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Film - Page 6

  • Top 5 Films 2011 (4) Melancholia

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    4/ Melancholia - Lars von Trier

     

    Un prologue sublime et pompeux – extrêmes ralentis proleptiques, images-cristal du désastre à venir. Puis, très vite, l’agacement : est-ce un retour au Dogme ?... Ce mariage catastrophique, serait-ce un Festen bis ?... Mais non. En vérité Lars von Trier n’a pas son pareil pour filmer le vertige de la chute. À mesure que se déroule la réception guindée chez sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg) – avec son lot de fausses joies, d’hypocrisie et de rancœurs, filmé avec virtuosité mais déjà vu cent fois –, la belle et blonde Justine (fantastique Kirsten Dunst) n’en finit plus de s’effondrer, jusqu’au fiasco, jusqu’au malaise, jusqu’à la catatonie. Et cette étoile qui disparaît de la voûte céleste… Commence alors le deuxième acte du film, complètement fou : l’ancien monde de Justine – le nôtre, celui de la réalité consensuelle, celui du koinos kosmos – sera bientôt anéanti par une planète à la dérive. Melancholia, ou la dépression d’une jeune femme filmée comme la fin du monde. 

     

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  • Top 5 Films 2011 (5) L’Apollonide

    L'Apollonide, bertrand bonello

     

    5/ L'Apollonide (souvenirs de la maison close) - Bertrand Bonello


    Quand la caméra flottante de Bertrand Bonello navigue dans l’ivresse d’une soirée au bordel, le puissant parfum des Fleurs de Shanghai nous revient en mémoire. Mais ici, point de torpeur opiacée : le sordide le dispute à la sensualité ; dans les salons et dans les chambres de la maison dirigée par Madame, l’excellente Noémie Lvovsky, le commerce du plaisir mène à l’éternel recommencement, au flétrissement, à la maladie – et à la mort. Et si le ballet des putains dans les décors magnifiques de l’Apollonide est, à lui-seul, assez fascinant, c’est avec les séquences du rêve (fantasme ? prémonition ?) de Madeleine, puis de sa mutilation, que le film atteint sa pleine dimension : défigurée au couteau – évident substitut phallique –, celle qu’on appelle désormais « la femme qui rit » (la prostituée n’a pas de nom, réduite à sa fonction : la juive, la petite, l’Algérienne, Belles cuisses, la Poilue et même Caca, ainsi surnommée pour sa spécialité…) finit par pleurer des larmes de sperme. Et nous pardonnerons volontiers l’inutile incursion finale sur nos bruyants trottoirs parisiens, trop heureux, encore, d'avoir été émus par le slow pathétique – et d’une hallucinante anachronie – des putains, sur le Night in White Satin de Moody Blues.

     

    L'Apollonide, bertrand bonello

     

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  • Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethakul

     

    Voir Tropical Malady (Sud Pralad, 2004), le quatrième long-métrage du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (qu’une amie appelle affectueusement Chapichapo) après le cadavre exquis Mysterious Object at Noon, le sublime Blissfully Yours et l'inédit et musical The Adventure of Iron Pussy, et avant Syndromes and a Century et la Palme d’Or 2010 Oncle Boonmee, constitue l’une des expériences cinématographiques les plus fascinantes qui soient. Le revoir aujourd’hui n’atténue en rien son pouvoir d’envoûtement.

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    La première heure du film montre l’amour et le désir naissants d’un jeune soldat, Keng, et d’un jeune homme de la campagne, Tong, dans un climat serein, relaxant, entre dancing désuet, salle de cinéma et promenades champêtres – quiétude quasi absolue que vient seulement troubler la scène du temple, prélude à l’inquiétante étrangeté de la seconde partie. Blissfully Yours  était entrecoupé en son milieu de son générique, comme pour mieux marquer son virage sensualiste : à une première partie ancrée dans une réalité sociale, urbaine et rurale, succédait une stupéfiante escapade dans la nature sauvage – comme si le film rêvé, le seul qui vaille, devait obligatoirement échapper aux contraintes et conventions du cinéma commercial. Dans Tropical Malady, c’est une chanson pop, presque un clip – point d’orgue du ravissement des deux garçons –, qui sépare les deux parties. Coquetterie post-wong kar-waïesque ? Certainement pas.  Le rôle de cette chanson semble dépasser la simple délimitation : elle agit comme un rituel magique et vous plonge dans une torpeur, une certaine somnolence, dont vous ne sortirez plus jusqu’à la fin du film.

