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la jetée

  • THX 1138 de George Lucas (7)

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    Comme dans la Jetée, c’est en lui-même que le personnage trouvera les réponses à ses questions. Mais si La Jetée et Solaris (Tarkovski, 1972) mettent en scène l'importance du souvenir, comme sédiment sur lequel fixer nos désirs et construire un avenir, le héros de THX 1138 se noie dans un présent perpétuel. Alpha 60, l’ordinateur-despote d'Alphaville (Jean-Luc Godard, 1965), croasse : « Personne n’a vécu dans le passé. Personne ne vivra dans le futur. Le présent est toute forme de vie. ». Il n'y a rien dont se souvenir. Aussi, la scène d'amour entre THX et LUH est-elle cruciale. Orwell en avait fait un enjeu, ici l'amour, la tendresse, la chimie sexuelle, l'apprentissage du désir, rompent la blanche monotonie de la ville concentrationnaire, et deviennent expériences singulières. Avec Stalker (Tarkovski, 1979), l’idéal auquel aspire l’homme (ou ses désirs de manière plus générale) n’existe pas tant que cette aspiration en elle-même ; l'objet de la quête n'est autre que la quête elle-même. Le monolithe de Kubrick : le Graal, émanation divine et métaphore de l'apparition de la conscience (il apparaît avant chaque saut temporel). La chambre des désirs de Stalker. Élévation spirituelle, vers le point Oméga. Le désir, essence qui plie la matière (Solaris), qui nous fait nous mouvoir, vers le Surhomme, vers l'Éternel retour (2001 : A Space Odyssey). [Tarkovski réalise Solaris en réaction à l'inhumain 2001. Au monolithe, métaphore divine, il oppose sa planète-océan-mémoire, suprêmement humaine, en dépit de l'incapacité des scientifiques à en déterminer la nature (cf. le roman de Stanislaw Lem)]. George Lucas est plus pragmatique. Pas mystique pour un dollar. S'intéresse plutôt à la redécouverte du visage et du corps de l'autre. Dans son monde-prison, dans son univers uniformisé, aseptisé, formaté, seul l’éveil des émotions, l'engendrement du souvenir, sauvent l’homme en tant qu’être moral, individu doué de raison et de sentiments.

     

     

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  • THX 1138 de George Lucas (6)

     

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    Le monde concentrationnaire de THX est situé sous terre. La surface (le monde extérieur) est invivable, du moins selon les autorités. On y trouve seulement, semble-t-il, des nains monstrueux et sauvages, ce qui laisse croire à une contamination antérieure de la terre (guerre nucléaire ou catastrophe écologique), comme dans la Jetée de Chris Marker (1962). L’homme, par sa folie consumériste, dans un chaos économique prévisible, aurait donc détruit son espace vital (eau, air…). Contraint de se réfugier sous terre, il aurait fondé sa société souterraine sur le même modèle, mais en contrôlant tout. Rapport paranoïaque à l'hygiène et à la pureté des corps comme des esprits. Traquer les germes, les idées, les pulsions toxiques. Une véritable religion. Les prêtres ont été remplacés par des bandes audio. Dieu, par une image rétro-éclairée. Hommes et femmes ont la tête entièrement rasée... Portent un uniforme blanc... Allure de détenus... Emploi du temps programmé, surveillance continue, interdiction formelle de sortir de la ville... Ce fascisme climatisé s'enracinerait donc dans un besoin authentique de maîtriser les facteurs biologiques, psychologiques, économiques. Il n'est rien, jusqu'au souvenir de l'extérieur, qui n'ait été expurgé. Chez Carpenter (New York 1997 et Los Angeles 2013), les criminels sont parqués dans des villes-prisons anarchiques. Ici, c'est le monde qui est devenu prison. Et la mise en scène de George Lucas traduit parfaitement le sentiment d'aliénation, d'oppression qui est celui des personnages.

     


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