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Alain Damasio, le repeupleur (So phare away)

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À Sébastien.

 

« Séjour où des corps vont cherchant chacun son dépeupleur. Assez vaste pour permettre de chercher en vain. Assez restreint pour que toute fuite soit vaine. »

Samuel Beckett, Le dépeupleur.

 

« J’étais bien, abreuvé de noir et de calme, au pied des mortels, au fond du jour profond, s’il faisait jour. Mais la réalité, trop fatigué pour chercher le mot juste, ne tarda pas à se rétablir, la foule reflua, la lumière revint, et je n’avais pas besoin de lever la tête de l’asphalte pour savoir que je me retrouvais dans le même vide éblouissant que tout à l’heure. […] Je dis, la mer est à l’est, c’est vers l’ouest qu’il faut aller, à gauche du nord. Mais ce fut en vain que je levai sans espoir les yeux au ciel, pour y chercher les chariots. Car la lumière où je macérais aveuglait les étoiles, à supposer qu’elles fussent là, ce dont je doutais, me rappelant les nuages. »

Samuel Beckett, « Le calmant » in Nouvelles et textes pour rien.

 

Il est un passage de La Horde du contrevent, dans les toutes dernières pages, qui m’a ému aux larmes, viscéral à hurler :

 

Je m’en sortis parce que je compris, du cœur de mon effondrement, que toute la Horde n’était encore debout sur la lande que par ma faculté active à la faire vivre. La solitude n’existe pas. Nul n’a jamais été seul pour naître. La solitude est cette ombre que projette la fatigue du lien chez qui ne parvient plus à avancer peuplé de ceux qu’il a aimés, qu’importe ce qui lui a été rendu. Alors j’ai avancé peuplé, avec ma horde aux boyaux, les vifs à un pas et une certitude : l’écroulement de toutes les structures qui m’avaient porté jusqu’ici – la recherche de l’origine du vent, les neufs formes, l’Extrême-Amont, les valeurs et les codes de ma Horde – ne m’enlevait pas, ne pourrait jamais m’arracher, pas même par leur mort, ce qui ne dépendait, authentiquement, que de moi : l’amour enfantin qui me nouait à eux.

 

Ceux qui ont la chance de connaître – ou d’avoir connu – l’amitié authentique, indéfectible, celle qui vous lie irrémédiablement à l’autre, quoi qu’il arrive, par-delà même l’espace et le temps, sauront de quoi il est ici question. Comme Sov, nous avançons peuplés, avec nos hordes aux boyaux.

Plus que son éloge du dépassement de soi, plus que sa philosophie du mouvement, c’est cette mise en actes du lien, rendue possible par un inouï travail formel, qui fait de La Horde du contrevent l’un des plus beaux livres qui soient, et ce, même si les recherches phonétiques d’Alain Damasio, uniques dans le domaine romanesque contemporain, ne lui ont pas encore permis de s’attaquer avec la même pugnacité aux structures syntaxiques, et d’égaler ainsi les maîtres du monologue intérieur, tels Joyce, Faulkner et Beckett. Mais une synthèse de ces trois singularités est-elle seulement envisageable ? Joyce, et l’expression automatique d’un courant de conscience (stream of consciousness), stupéfiante tentative de surmonter la barrière des langues (Finnegans wake). Beckett, dont les alter ego se meuvent à distance égale du ciel et de la terre, se trouvant « comme qui dirait sous cloche, tout en pouvant se déplacer à l’infini dans tous les sens » (Nouvelles et textes pour rien), prisonniers des espaces intérieurs de l’auteur ; Beckett, donc, et le ressassement solitaire et métatextuel. Et Faulkner, qui fait mine de capter les flux de pensée de ses personnages, et de les restituer, brutes, soumettant la syntaxe à leur phénoménologie propre. L’idéal damasien se situerait donc, en théorie, au point nodal de ces trois grands modèles – tout en ne quittant jamais le champ de l’Imaginaire. Damasio singularise ses différents narrateurs par le style, comme Faulkner dans Tandis que j’agonise. Il fait fondre et se tordre le verbe, fait jaillir des étincelles avec Caracole, comme Joyce dans Finnegans wake. Enfin, comme chez Beckett (dans L’Innommable par exemple), métaphores et matière métafictive sont omniprésentes : dans La Horde, des bribes du récit flottent dans l’air, dans le sillage des tempêtes, sous forme de chrones – des concepts vivants – couverts de glyphes ; et Sov, le scribe de la (dernière) bande, est un passeur entre l’univers du roman et son propre engendrement.

