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  • Malcolm Lowry, Sous le Volcan, chapitre 2

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    II

     

    La grande roue Ferris illuminée qui, à la toute fin du chapitre précédent, tournait à l'envers sur son axe, s'est arrêtée. Un an plus tôt, jour des morts. Yvonne revient à Quauhnahuac rendre visite à son ex-époux le Consul – et tenter de sauver ce qui peut l'être encore. Mais, de la cantina à la maison de Firmin, s'accumulent signes et mauvais présages (la vieille femme aux dominos, à la canne griffue et au poussin ; le charpentier pressé ; la voix de la falaise qui désigne Geoffrey comme le diablo ; le cortège funèbre ; et le chien hideux, paria psychopompe, émissaire de Méphistophélès qui pénètre avec le couple dans la demeure comme le dieu-chien Xolotl accompagnait les morts de l'ancien Mexique...) et symboles de ce qui désormais les oppose (la vitre qui sépare les deux cantinas, à travers laquelle se font entendre de prémonitoires menaces ; les annonces d'un combat de boxe, la photographie (La Despedida) d'un rocher foudroyé de la Sierra Madre...). Ce que semble annoncer ce chapitre, avec l'épisode de l'écrivain public auquel le Consul dicte un roman imaginaire (« Adieu. Point à la ligne. Nouveau paragraphe, nouveau chapitre, nouvel univers - ») et, surtout, avec celui de la vieille aux dominos, c'est la puissance visionnaire de l'alcool, « car si tu veux espérer comprendre la beauté d'une vieille de Tarasco en train de jouer aux dominos à sept heures du matin, il faut boire comme moi ». Je repense alors à ces autres mots du Consul, consignés dans la lettre trouvée par Laruelle dans une anthologie de théâtre élisabéthain au premier chapitre : « Ou bien est-ce parce qu'il existe au beau milieu de l'enfer un sentier, que connaissait Blake, que je ne prendrai peut-être pas mais que j'ai pu voir récemment en rêve ? (...) J'ai l'impression de voir, entre les mescals, ce sentier, avec d'étranges horizons au-delà, comme d'une vision de vie nouvelle que nous pourrions mener ensemble ». Il semble, ce que confirme d'ailleurs Lowry dans sa longue lettre à son éditeur, que Sous le Volcan soit précisément le récit de voyage du Consul en Inferno, le long de ce sentier tortueux.

     

     

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  • Malcolm Lowry, Sous le Volcan, chapitre 1

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    Commentaires de Sous le Volcan de Malcolm Lowry (Under the Volcano, 1947, nouvelle traduction par Jacques Darras, Grasset, « Les Cahiers rouges », 1987), publiés au fil de l'eau.

     

     

     

    I

     

    Incroyable entrée en matière, descente littérale et languide du cinéaste Laruelle vers l'Enfer de Quauhnahuac où brûlent encore, sur les branches de l'Arbre de Mort, les mains couvertes de mescal de Peter Lorre le maudit et du spectre muy borracho du Consul et de son amour fou.

     

     

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  • Faites demi-tour dès que possible

    la volte, faites demi-tour dès que possible

    Pour fêter leur dixième anniversaire, les éditions la Volte (La Horde du contrevent, Le Déchronologue, les romans de Jeff Noon...) ont demandé à une petite quinzaine d'auteurs d'écrire une nouvelle de fiction à la fois ancrée dans un terroir, et « saisie par l'imaginaire ». Le résultat s'intitule Faites demi-tour dès que possible. Au sommaire, donc, quatorze territoires, villes ou régions, avec de fameuses plumes, dont sept figuraient déjà au sommaire du Jardin schizologique (que j'avais eu le plaisir de diriger). Étant encore de la partie, bien que cette fois en tant que simple auteur, je ne puis évidemment livrer une critique en bonne et due forme, d'autant que plusieurs auteurs sont des amis, et si d'aventure certains textes m'avaient déplu je n'en dirais certes rien : contentons-nous donc donc de faire la réclame, et de porter à votre connaissance l'existence de ce recueil et de ses plus belles pages.

    Si vous ne faites pas demi-tour et vous procurez l'ouvrage, vous lirez quelques très beaux textes, comme ceux de Leo Dhayer (« Ichtyornis, juvenilia, knickerbockers, labyrinthodonte », récit sensible et stylé d'un passage brutal de l'enfance à l'âge adulte, sur une étrange Côte d'Opale), d'Alain Damasio (« Le chamois des Alpes bondit », où l'injection de mémoire liquide, et c'est là un point commun avec « Le Berceau des lucioles » de Jacques Barbéri, fait vivre à son narrateur une expérience schizoïde des plus perturbantes) ou de Stéphane Beauverger (« DCDD » ou la perdition d'un journaliste dans les fantomatiques monts d'Arrée, où rôdent l'Ankou et la méfiance). Il y a, aussi, le plaisir de lire le retour anticipé de Ketty Steward sur les terres létales de son enfance (comme une manière, somme toute assez ludique, de faire le deuil de celle qui se racontait dans Noir sur Blanc), et la petite musique science-fictive de Philippe Curval, qui envisage à sa primesautière manière l'évolution inattendue de notre système nerveux entérique – autrement dit le petit cerveau que nous avons tous dans le bide. Je pourrais encore citer l'Est onirique de Léo Henry ou « L'île des pierres lentes » de Norbert Merjagnan, dont le seul titre résonne clairement avec mon Angoulême insulaire et ses Météores Lents, mais je voudrais ici mettre en lumière Jeanne Julien, qu'on avait découverte dans Le Jardin schizologiqueavec une nouvelle déjà coupée au couteau, « Sacha », et qui nous délivre un formidable et percutant « Coup d'langue », récit bien acéré des derniers soubresauts d'une vieille femme qui ne demande rien d'autre qu'un dernier shoot de souvenirs.

     

    Quelques mots encore, pour finir, à propos de ma nouvelle alchimique et apocalyptique « Finis Gloriae Mundi ». Imaginez un Déluge. Angoulême sous les eaux. Un organiste solitaire. Un fleuve de montgolfière. Vous y êtes ?

     

    La cathédrale pouvait attendre. Si son interprétation de la position des météores lents était juste, il en aurait terminé aujourd’hui même.

     Les mains sur le parapet, à l’ombre de la statue de Carnot, à l’endroit précis où, selon la légende, les murailles d’Iculisma tombèrent d’elles-mêmes en l’an cinq cent huit, ouvrant la voie à Clovis venu chasser les disciples d’Arius et asseoir sa domination, l’organiste titulaire Aloysius respirait les embruns atlantiques et observait la perpétuelle migration des montgolfières. Il en venait sans cesse de nouvelles, toutes identiques, et toujours d’est en ouest. Leurs robes d’or resplendissaient au large du millième matin, antiques et innombrables, dessinant un fleuve de constellations éphémères, tant sur le dôme d’azur que sur l’océan-miroir dont la main titanesque était venue mourir ici-bas, à l’adolescence du siècle, juste sous ses yeux. Certaines dérivaient en haute altitude, si lentement qu’en pleine nuit, sous les feux tournants du phare-campanile, elles se confondaient avec les étoiles, et l’on n’aurait su dire alors si leur éclat émanait des braises de leurs entrailles ou plutôt de quelque propriété réflective de leur enveloppe ; d’autres glissaient à trente pieds seulement des terrasses du Château, sur lesquelles Aloysius aimait à s’allonger par temps clair. Au clapotement des vagues qui, un peu plus loin, venaient lécher les remparts, s’ajoutait alors le souffle nonchalant des brûleurs.

    (Finis Gloriae Mundi)

     

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