lucas (1)

     

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    Voici la première d'une série de notes consacrées à THX 1138, remarquable film d'anticipation de George Lucas, plus inspiré des classiques littéraires du genre, de Nous autres à 1984, que d'un cinéma de science-fiction encore immature, qui venait tout juste d'être enfin déniaisé par Stanley Kubrick et son monumental 2001 : A Space Odyssey. L'écart entre THX 1138 et les deux trilogies de Star Wars est une grande énigme. Comment leur créateur, George Lucas, est-il passé de l'abstraction formelle de THX 1138 (et de son court-métrage originel, THX 1138 4EB), de son regard impitoyable sur la société de consommation moderne et sa déshumanisation, à une science-fiction d'entertainment pur, puritaine et zélée, tout en « niaiseries, manichéisme simpliste, pittoresque facile, humour bêbête [...] » (Tavernier et Coursodon in 50 ans de cinéma américain), où les héros massacrent joyeusement des centaines de milliers d'innocents (l'Étoile Noire détruite par Luke Skywalker et Han Solo) sans une petite pensée à leur égard, contrairement au jeune Wiggin, le héros tragique de La Stratégie Ender d'Orson Scott Card ?

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  • L'Esprit de la ruche de Victor Erice

     

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    J'ai été frappé, dans le splendide Esprit de la ruche, par la troublante ressemblance entre le père d'Ana, incarné par Fernando Fernán Gomez, et le monstre de Frankenstein qui apparaît à Ana (Ana Torrent, plus vraie que nature) dans la nuit.

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    Il y a d'abord cette scène magnifique des chuchotements d'Ana et Isabel dans leur chambre, après la séance de Frankenstein. Isabel affirme que le monstre est un esprit qu'Ana peut invoquer à volonté, en fermant les yeux. « C'est moi, Ana » simule Isabel, mais c'est bien sur le visage d'Ana, animée d'une foi inébranlable, que des bruits de pas se font entendre et que la scène se clôt. CUT.

     

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    À l'étage supérieur, le père, Fernando, fait les cent pas en quête d'une juste métaphore. Plus tard, quand Isabel fait mine d'agresser Ana (qui l'avait laissée pour morte), elle porte la blouse de Fernando et ses gants d'apiculteur...

     

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    C'est qu'Ana, après avoir réalisé pendant la projection de Frankenstein qu'un homme pouvait tuer, et pouvait être tué, comprend que son père  qu'elle paraît rendre responsable de la mort du maquisard réfugié dans la grange au puits  est un monstre lui aussi, aussi indifférent au sort d'autrui que la ruche à l'égard de l'abeille. Un homme cérébral, peut-être un écrivain, un intellectuel : Fernando est un esprit, comme le monstre. Et lors de la fugue d'Ana, après qu'elle a semblé sur le point d'arracher un champignon vénéneux, c'est son propre reflet qui prend la forme du monstre : prise de conscience poétique, après celle de la mort des autres, de sa propre finitude, et d'une innocence bientôt perdue – sa propre monstruosité.

     

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  • D’un neuneu, d’un charlatan, d’un coulis de bêtise et d’un couillon

     

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    Aujourd'hui, samedi 23 mai 2009, le Transhumain décerne la Palme d'Or des Pires Chroniqueurs du Festival de Cannes à Vincent Malausa, Jean-Philippe Tessé, Jérôme Momcilovic et Julien Abadie pour leur journal du Festival sur chronicart.com. Nous admirons en particulier leur surnaturelle capacité à sanctifier ou à conchier œuvres et cinéastes, avant même, parfois, d'avoir assisté aux projections, ainsi que leur manque total de discernement, qui leur fait afficher, par exemple, un invraisemblable mépris pour Lars von Trier ou Gaspar Noé, deux cinéastes auxquels je dois pour ma part un profond respect, après mes grandes expériences de spectateur (Europa, Breaking the Waves, Dogville, Seul contre tous, Irréversible...).

    Selon le comte Tessé, manifestement vexé d'avoir été refoulé de la projection d'Antichrist,  Lars von Trier serait un « charlatan » scatalogue, et Malausa (qui n'est certes jamais avare en formules idiotes) a décidé de se payer la tête du réalisateur de Soudain le vide la veille de sa projection : « [...], en attendant que Gaspard Neuneu vienne mettre un peu de sel dans la sélection moribonde à coups de caméra tourbillonnante, de sons assourdissants, de formules philosophiques choc ("soudain le vide", gros programme quand même) ou d'effets gros patapouf et sublimes (ou pas). Réponse demain matin. » puis une heure avant la séance : « mais le brontosaurique et tant attendu Soudain le vide du gros Nono débute dans moins d'une heure. On y revient vite. » Ces films sont peut-être mauvais. Nous le saurons après leur sortie officielle. Mais la vulgarité dont fait preuve l'équipe de Chronic'art est plus que douteuse. Momcilovic, qui lui aussi ignore que Gaspar ne s'écrit pas Gaspard, s'est dit effrayé par « cet effroyable coulis de bêtise ». Mais lisez la suite : « Pourtant, il faut bien le dire, j'étais curieux, allez savoir pourquoi. Curiosité par exemple, de voir ce qui pouvait faire suite à Irréversible, espoir mince, faut-il être naïf, de voir germer peut-être un soupçon de maturité sur ce cinéma dont ce n'est pas exactement la vertu principale. Las. Soudain le vide (titre impitoyablement comique) est formel : il s'agit ici d'une acné incurable. Le film prolonge l'horizon Googlemaps de la mise en scène de Noé, cette espèce de tangage de la caméra, moucheron ivre au-dessus du récit, qui tient lieu de mise en scène et en est la négation absolue. [...] » Enfin Julien Abadie s'en serait voulu de ne point enfoncer le clou, aussi y va-t-il de ses « audaces couillonnes », de ses effets « terroristes », et de sa « bêtise » (décidément). Immaturité ? Bêtise ? Incompétence ?... Mais oui !

    Je ne puis évidemment me prononcer sur Antichrist ou Enter the Void, mais l'on ne me convaincra pas avec ces miteux effets de manche que l'homme à qui l'on doit Seul contre tous et Irréversible n'a livré qu'un infâme salmigondis. Et il faudrait que je vous parle un jour d'Irréversible, dont les « tangages » visuels relèvent bel et bien de la mise en scène, et des plus intelligentes qui soient. Abrutis par leurs réflexes de journalistes - et peut-être par certains abus cannois -, nos Télétubbies de la critique n'y ont sans doute vu que du feu.

     

     

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