 

Le texte-phare de la dernière livraison de la revue Galaxies (n°42), est une nouvelle d’une grande beauté, aussi abstraite que sensuelle, très poétique, et donc éminemment métaphorique, sur la déréliction du monde. « So phare away » d’Alain Damasio, rejoint en effet ces fictions, en si petit nombre, qui nous habitent, qui nous transforment durablement. La lecture, écrivait Sartre, « ne doit pas être une communion mystique non plus qu'une masturbation, mais un compagnonnage ». « So phare away », qui comme La Horde du contrevent nous accompagne, jamais à côté, mais au-dedans, est le récit tragique et visionnaire d’un dépeuplement.

 

Coupée d’un monde qui a peut-être disparu, ou qui a éclaté en îlots isolés les uns des autres – nous n’en saurons rien –, une ville à la minéralité tantôt ferme, tantôt fluide, traversée au sol par un trafic dense, incessant, d’automobiles en mouvement perpétuel, et surmontée d’une épaisse chape de smog crevée de milliers de phares émetteurs, s’apprête à subir le choc d’une gigantesque houle d’asphalte, cataclysme cyclique qui la remodèle à sa guise, engloutissant des édifices, en faisant surgir de nouveaux. Les gardiens de phares communiquent par signaux lumineux, non pour préserver les navires des récifs – nul ne vient plus par la mer –, mais pour diffuser des informations privées, publicitaires ou gouvernementales aux cinq millions d’habitants, ou simplement pour la beauté du geste, pour se sentir exister. Certains phartistes composent des tableaux de lumière, d’autres clignotent de manière incompréhensible en un pseudo morse connu d’eux seuls, d’autres encore se contentent d’apposer sur la ville leur signature photonique. Et les trois phares suréquipés des diffuseurs officiels phagocytent l’espace lumineux, achevant de transformer l’espace en une cacophonie optique :

 

Notre vide si moderne, la Nappe  : ce tissu lumineux entre les phares, toujours changeant. Cet écheveau de faisceaux et de rayons qui se cumulent, rivalisent et s’annulent. Rien de tout ça n’aurait acquis la moindre épaisseur s’il n’y avait la circulation éternelle des voitures au sol, le smog qui en résulte et la bruine. La lumière s’y colle, y prend corps et texture. Et ça donne la Nappe , oui, saturée et surinvestie, notre espace de communication.

 

Comme l’écrit Bruno Gaultier, l’intuition fondamentale de la nouvelle « est que la surexposition à la lumière n’est pas révélation, mais négation ». Autrement dit, la lumière n’a de sens, ne fait sens, que si elle perce l’obscurité. La métaphore est splendide, ou plutôt : lumineuse… Sur la Toile, mais pas seulement, brillent en effet, comme les phares de Damasio, des feux solitaires dont nous percevons encore les insistants signaux, entre deux éblouissements. Mais l’entropie fait son œuvre. La prolifération métastatique des interconnexions, des hyperrelations, des flux d’information, auxquels contribuent d’ailleurs les phares qui nous sont chers, menace de submerger le monde sensible qui les a vu naître. Quand la lumière aura tout enveloppé, ce sera la fin. Alain Damasio condense cette idée dans une fulgurante dernière phrase : « Quand l’étreinte n’a plus d’air, on dit qu’elle est éteinte ».

