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L’Enchâssement de Ian Watson - 2 - Les expériences de Chris Sole

 

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Illustration : Pierre Clayette (revue Planète N°10 - mai/juin 1963)

 

 

Le roman de Ian Watson entrelace – enchâsse – trois fils narratifs distincts. D’abord, au Centre Haddon, des enfants sont élevés dans des conditions très particulières, dans le but de décupler leurs capacités à comprendre et à produire des langages artificiels. Ensuite, un anthropologue français relate ses observations au cours d’un séjour chez des indiens amazoniens, les Xemahoa, qui à l’aide de l’absorption d’une drogue locale enchâssent leurs mythes dans un langage spécifique, incompréhensible dans d’autres conditions. Enfin, arrivent sur Terre les Sp’thra, extraterrestres linguistes qui poursuivent une inlassable quête encyclopédique et spirituelle, à la recherche de l’Autre-Réalité. Ils se nomment eux-mêmes les Changeurs de Signes.

 

 

L’Enchâssement commence donc avec Chris Sole, un linguiste. Sole travaille dans une unité spéciale du Centre Neurothérapique Haddon, hôpital spécialisé dans le traitement des enfants aphasiques. Sole et ses collègues ne soignent personne : ils explorent les limites linguistiques du cerveau humain. Ils ont isolé, dans trois « univers » clos et souterrains, des enfants, orphelins de guerre, auxquels ils ont également administré une drogue, l’ASP (Accélérateur de synthèse des protéines) qui modifie les facultés cérébrales et améliore les capacités d’apprentissage... Dans l’univers « étranger », les enfants sont soumis à de constantes illusions perceptives – comme s’ils étaient dans un tableau d’Escher – ; d’autres, dans un deuxième « univers », assimilent des « langages logiques » ;  dans celui dont il a la charge, Sole apprend à ses jeunes cobayes (car c’est bien de cela dont il s’agit) un langage « enchâssé », sur le modèle des Nouvelles impressions d’Afrique de Raymond Roussel. À Tom Zwingler, mystérieux envoyé du gouvernement à qui les membres du Centre sont sommés de présenter leurs travaux, Chris Sole avance que « […] le langage reflète notre conscience biologique du monde qui nous a produit. Nous enseignons donc trois langages “artificiels” destinés, en quelque sorte, à sonder les frontières de la pensée. » (p. 52)[1]

Ici, Sole se réapproprie d’une part certains éléments de la théorie de la grammaire générative de Noam Chomsky, pour qui le cadre universel des structures syntaxiques de toutes les langues serait inscrit en nous dès la naissance (Chris Sole : « […] le langage reflète notre conscience biologique du monde »), et d’autre part les théories relativistes (Benjamin Whorf) qui à la suite du behaviorisme postulent que le langage serait une (re)construction de la réalité par le sujet (Chris Sole : « qui nous a produit »), selon des mécanismes parfaitement analysables. Selon la perspective behavioriste, l’acquisition du langage s’opérerait par essais, erreurs, sélection, récompenses. Chomsky réfute ces théories :

 

« […] les conditions taxinomiques de la structure linguistique sont inadéquates et […] l’on ne peut parvenir à la connaissance de la structure grammaticale en appliquant les divers types d’opérations inductives, procédant pas à pas (segmentation, classification, procédures de substitution, cases remplies dans une structure, association, etc.), qui ont pu être développées jusqu’à présent dans la linguistique, la psychologie ou la philosophie. […] Il semble évident que l’acquisition linguistique est fondée sur la découverte par l’enfant de ce qui, d’un point de vue formel, constitue une théorie profonde et abstraite – une grammaire générative de sa langue – dont les concepts et les principes ne sont reliés à l’expérience que de loin, par des chaînes longues et complexes d’étapes inconscientes de type quasiment déductif. Le caractère de la grammaire acquise, la qualité inférieure et l’étendue extrêmement limitée des données dont le sujet dispose, la frappante uniformité des grammaires obtenues, le fait qu’elles soient indépendantes de l’intelligence, de la motivation, de la situation émotionnelle, ces facteurs pouvant avoir une grande marge de variantes – tout cela ne permet pas d’espérer que la structure de la langue puisse être apprise par un organisme qui ne disposerait d’aucune information préalable sur son caractère général. »

