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star wars

  • THX 1138 de George Lucas (9)

     

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    Maître Yoda. Rien à voir avec notre article.

     

     

    On l’a dit, THX et la trilogie sont très différents, presque antithétiques. Seuls quelques détails préfiguraient ce qu’allait être Star Wars. Tout d’abord les agents-robots, qui rappellent beaucoup, rétrospectivement, les soldats de l’empereur (masques, uniformes) sans personnalité propre mais entièrement dévoués à l’autorité (l’Empereur dans Star Wars, la collectivité dans THX). Ensuite la dernière partie du film (la poursuite de THX par les agents-robots vers la sortie), plus spectaculaire et linéaire, annonce les combats spatiaux et autres poursuites interstellaires de la trilogie. Enfin, symboliquement, George Lucas oppose dans ses deux oeuvres le bien et le mal – basculer du côté lumineux ou obscur de la Force, s'émanciper d'une organisation sociale autoritaire. Dans Star Wars, bien et mal sont absolus, incarnés (Darth Vader, Luke Skywalker). Dans THX, bien et mal sont diffus, abstraits (l'amour, la coercition...). Deux excès : aventure binaire d'un côté, message trop appuyé de l'autre. Dans THX personne n'est bon ou mauvais, il n'y a qu'agents de l'autorité, et cheptel humain – l'individu, y est écrasé, et ne peut rien changer. Le coup d'éclat de THX lui fait quitter son monde concentrationnaire, mais rien n'indique qu'il puisse y retourner le subvertir – et encore, est-il permis d'envisager une mort rapide dans une atmosphère contaminée. Nulle autre Étoile Noire, ici, que l'organisation sociale. Le mal n'a pas de visage.

     

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  • THX 1138 de George Lucas (3)

     

    Quelle que fût l'intention de Lucas, THX 1138 témoigne d'une réaction bien réelle à certaines tendances de la société de consommation (dérive sécuritaire, utilitarisme, contrôle démographique, nouvel ordre moral, traitement médicamenteux des perversions...). Et ce rejet d'un monde uniformisé, et aseptisé, d'un monde machinique et sans histoire, trouve sa représentation formelle avec son esthétique dépouillée, qui impose aussi THX comme une alternative au cinéma dominant, avant tout spectaculaire - au cinéma d'effets, et d'effets spéciaux (éléments majeurs de Star Wars). On sait, par ses entretiens, que George Lucas recherchait, à ses débuts, une certaine forme d'abstraction : ainsi naquit THX 1138 : 4 EB (Electronic Labyrinth), son impressionnant court-métrage d'école (cf. ci-dessus), comme on sait, par ailleurs, qu'il ne cesse de retoucher ses films, insatisfait du rendu réaliste des effets spéciaux, mais aussi, sans doute, de leurs qualités artistiques.

     

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  • THX 1138 de George Lucas (2)

     

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    George Lucas (1944, Modesto, Californie) est un américain pur jus, celui que montrait en 1973 son film autobiographique American Graffiti : hamburgers, Coca, comics, rock, voitures de sport et cinéma. Si l'on en croit ses collaborateurs, c'est un homme très simple, très discret. Il semble donc exister un « paradoxe Lucas » : entre effacement et star-system, entre le petit homme (1m65) discret, réalisateur en 1967 d'une dystopie expérimentale (le court-métrage THX 1138 4EB, dont le film qui nous intéresse ici est le prolongement commercial) et le maître de l'Empire Star Wars ; entre le dénonciateur des dérives normalistes (THX 1138), et l'homme d'affaire puritain, qui refuse de produire des films subversifs ; entre le jeune homme qui, selon la légende, redistribue les bénéfices de Star Wars à son équipe, et l'obsédé du dollar, qui s'en prit à la gestion, certes déplorable, de Zoetrope par Coppola... Ainsi que le notait très justement Alain Garsault dans Positif, Lucas s'est « projeté dans le héros qui lutte contre l'Empire, et il est lui-même l'Empire. ». La saga Star Wars est l'illustration du conflit intérieur de Lucas, la guerre entre sa Force (ses valeurs morales et puritaines, son aspiration à la quiétude) et son Côté Obscur (sa volonté de puissance). Darth Vader, c'est son double, le chevalier déchu, l'homme qui voulait être roi, l'ange rallié au démon. Darth Vader, alias Anakin Skywalker, n'est-il pas le personnage central de Star Wars ?

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  • THX 1138 de George Lucas (1)

     

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    Voici la première d'une série de notes consacrées à THX 1138, remarquable film d'anticipation de George Lucas, plus inspiré des classiques littéraires du genre, de Nous autres à 1984, que d'un cinéma de science-fiction encore immature, qui venait tout juste d'être enfin déniaisé par Stanley Kubrick et son monumental 2001 : A Space Odyssey. L'écart entre THX 1138 et les deux trilogies de Star Wars est une grande énigme. Comment leur créateur, George Lucas, est-il passé de l'abstraction formelle de THX 1138 (et de son court-métrage originel, THX 1138 4EB), de son regard impitoyable sur la société de consommation moderne et sa déshumanisation, à une science-fiction d'entertainment pur, puritaine et zélée, tout en « niaiseries, manichéisme simpliste, pittoresque facile, humour bêbête [...] » (Tavernier et Coursodon in 50 ans de cinéma américain), où les héros massacrent joyeusement des centaines de milliers d'innocents (l'Étoile Noire détruite par Luke Skywalker et Han Solo) sans une petite pensée à leur égard, contrairement au jeune Wiggin, le héros tragique de La Stratégie Ender d'Orson Scott Card ?

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