 

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Pour Jean-Michel Truong, l’Internet, à l’intersection de la Technique et du Capitalisme, constitue l’embryon du « Successeur », intelligence totalement inhumaine, machinique, que nous croyons maîtriser alors que c’est elle, indubitablement, qui nous manipule – jusqu’à notre élimination mathématique pure et simple. Si la Nappe est une image, superbe, de l’excès d’information, la houle d’asphalte, cette vie minérale qui déferle sur la ville, est alors celle de la déhiscence de la Technique , qui remodèle l’environnement à sa guise. Il y a, chez Damasio, plus qu’une méfiance : une réaction viscérale à l’emprise de la Technique et du Marché qui disjoignent les êtres. C’était patent dans La Zone du Dehors et dans La Horde du contrevent, ça l’est plus encore dans « So phare away ». À la toute fin de la nouvelle, Farrago est trompé par le bruit blanc de la Nappe , voyant le message de Sofia déformé par des relais fantaisistes – du moins est-ce ainsi que j’interprète les dernières lignes...

Comme souvent chez Damasio, un jeu de mot peut en cacher un autre (et peu importe l’intention supposée de l’auteur, qui n’a aucune importance).

 

Le soir, je regarde les appartements s’éclairer et s’éteindre, sur la centaine d’ouvertures de la façade, c’est parfois joli, souvent dérisoire. Les fenêtres pourraient presque former un code, un code collectif inconscient sur une clef binaire, qui raconterait une histoire différente toutes les nuits, ou un récit évolutif. Une cuisine qui s’allume, une chambre qui s’éteint, et le sens de la phrase pourrait basculer. “Faible” qui devient “Fable” par exemple parce qu’un i saute. Tout sauf i. Tout Sofia… Son manque me troue.

 

Tout sauf i, tout Sofia – mais pourquoi pas tout sauf I.A. ?... S’il n’a pas dans « So phare away » d’intelligence artificielle à proprement parler, la Nappe comme l’océan d’asphalte sont à l’évidence deux manifestations d’une Technique qui exclut l’homme de son horizon. La mort annoncée de Farrago en est, il me semble, le plus bel exemple. Les personnages damasiens pleurent l’humanité perdue.

 

« So phare away » oppose la verticalité des phares (l’en haut) à l’horizontalité de l’asphalte (ici-bas). Dans La Zone du Dehors, le signe « > » indiquait un changement de narrateur. Dans La Horde, les glyphes des personnages jouaient le même rôle et permettaient d’identifier leurs voix. Cette fois, chaque changement est introduit par le nom du narrateur (Phareniente, Farrago, Lamproie, Sofia, Faramine…), disposé verticalement, ou horizontalement, selon qu’il se trouve dans un phare ou à l’extérieur (au sol, dans l’eau). Ainsi dans l’extrait qui suit, à un passage dans lequel Faramine parle du haut de son phare, succède le monologue de Sofia, sortie en expédition :

 

F

A

R

A

M

I

N

E

n

« Sors sur ton balcon et déshabille-toi. Si tu restes nue, éclairée par mon projecteur, pendant cinq minutes entières, je ferais un effort pour ton amie ». Le Régulateur m’a répondu. Je suis furibarde. Il accepte de couper le flux du périphérique dix secondes si je m’exécute. Ce type est un salace, un pervers frustré qui se masturbe dans sa tour en matant les nymphettes à la jumelle, je le sais. Il demande ça à toutes les filles qu’il drague et je ne lui traduis jamais ces messages-là ! Jamais !!! Qu’il aille se faire foutre ! Même pour Sofia, je ne lui cèderai pas ! Fumier ! Salopard de voyeur ! Sodomise-toi profond avec ton phare !

 

— – - S O F I A - – —

Avant d’étouffer, je me suis relevée. Mes cheveux dégoulinent de suie. Flot de voitures toujours aussi rapide et cruel, puant et bruyant. J’essaie de sentir flux et reflux, de viser, je traverse en pensée. Maintenant !… Là ! Je pouvais… Là je suis morte… Là peut-être… ? Non. Sofia, tu peux encore rentrer, reprendre le Giotto à l’envers : survivre.