N. CHOMSKY, Aspects de la théorie syntaxique, éd. du Seuil, « L’ordre philosophique », 1971, pp. 83-84.

 

(Presque) chaque phrase que nous prononçons étant une combinaison nouvelle de mots, et non la répétition de phrases-types adaptées aux situations, il ne peut s’agir d’un système, aussi complexe soit-il, de réactions à des stimuli. En outre, l’enfant est très tôt capable de formuler spontanément des phrases cohérentes et pertinentes (et l’adulte passe sans difficulté majeure de sa langue maternelle à une autre, apprise plus tard). Par ailleurs, Chomsky postule l’existence d’universaux linguistiques, autrement dit l’ensemble des éléments phonétiques, phonologiques, syntaxiques, sémantiques ou lexicaux, que l’on suppose communs à toutes les langues naturelles. Fort de ces constatations, le linguiste américain cherchera à mettre en lumière une « grammaire universelle », un ensemble restreint d’instructions abstraites différemment déclinées selon les langues, où nous puiserions la structure de nos phrases – non les phrases elles-mêmes, nous y reviendrons –, sans passer par une sélection aveugle parmi une infinité de combinaisons syntaxiquement indéterminées – ces dernières étant d’emblée, sans analyse, jugées incorrectes[2].

Plus loin, Sole développe les enjeux de son propre projet :

« – L’enchâssement est un cas spécial de ce que nous appelons les lois de récursivité, ensemble des règles qui permet d’effectuer la même opération plus d’une fois lorsqu’on construit une phrase, de façon à faire cette phrase de la forme et de la longueur qu’on désire. […] Chaque phrase que nous construisons est une création inédite. Cela est proprement le fait des règles de récursivité. Le chien et le chat et l’ours ont mangé. Ils ont mangé du pain et du fromage et des fruits, avidement et gloutonnement. Ces phrases, vous les entendez pour la première fois. Elles sont entièrement nouvelles, mais vous n’avez aucune difficulté à les comprendre. C’est grâce à cette compétence linguistique, à la fois créatrice et souple, inscrite dans notre cerveau. Mais l’enchâssement porte la pensée aux limites du cerveau, ce qui explique le rôle de sonde que nous lui faisons jouer à la lisière… » (pp. 53-54)

Le principe de l’enchâssement, comme dans la comptine « La maison que Pierre a bâtie », est relativement simple à comprendre. Mais : « […] c’est autre chose d’appliquer l’enchâssement à l’intérieur d’une même phrase : c’est le malt que le rat que le chat que le chien a chassé, a mordu, a mangé. Qu’est-ce qu’on peut en dire ? Que c’est grammaticalement correct ? C’est vrai, mais on n’y comprend pratiquement rien. Qu’on pousse un peu plus loin l’enchâssement et on en arrive au poème de Raymond Roussel. Les surréalistes ont essayé de construire des machines à lire Roussel. Mais l’appareillage le plus docile, le plus sensé que nous ayons, que nous connaissions, pour le traitement du langage – notre propre cerveau – est, dans ce cas précis, impuissant. » (p. 56)

Pour vous en convaincre, voici un extrait des Nouvelles impressions d’Afrique :

 

« Traitement héroïque ! user avec la langue,

Sans en rien rengainer qu’elle ne soit exsangue,

Après mille autre fous, les flancs de ce pilier !

Mais vers quoi ne courir, à quoi ne se plier,

Fasciné par l’espoir, palpable ou chimérique

(Espoir ! roi des leviers ! tout oncle d’Amérique

((Ce pays jeune encore, inépuisé, béni,

− Si tard, de nos atlas, vierge il restera banni, –

Où l’on rafle plus d’or, vingt fois, qu’en l’ancien monde,

Soit que – l’appétissant a besoin de l’immonde –

Par cent mille kilos on fabrique un engrais

Pour ces champs infinis, où, gaillards, le nez frais

(((Un jour, d’un chien souffrant fait un chien hydrophobe ;

