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maravillas

  • La Déchronique du Déchronologue. Fragment XIII

     

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    Odilon Redon, Le Cyclope

     

     

    Le personnage d'Arcadio, l'étrange compagnon de Villon, est étroitement associé aux maravillas (c'est lui qui conduit le héros à l'épicentre du phénomène). L'Arcadie : contrée légendaire, symbole d'un âge d'or pastoral.

    Son œil crevé en fait un cyclope, une créature mythique. Comme Sévère, Arcadio paraît réenchanter le monde. Il représente le désir de vita nova de Villon, son désir d'un Nouveau Monde.

    Mais le ver est dans le fruit. Arcadio : anagramme, en langue spaniard, d'acarido (acariens), de cariado (cariés), de rociada (aspersion).

     

    Arcadio est celui qui répand le mal.

     

     

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  • La Déchronique du Déchronologue. Fragment XV

     

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    Francisco Goya, Saturne dévorant un de ses enfants

     

     

    En Fèfè Villon reconnaît son double. Fèfè de Dieppe est un « toujours debout », comme lui, seul survivant d'une bataille. Mais surtout, Fèfè subvertit le langage ! D'ailleurs Beauverger lui a inventé un patois - pas seulement pour le côté pittoresque, mais parce que Villon n'est séduit que par la subversion de tout ordre : « Nous ont claqué la couenne dans le merdon [...], claqué à tout clanchoir d'la tripe et du boyon. Plus d'trente poignées de gars ! Puis m'ont fait gobeler l'quinquina, mon palo. Les autres ont coulé. Fèfè est regrimpé vivant du merdon ! » (39). Pour Villon, Fèfè, « C'était Chronos mangeant ses enfants, le sauvage dévorant le cœur de ses ennemis, le sorcier primitif cherchant la magie dans les os rongés de la bête. C'était la victoire d'un homme qui dévorait ses terreurs pour mieux les posséder. » (41) Villon le comprend bien, lui qui substitue Chronos à Cronos, lui qui voudrait tant dévorer le Temps...

     

     

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  • La Déchronique du Déchronologue. Fragment X

     

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    Nicolas Poussin, Le printemps ou le paradis terrestre (Musée du Louvre)

     

     

    Ainsi que l'ont souligné certains commentateurs, bien des points du Déchronologue restent sans réponse, comme l'origine réelle des Targui (singulier de Touareg - les Nomades du temps ?), le fonctionnement des tempêtes temporelles ou l'apparition des nexus. Mais en vérité, le seul nexus authentique, c'est Villon lui-même. Les explications - à supposer qu'il y en ait - seraient forcément décevantes, parce qu'elles ne rendraient pas compte des lois essentielles qui gouvernent le roman. Il n'y a que Villon ! Notre capitaine ne cherche pas tant à racheter ses fautes (il sait qu'elles sont irréparables) qu'à aller de l'avant, « toujours debout » en effet - pas seulement par bravade, mais pour ne jamais demeurer immobile, à la poursuite d'un impossible futur édénique, pur et immaculé (car sa fuite est sans espoir, bien sûr, comme l'est la révolution des Itzas. Parce que le passé est le passé. Les Itzas seront toujours détruits. La mort seule sauvera Villon de ses démons). Il n'y a que Villon. Les Maravillas sont une extension de son être.

     

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  • La Déchronique du Déchronologue. Fragment XI

     

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    Les burbujas et autres maravillas : comme les chrones de La Horde du contrevent. Les maravillas, ces merveilles venues d'autres époques et qui fascinent Villon et ses contemporains, sont l'une des belles idées du roman. Par leur nature intrusive et anachronique, elles sont des pavés jetés à la face de l'ordre social, et leur désignation par une langue étrangère renforce la perception « magique » ou ésotérique qu'en ont les personnages. « Je voulais ses merveilles. Je voulais la magie. Plus que tout au monde » (107). Magie et subversion : les maravillas sont les instruments (provisoires) du nécessaire réenchantement d'un monde dramatiquement entaché par l'infamie. Conservas, Quinquina : les autres noms du désir. Villon, qui observe Arcadio manipuler une lampe-torche, se sent « dans la situation de l'enfant de chœur embarrassé de surprendre le chapelain en grand acte de pollution » (102). Les maravillas sont animées par Villon ; elles sont aussi ce qui l'anime.

    Il ne s'agit pas de fétichisme, de projection, ou d'un quelconque lien psychanalytique entre sujet et objet (encore que l''on pourrait sans doute faire une lecture kleinienne des maravillas comme objets partiels clivés en « bons » et « mauvais objets » ; Villon serait alors un psychotique qui ne parviendrait pas à regarder son monde comme un objet total). Ni « symboles », ni « métaphores » à proprement parler, les maravillas seraient plutôt les « désirs révolutionnaires » réifiés de Villon, l'expression matérielle, physique, tangible, spatiale et visuelle des machines désirantes du capitaine, investissements libidinaux de type révolutionnaire des grandes machines sociales de son temps. Villon voudrait faire le bien : les maravillas peuvent soigner, nourrir ou faire basculer l'ordre mondial – elles lui ouvrent opportunément des perspectives (si elles viennent essentiellement du futur, c'est précisément parce qu'elles annoncent ce qui n'est pas encore), celles d'un monde différent.

     

    La plus belle de ces merveilles, c'est évidemment Sévère, la Targui, sa bien-aimée venue d'un autre temps.

     

    Sévère, promesse intenable d'une beauté à venir.

     

    Sévère, anagramme de « rêvées ».

     

     

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