    Tropical malady, apichatpong weerasethakul

    Un jeune soldat (Keng ?) – traque dans la jungle un chaman (Tong ?) capable de prendre l’apparence d’animaux. Cette deuxième heure, presque muette, que nous traversons comme sous l’effet d’une drogue douce, rythmée par les stridulations des insectes, le chant d’oiseaux exotiques, des cris mystérieux et des visions hallucinantes (le fantôme d’une vache éventrée quitte son corps et se fond dans la nature ; un arbre s’illumine ; un singe parle…) conte la traque fantastique du soldat en treillis et de l’homme-tigre, nu. Curieusement, il semble que peu de spectateurs aient compris – si tant est qu’il y ait vraiment besoin de comprendre un film d’une telle intensité sensorielle – Tropical Malady et l’articulation entre ses deux chapitres. Rien de plus simple, pourtant. Souvent présentée comme la suite certes allégorique mais bien chronologique de l’histoire d’amour entre les deux hommes, cette lente et nocturne course-poursuite n’en est en vérité qu’une variation, un point de vue – une autre manière, hors de la narration, hors des contingences, hors du temps social, de donner corps à ce qui se noue entre les deux garçons : dans cette autre réalité, celle de l’innocence originelle, peurs et pulsions, amour et désirs, arborent de bien étranges atours. Keng, dont la première partie nous laissait entrevoir les techniques de conquête, est  pris à son propre piège, dévoré par sa proie, ainsi qu’en témoigne la rencontre finale du soldat et du tigre-miroir à la voix magnétique, qui l’aspire dans son propre monde, mystérieux.

    Tropical malady, apichatpong weerasethakul

    D’une bluette romantique, et ‘un conte pour enfants, Apichatpong Weerasethakul a fait un chef d’œuvre d’une puissance hypnotique absolument unique dans l’histoire du cinéma. 

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  • Shutter Island de Martin Scorsese

     

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    Ayant lu il y a quelques années le roman de Dennis Lehane, l’effet de surprise, voire de vertige, du twist final du Shutter Island de Martin Scorsese, était sur moi inopérant. Comment le réalisateur d’Aviator s’est-il approprié un scénario reposant, du moins en apparence, sur une supercherie semblable à celle de Fight Club (autre roman culte, lui aussi adapté sur grand écran) ?

     

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    Ce qui frappe, quasiment d’emblée, c’est une certaine grandiloquence, un certain baroque un peu trop m’as-tu-vu pour être honnête, et un maniérisme de tous les instants. Si l’on s’en tient à une lecture purement linéaire, Shutter Island est en effet une succession de clichés cinématographiques, de gimmicks pompiers, de références plus ou moins évidentes – et, surtout, très appuyées, comme la musique, qui nous en évoque d’autres, herrmanno-hitchcockiennes. Et Pascal Zamor, sur son blog, a raison d’évoquer à son sujet la grand question hitchcockienne, celle du point de vue, et de signaler cet élément capital du scénario, absent dans le roman : à la fin, Teddy Daniels (excellent Leonardo Di Caprio) semble endosser, cette fois en toute conscience le rôle de l’inspecteur. Tel est le grand paradoxe de ce nouveau Cabinet du Docteur Caligari, dont le maniérisme semble ne jamais devoir faiblir, jusqu’à cette dernière séquence qui lui donne enfin sens, in extremis. Pourquoi cette musique tonitruante, un peu pénible ? Pourquoi cette scène éculée des appartements somptueux du directeur, sur l’inévitable grande musique ? Pourquoi la séquence du bloc C, à la limite du grotesque ? Pourquoi ce médecin allemand sinistre (Max von Sydow, impeccable) ? Pourquoi l’orage, le phare phallique Vertigo-like, l’onirisme pompier des apparitions de Dolores ? Pourquoi la grotte utérine de Rachel Solando (et pourquoi les rats) ? Pourquoi, surtout, ces flashes-back de Dachau, indécents à force d’être esthétiques ?...