S’assurer que toujours ce liquide que gobe

Même le mieux appris entre les nouveau-nés

Sort de l’ami de l’homme et lui vernit le nez

N’est pas, prenons-y garde, acte moins nécessaire

Que : − lorsque l’ennemi se fend d’un émissaire,

Sur les yeux de l’intrus appliquer un bandeau ;

− Quand passe un roi, marquer autour de son landau

Chaque point cardinal par un mouchard cycliste ;

− Quand, chef de conjurés, des noms ont fait la liste,

Tout ce qu’on a d’esprit le mettre à la chiffrer ;

− Pour que l’oiseau pillard hésite à s’empiffrer,

Meubler d’épouvantails les terres où l’on sème ;

− Vieux ! ((((pendant notre hiver notre tignasse essaime,

Tels les rayons plantés dans le soleil vernal

S’en vont quand il se change en soleil hivernal ;)))),

S’imposer de fuir l’air ou de porter calotte ;

− Après avoir sombré de culotte en culotte,

Mettre en sûr viager l’argent sauvé du club ;

−Engager le verrou quand c’est l’heure du tub ;

−Avant de travailler sur une corde raide

S’armer d’un balancier ;))) »

 

Refermer les deux parenthèses encore ouvertes (au moins Raymond Roussel a-t-il la bonté de les distinguer par leur nombre !) nous obligerait presque à citer le texte in extenso, de nouvelles parenthèses s’ouvrant à nouveau à la suite de l’extrait… Le texte de Roussel pousse l’exercice jusqu’au cinquième degré (parenthèses à cinq branches). Sole dit vrai : on n’y comprend pratiquement rien – au point, d’ailleurs, que je suis, en ce qui me concerne, incapable de décider si l’enchâssement de Raymond Roussel est du type self-embedding, du type center-embedding[3] ou d’une articulation des deux, même si à première vue, cette « forêt concentrique de parenthèses », pour reprendre les mots de Foucault, ressemble fort à un self-embedding (comme, du reste, cette nouvelle série d’articles, enchâssée dans cette autre série consacrée à La Mémoire du Vautour de Fabrice Colin, encore inachevée ((elle-même enchâssée dans mon travail au long cours sur Ténèbres de Dario Argento (((qu’heureusement n’enchâsse aucun autre texte))) qui n’attendait plus que ma (re)lecture d’Egard Allan Poe)) mais dont la mise en ligne ne devrait plus tarder) qui simplement excède nos capacités de mémorisation.

Dès lors, la comparaison de Chris Sole pourrait bien être douteuse. Sole paraît en effet suggérer que nous devrions notre inaptitude à maîtriser un tel langage au fait que celui-ci échappe au cadre préétabli de la grammaire universelle. Cependant, notre objection est presque aussitôt relativisée. Selon Sole en effet, si nous sommes impuissants à appréhender le langage enchâssé, c’est en réalité parce que « […] le traitement du discours dépend du volume d’information que le cerveau peut emmagasiner à court terme. » (p. 56) Dont acte. Il n’est plus question de structure transcendante mais de mémorisation. L’adjonction d’ASP chez ses enfants-cobayes est donc, de ce point de vue, justifiée : en augmentant leurs capacités cérébrales, Sole entend ramener l’enchâssement dans le périmètre de leur entendement - ou plutôt étendre ce périmètre pour y circonscrire l'enchâssement. Poursuivons : « Mais cette forme permanente n’est pas fonctionnelle pour chaque mot isolé. Le souvenir de la signification essentielle suffit à nos besoins. On a ainsi un premier niveau d’information, celui des mots qu’on utilise effectivement, à la surface de l’esprit. Et un second niveau, permanent, profond où s’enchevêtrent, en associations d’idées, des concepts hautement abstraits, organisés en réseaux et en nœuds, comme un filet. Entre ces deux niveaux se trouve le plan du discours engendré par les idées. C’est là, dans cette zone intermédiaire, que sont inscrites les règles de ce que nous appelons la grammaire universelle. Nous la disons universelle parce que ce plan du discours est une pièce essentielle de la structure de l’esprit et parce que les mêmes règles peuvent traduire des idées dans n’importe quel langage humain, quel qu’il soit… […] Si, pour dégager les règles de la grammaire universelle, nous rassemblions tous ces aspects, nous obtiendrions une carte du territoire, du champ d’action possible de toute pensée humaine, de tout ce que, un jour, nous pourrions vouloir exprimer en tant qu’espèce. » (pp. 56-57)