 

La version électronique de la nouvelle, sous fichier Word, figurait l’isolement des Liphares et autres Phartistes par des cadres qui entouraient le texte (cf. extrait ci-dessus). Ces cadres, bien sûr, qui renforçaient l’aspect géométrique de la ville, disparaissaient quand les personnages quittaient leur phare. Visuellement, l’effet était impressionnant – on ressentait physiquement la libération de Sofia ou de Farrago. La version imprimée dans Galaxies ne comporte plus les cadres. L’effet est donc moindre, mais reste sensible. Les murs, réels ou artificiels, ne tombent qu’avec la réunion des personnages, avec leur contact physique, leur communication proche, leurs dialogues de vive voix qu’aucune machine ne relaie plus. Tout sauf I.A.

 

Le monde, dans « So phare away », est assez semblable au cylindre du Dépeupleur, l’un des plus étranges textes de Samuel Beckett. Les deux cents être humain – s’il s’agit bien d’hommes – du cylindre, les habitants de la ville sans nom de la nouvelle de Damasio se meuvent pareillement, selon des règles précises, dans un périmètre limité (là le cylindre, ici la ville), parcourent absurdement les voies qui leur sont réservées ou cherchent une impossible transcendance dans la pure verticalité (au sommet d’échelles réparties sur la paroi du cylindre chez Beckett, dans les phares chez Damasio). Rien ne nous est dit de l’origine du dépeupleur, et il semblerait bien que la clé de l’œuvre réside dans la forme même du discours, froidement scientifique, qui nous décrit cet enfer minimaliste de l’intérieur. Comme Le dépeupleur, « So phare away » est un récit de fin du monde, un Holocauste métaphorique. Il nous relate rien moins que l’extinction de l’homme, enseveli sous sa Créature, symbolisée par l’asphalte et la nappe lumineuse. Mais autant l’œuvre beckettienne est refermée sur elle-même, autant la prose damasienne est ouverte. Dans Le dépeupleur, la règle est absolue et ne saurait être enfreinte, à moins que l’infraction elle-même soit prévue et codifiée, car pour Beckett il n’y a rien à faire. Damasio, en revanche, dont nous connaissons l’engagement politique, croit encore, et avec conviction, à la résistance individuelle et collective. Les voltés de La Zone s’insurgent, les hordiers du contrevent écrivent leur propre trace, les altermondialistes des « Hauts® Parleurs® » contournent les pièges d’un effarant code de la propriété intellectuelle, et les phartistes de « So phare away », voyant leur voix noyée dans la Nappe, bravent les dangers de l’asphalte pour retrouver le contact. Tous échappent, d’une manière ou d’une autre, aux lignes tracées d’avance.

Mais revenons un instant au rôle de la verticalité. Que ce soit dans La Zone (le Cube, la tour d’holovision), dans La Horde (les tours d’Alticcio, la tour d’Ær) ou dans « So phare away », la transcendance n’est jamais accomplie, on ne trouve le salut qu’au sol. L’ascension est en effet toujours suivie d’une chute, et vaut plus par elle-même que par ce qui nous attend au sommet. Ce n’est donc pas une opposition là-haut/ici(-bas) qui intéresse Damasio – sinon d’un point de vue social, avec les racleurs et les tourangeaux d’Alticcio –, mais le chemin qui mène de l’un à l’autre – qui les lie. Il n’y a pas d’Extrême-Amont, est-il répété dans La Horde… Il n’y a pas de jardin d’Éden, sinon son simulacre machinique : ici la lumière (qui n’éclaire plus mais aveugle) et la verticalité sont associées, mais ne mènent qu’aux phares géants de Surville, autant dire à une impasse. C’est la subversion, c’est le péché, qui font l’homme.

