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  • W.O.M.B. (wilderness of mirrors broken)

     

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    Dans quelques jours paraîtra aux éditions ActuSF (collection Les Trois Souhaits) un drôle de recueil intitulé W.O.M.B. et composé de deux nouvelles signées Thomas Becker et Sébastien Wojewodka, précédées d'une préface par Joseph Kalaazar, « professeur émérite à l'Université de Chose » échappé (Dieu sait comment) d'une fiction.

     

    Enfermé dans l'espace-temps autistique d'une singulière prison, le protagoniste de « Channel Chain Schizoid » par Thomas Becker ignore vers quels desseins le mène son existence asilaire. Pas un commode miroir pour lui conférer une identité, pas plus de données incontestables sur son nom semble-t-il perdu. Rien. Seule Avatar, une intelligence artificielle omnisciente, lui ouvre une fenêtre sur un hypothétique ailleurs. Mais il n'y a pas de réalité pour l'homme seul, qui n'a d'autre certitude que celle de n'en avoir aucune. Jusqu'à quelles extrémités peut-elle contraindre le premier ou le dernier des hommes ?

     

    La deuxième partie du recueil, « Untitled ou l'Intercession » par Sébastien Wojewodka, nous mène sur les sentiers labyrinthiques d'un jeu de miroirs sans apparente finalité. Á la croisée de Feu pâle par Nabokov et d'études universitaires sur la schizophrénie, la littérature et son commentaire finissent par s'égaler dans une perspective infinie. Á partir de la prose d'un psychotique suicidé, les textes fleurissent sous les auspices d'une question terminale : « Qui sera le Maître ? »

     

    Le nom de Sébastien Wojewodka vous est peut-être déjà connu : nous lui devons ici-même quelques fines analyses des films de David Cronenberg. Quant à Thomas Becker (dont le préfacier Joseph Kalaazar, émanation des songes de Sébastien, dresse un portrait aussi émouvant qu'inquiétant), il ne s'agit, vous l'aurez compris, que du double de votre humble serviteur.

     

    Vous pouvez d'ores et déjà commander W.O.M.B. sur le site des éditions ActuSF (toutes les informations ici). Vous pouvez aussi, si le cœur vous en dit, venir nous rencontrer vendredi soir au bar 138 (138 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris) et discuter avec nous et avec d'autres autour d'une bière amicale (voire, si la chose vous intéresse, repartir avec un exemplaire de la chose).

     

    Nous en reparlerons probablement d'ici peu.

     

    Éditions ActuSF, collection Les Trois Souhaits
    ISBN : 9782917689141
    Couverture : Patrick Imbert 
    Date de Parution : juin 2009
    Nb Pages : 92

    Prix de vente : 7 euros.

     

     

  • La Déchronique du Déchronologue. Fragment XIV

     

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    Akira Kurosawa, Sanjuro

     

     

    Villon, a quelque chose du rōnin à la Sanjuro / Yojimbo (voir par exemple la scène dans le grenier de la Ripaille, au premier chapitre). Il est un rebelle, un anarchiste, sans dieu ni maître. Et s'il prend éphémèrement fait et cause pour toutes les révolutions, ce n'est que par désir de subvertir tout ordre établi – de chatouiller les puissants. Il ne comprend pas les extrémistes comme Pakal (« Mort aux ennemis du peuple ! », 277) ou Simon le Targui, qui emprunte son surnom au célèbre zélote de la Bible (« [...] j'enrageai de n'avoir rien à lui opposer que mon égoïsme », 322), pas plus qu'il n'adhère au discours clairement révolutionnaire du k'uhul ajaw, venu du futur, descendu sur Noj Peten avec « ceux qui sont nés du feu » : « Il me décrivit son rouge empire restauré, glorieux et implacable, qui s'étendrait bientôt d'un océan à l'autre » (184) Allusion directe au communisme ? Les révolutions, telles que celles des Itzas, formés par ceux du futur à la guérilla et armés de maravillas destructrices, sont souillées du sang versé sur l'autel d'une cause, d'une justice, d'une vérité. L'ordre succède à l'ordre, l'holocauste à l'holocauste. Voilà qui ne saurait plaire, fondamentalement, à l'anarchiste Villon, qui ne croit pas tant à l'avènement d'un monde meilleur (« méchamment, j'appelais la mort de toute beauté du monde, puisque je ne l'allais plus arpenter », 75) ou à un « nouveau monde », qu'à un effacement total de ses fautes, de son monde propre (faire tabula rasa, comme le dit Villon à Sévère, p. 373 ; faire du monde une table nue sur laquelle rien n'est écrit en actes, qui peut recevoir toutes les formes). Devant l'échec annoncé de sa vita nova, le Temps chaotique est alors pour Villon un moyen – désespéré, là encore – d'échapper à la chaîne des causes et des conséquences, à la carte mystérieuse des sentiers arpentés, des carrefours de la vie et des bifurcations du passé. Tout faire fusionner – époques, chairs, territoires. Bien sûr, étendre l'holocauste à l'univers entier ne saurait apaiser les tourments du capitaine. Mais notre survivant n'est pas de nature à fléchir...