     

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    Certes, les décors, les situations, sont un mélange de mise en scène (stratagème du corps médical pour le ramener à la réalité contingente), et des créations de son inconscient. Mais cela ne saurait suffire. L’on ne peut réellement comprendre l’esthétique  de Shutter Island qu’à la lumière de la phrase (absente du roman) prononcée par Daniels (« Mieux vaut-il vivre comme un monstre ou mourir en homme de bien ? » et de cet ultime regard jeté par Di Caprio à Ben Kingsley. Par cette phrase, et par ce regard, donc, Daniels prend acte de la fin du mirage : les images qui précèdent, chère madame, cher monsieur, n’étaient pas seulement qu’hallucinations, fantasmes et forclusion… Non, c’était du cinéma, un spectacle dont la fonction première est de divertir. Ainsi que je l’écrivais dans un petit article malheureusement toujours orphelin, « [les] images d’images, les sons de sons, affectent notre inconscient comme s’il s’agissait d’images et de sons co-présents, directement perçus, de la même façon, quoique dans un cadre institutionnel et codifié – le spectateur assiste volontairement à la projection –, que le rêveur ou le schizophrène. » Pour un homme comme Scorsese, sans la magie du schizomatographe, point de salut. Daniels – double évident du réalisateur – est un cinéphile soudain privé de son psychotrope le plus puissant.

     

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  • Revue aléatoire, 5 : Grande Dame d'un jour de Frank Capra

     

    grande dame d'un jour, lady for a day, franck capra

     

    Probablement vu sur petit écran, au Cinéma de minuit de France 3 présenté par le légendaire Patrick Brion, Grande Dame d'un Jour (Lady for a day, USA, 1933), matrice des programmes de téléréalité contemporains, où la mascarade et les apparences font loi, m'a plutôt laissé un bon souvenir. S'il n'est pas encore aussi maîtrisé que les chefs d'oeuvre du réalisateur (Vous ne l'emporterez pas avec vous, La Vie est belle...), Grande dame d'un jour possède en effet tout le charme de la comédie à la Capra – sens du rythme (en dépit de quelques lourdeurs), questions sociales traitées avec humour et souci permanent de l'entertainment –, sans l'insistance moralisatrice de certains de ses grands films, comme le néanmoins excellent Mr Smith au Sénat.

     

     

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    L'argument est des plus simples : Apple Annie, une clocharde, qui vend des pommes à Time Square et vit dans un taudis, s'apprête à recevoir sa fille de retour d'Espagne, fiancée à un aristocrate. Problème : Apple Annie a toujours fait croire à sa fille, dans ses lettres, qu'elle appartenait à la haute société new-yorkaise... Un de ses clients, le caïd Dave the Dude, pour qui ses pommes portent chance, va lui permettre, juste le temps d'une soirée, de passer pour une grande dame – entraînant même in extremis, après d'abracadabrantes péripéties, l'authentique bourgeoisie dans la supercherie. Loin de tirer sur la corde misérabiliste – hormis dans une ou deux scènes trop larmoyantes –, Frank Capra joue du contraste entre les intérieurs bourgeois, luxueux mais toujours sombres, et les rues des moins nantis, indigentes mais lumineuses. Ariane Beauvillard note très justement, sur Critikat, que « [dès] qu’Annie apparaît dans le cadre, la lumière se fait plus visible, plus éclatante, contrastant avec la situation sociale de la bonne "Apple Annie". »

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    Capra réalisera en 1961 un remake plus glamour (et plus drôle) de son propre film, sous le titre Pocketful of miracle (Milliardaire pour un jour), avec Glenn Ford et une Bette Davis dont la métamorphose, de pauvresse à belle lady, n'est pas la moindre réussite.

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