Pour une interprétation cohérente du roman, il convient de garder ce passage présent à l’esprit. Pour l’heure, retenez surtout qu’aux yeux de Chris Sole, l’enchâssement ne déborde pas du cadre de la grammaire universelle : simplement, il ne nous est pas accessible, dans l’organisation commune de notre pensée.

Récapitulons. De la fameuse « hypothèse Sapir-Whorf (la réalité serait inconsciemment construite à partir des habitudes linguistiques du groupe) à la grammaire générative de Noam Chomsky, L’Enchâssement suggère donc que tous les êtres humains sont naturellement capables, dès leur naissance, d’acquérir n’importe quel langage (humain), mais aussi, et surtout, que tous nos langages sont structurellement apparentés, tous évoluant dans le champ de la grammaire universelle (qui, comme la Bibliothèque de Babel de Borges, contiendrait toutes les possibilités de notre pensée – y compris celles contenues dans les structures enchâssées). Les limites de notre mémoire à court terme restreignent fortement le nombre de combinaisons possibles. Avec l’ASP, Sole espère donc repousser ces limites, et découvrir, sans sacrifier les lois de récursivité, l’ensemble des possibilités du langage. Aveuglé par l’amorale ambition d’expérimentations scientifiques qui n’ont guère plus de raisons d’être que celles du Camp de concentration de Thomas Disch, Sole semble cependant oublier les grands principes de la représentation du monde exposés dans la Sémantique générale de Korzybski popularisée par Alfred Elton Van Vogt dans son cycle des non-A : non seulement la carte n’est pas le territoire, mais encore elle ne recouvre pas le territoire (autrement dit la mise en lumière hypothétique du « champ d’action possible de toute pensée humaine » ne saurait exprimer exactement cette pensée). En d’autres termes, le langage est interprétation du monde, plutôt que révélation. D’ailleurs, il ne s’agit de la part de Sole que d’une mauvaise interprétation de Chomsky, qui dans Aspects de la théorie syntaxique, écrivait ceci :

 

« C’est une propriété essentielle du langage que de nous fournir le moyen d’exprimer un nombre indéfini de pensées et de réagir de façon appropriée dans une série indéfinie de situations nouvelles […]. La grammaire d’une langue particulière doit dès lors être complétée par une grammaire universelle qui rende compte de l’aspect créateur de l’acte linguistique et formule les régularités profondes qui, étant universelles, sont omises dans la grammaire elle-même ; il est, par conséquent, tout à fait normal qu’une grammaire ne traite en détail que des exceptions et des irrégularités »

N. CHOMSKY, Aspects de la théorie syntaxique, éd. du Seuil, « L’ordre philosophique », 1971, pp. 16-17.

 

Cette créativité propre au langage humain, Sole, naïvement, n’en tient pas compte. In fine, la méthode et les postulats des scientifiques du Centre – et nous voici arrivés au troisième postulat de la Sémantique Générale – en disent plus long sur leur propre mode de pensée – et peut-être celui de l’auteur – que sur l’objet de leurs folles expériences, forcément vouées à l’échec…

 

 

1 - SF et langage

3 - Les indiens Xemahoa

À suivre…



[1] Les numéros de pages correspondent à l’édition Pocket « Science-fiction » n° 5211, 1985, illustration de Wojtek Siudmak, traduction de Didier Pemerle.

[2] J’espère, n’étant point linguiste de formation, ne pas trop trahir les propos de Noam Chomsky…

[3] Tenser, dit the Tensor, étudiant anglais en linguistique spécialisé en informatique, reproche sur son étonnant blog à L’Enchâssement de confondre deux structures différentes : d’une part le self-embedding (enchâssement qui consiste en une série de termes imbriqués les uns dans les autres à la manière des poupées russes ; reprenons l’exemple, utilisé par Watson, de la comptine « The house that Jack built », connue chez nous sous le titre « La maison que Pierre a bâtie » : « C’est le chien qui a étranglé le chat qui a attrapé le rat qui a mangé le riz qui est dans le grenier de la maison que Pierre a bâtie. ») et d’autre part le center-embedding, le seul à produire des phrases effectivement incompréhensibles (voir l’exemple cité dans l’extrait ci-dessus, qui reprend, en le tordant, la même comptine : « c’est le malt que le rat que le chat que le chien a chassé, a mordu, a mangé. »). Notons que le passage à la langue française entretient la confusion, puisque self-embedding et center-embedding se traduisent tous deux, si j’en crois le glossaire du SIL, par « auto-enchâssement » ou, plus simplement, par « enchâssement »… Une phrase construite sur de multiples center-embeddings (le rat (que le chat (que le chien a étranglé) a attrapé) qui a mangé le riz) est grammaticalement correcte, ou du moins acceptable, et donc parfaitement sensée, mais elle résiste à notre compréhension. Or, argumente Tenser, si elle est grammaticalement correcte dans une langue particulière, elle est forcément conforme à toute hypothétique « grammaire universelle ».

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Commentaires

  • Intéressante suite d'articles qui me rappellent quelques bons souvenirs de grammaire générative, que tu présentes fort bien, soit dit en passant.
    Il y a effectivement un sacré problème dans la théorie de Chris Sole :
    "On a ainsi un premier niveau d’information, celui des mots qu’on utilise effectivement, à la surface de l’esprit. Et un second niveau, permanent, profond où s’enchevêtrent, en associations d’idées, des concepts hautement abstraits, organisés en réseaux et en nœuds, comme un filet. Entre ces deux niveaux se trouve le plan du discours engendré par les idées. C’est là, dans cette zone intermédiaire, que sont inscrites les règles de ce que nous appelons la grammaire universelle."
    Voilà, peut-être, d'où vient au fond la méprise de Sole, qui croit pouvoir faire correspondre avec exactitude la carte au territoire : nous commençons seulement à nous apercevoir qu'en réalité, le premier niveau d'information n'existe pas à proprement parler. Les mots eux-mêmes sont les produits du fonctionnement d'un système qui n'en est pas tout à fait un, puisqu'il ne cesse de se renouveler : un tonneau des Danaïdes, en somme. Dès lors, même si les règles de la syntaxe reposent sur un nombre limité de principes universels et immuables, les combinaisons possibles sont aussi infinies qu'imprévisibles, et Chomsky l'a vu. La contingence a bien prise sur le langage...
    C'est passionnant, tout ça. J'ai hâte de lire la suite !

  • Merci François. Ahhh ! Je vois que tu as d'un coup changé de rythme sur ton blog. Je lirai tout ça.
    Pour la suite de ces articles sur L'Enchâssement, il faudra encore attendre quelques jours.

  • LES CROCS INUTILES

    La pensée protéiforme
    N'hésite devant aucun coup bas
    Pour refuser les évidences
    Qu'une de ses formes soit le langage
    Echappe à son sens mécanique
    Doté d'atomes crochus
    Qui tentent désespérément
    D'agripper le vent
    Pour en presser le jus
    Et en tirer de nouvelles saveurs

  • Joliment dit, gmc.

  • Pêle-mêle :
    Epatée mais rendue timide.
    Envie de bâtir des phrases en respectant ce principe de l'enchâssement.
    Je me suis instruite.

  • "c’est autre chose d’appliquer l’enchâssement à l’intérieur d’une même phrase : c’est le malt que le rat que le chat que le chien a chassé, a mordu, a mangé. Qu’est-ce qu’on peut en dire ? Que c’est grammaticalement correct ? C’est vrai, mais on n’y comprend pratiquement rien." (p.56)

    C'EST FAUX !! Enfin, en partie...
    En tout cas en grammaire française, on ne peut séparer, dans une proposition subordonnée relative quelconque, le verbe du sujet de la P.S.R. par une autre P.S.R. épithète, qu'elle soit déterminative ou pas, car dans le cas d'un pronom relatif sujet "qui", la proposition serait agrammaticale avec deux pronoms relatifs côte à côte.
    Le malt qui que...
    Par assimilation, la grammaire depuis l'ancien français a déterminé que - contrairement à la langue latine - le français n'autoriserait pas une telle syntaxe, à moins de faire la seconde P.S.R. une apposée (à l'aide d'une ponctuation de hiérarchisation: virgule, tiret de distanciation, parenthèse, crochet):
    Le malt que la rat - que le chat...
    L'avantage du tiret de distanciation dans l'apposition à répétition est de se trouver annulé par toute ponctuation. Ainsi, au lieu de trouver quatre ou cinq parenthèses de fermeture, on trouvera un seul tiret ou une seule virgule pour terminer l'énoncé initial et revenir à la proposition principale (ou à la subordonnée précédente dans la hiérarchie).

    Voilà une première réaction, qui pourrait bien être suivie de nombre d'autres, si je me replonge un petit instant dans Saussure ou Monod, qui nous ont bien fait comprendre que si le contingence peut certes avoir un certain poids sur le langage, la syntaxe en elle-même répond à des cadres où tout environnement devient nul, et que finalement, elle ressemble fort bien à une combinaison binaire, qui s'apparente alors bien plus à un système réactif d'ADAPTATION des mots (chiffres) constituant notre pauvre vocabulaire (LIMITE) qu'à une combinaison NOUVELLE et intelligente de notre esprit. Le langage n'est pas infini, ses combinaisons non plus, et il suffit de relire Rousseau et ses très intéressants et pertinents articles sur la Musique dans l'Encyclopédie pour en avoir une métaphore sur le langage musical.

    La suite est à lire avec un recul de plusieurs degrés:

    Il est sans aucun doute plus que frustrant que constater qu'un art est à l'agonie car il aura bientôt épuisé toutes ses possibilités. Du déni à l'acceptation en passant par les trois autres phases ;), il suffit aux avant-gardistes de profiter des derniers instants pour éviter le suicide langagier... Et pour les autres, ne nous demandons plus pour quand est programmée cette agonie, mais quelle autre forme de communication sera sa remplaçante.

  • "En tout cas en grammaire française, on ne peut séparer, dans une proposition subordonnée relative quelconque, le verbe du sujet de la P.S.R. par une autre P.S.R. épithète, qu'elle soit déterminative ou pas, car dans le cas d'un pronom relatif sujet "qui", la proposition serait agrammaticale avec deux pronoms relatifs côte à côte."

    Il me semble qu'on est ici, sinon en plein "suicide langagier", du moins engagé jusqu'au cou dans le sempiternel problème de la traduction, et de la lecture critique en français d'un texte initialement écrit dans une autre langue.
    Il faudrait vérifier, mais il ne me semble pas que ces restrictions soient applicables à l'anglais, langue où la P.S.R. n'existe même pas à proprement parler.
    J'essaierai de me procurer un exemplaire de l'Enchâssement en anglais, pour savoir s'il s'agit d'un véritable problème de fond, mais je doute fort que la phrase originale soit grammaticalement incorrecte. Si c'est une question de traduction, en revanche, mieux vaut rengainer les prophéties à la Brunetière et faire preuve d'un peu d'indulgence envers ceux qui errent encore dans les décombres de Babel...

  • Pas besoin d'aller bien loin, il suffit d'aller voir du côté du blog de Tenser :
    "Self-embedding is a special use of what we call 'recursive rules'—these are rules for doing the same thing more than once when you form a sentence, so that you can make your sentence any shape and size you like.... 'The dog and the cat and the bear ate.' 'They ate the bread and cheese and fruit, lustily and greedily.' You've never heard these particular sentences before—they're new—but you have no trouble understanding them."

    La phrase, en anglais, est grammaticalement correcte.
    Foin de la décadence du langage, donc...

  • ... en revanche, il ne s'agit peut-être pas du même passage...

  • "...'This is the malt that the rat that the cat that the dog worried killed ate.' How about that? Grammatically correct—but you can hardly understand it." (p. 49)

    Là, effectivement, j'ai quelques doutes.

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