 

Jamais propos plus politique, donc. Sur la Toile, à l’image de la Gouvernance de « So phare away », États et grands groupes commerciaux s’accaparent les meilleurs référencements, et profitent de la saturation pour s’accaparer les nouveaux espaces – nul n’ignore ce qu’est devenue la bande FM, qui regroupait jadis les « radios libres »… Comme dans Bandes alternées de Philippe Vasset, la seule voie est alors celle du hors-piste, de la furtivité. Échapper, à tout prix, aux yeux et aux oreilles de la Machine. Renouer les liens. Se repeupler. « So phare away » annonce vraisemblablement le prochain roman d’Alain Damasio, dont nous connaissons déjà le titre : Les furtifs

 

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Commentaires

  • Je ne résiste pas à la tentation de laisser un commentaire ici, puisque ce sont vos pages qui m'ont incité à la lecture des deux oeuvres du ci-devant Damasio.

    J'ai pensé récemment à la Horde du Contrevent en entendant JM Le Pen dans son discours de défaite au soir des élections: "Nous sommes ceux qui rient dans les tempêtes". Un rapprochement moins étonnant qu'il n'y parait, tant cet auteur colle au plus près à ce que j'appelle, avec un sourire sinistre en coin, le facisme de gauche. Cette radicalité assumée dans ses livres, et qu'au premier abord j'avais supposé ironique, m'a littéralement fait horreur.

    L'Ubermensch damasien ivre de sa propre puissance, sans héritage et sans futur, tribalisé, désexualisé, détérritorialisé comme il se doit, sans but autre que son propre mouvement, rit lui aussi dans les tempêtes, piétine les ruines et méprise ceux qui construisent les civilisations pierre après pierre dans la patience et l'humilité. Ses théories, lorsque la déconstruction de son langage lui laisse le temps d'en tracer une esquisse, valent bien la mort de quelques pauvres âmes, d'autant plus que celles-ci sont des statiques - c'est à dire des faibles.

    J'ai ressenti ces deux livres comme des insultes à tout ce qui constitue ma culture, mais c'est sans doute que je suis plus intéressé par l'idée d'être que par celle de devenir-truc ou machin, et qu'il y a certainement là une opposition philosophique fondamentale. Voyez-vous, j'ai toujours entendu l'Anti-Oedipe comme un cri de désespoir et une mise en garde, d'où ma surprise sans cesse renouvelée de voir des jeunes hussards partir au galop dans le grand désordre schizophrène de l'ami Deleuze en poussant des cris de joie - quoiqu'en l'occurence, il s'agisse plutôt de texticules juxtaposés, déstructurés et métastasiques , et qui ressembleraient à un texte d'avant-garde des années 70 qu'un traducteur paresseux aurait traduits à l'aide d'un argot français obsolète et à côté de la plaque (ah, les monologues de Golgoth...)

    Aussi je suis un peu rêveur devant votre enthousiasme, et j'espère qu'en dehors de votre admiration pour les dé-faiseurs, vous savez aussi aimer quelques bâtisseurs...

  • Eh bien, on peut dire que le commentaire de Jocrisse m'a donné immédiatement envie de lire mon exemplaire de La Horde, acheté sur les conseils d'Olivier et traînant sur mon bureau depuis des semaines (avec le dernier William H. Gass)...
    Il est vrai que, depuis quelque temps, me gênaient considérablement certaines lignes évoquant Damasio.
    Gageons que le petit texte que j'écrirai (si cela en vaut la peine) risque d'être à quelques années-lumière des enthousiasmes transhumaniens et systariens.

  • Jocrisse, vous êtes un peu aimable plaisantin, mais, si j'oublie l'outrance grotesque de votre attaque, vous touchez du doigt l'élément le plus problématique, à mes yeux, de l'oeuvre de Damasio. Que fait-il des faibles ? A quoi aboutit vraiment la philosophie du lien et du mouvement, quand elle s'accompagne d'une philosophie du dépassement, du Surhomme ? Alain Damasio serait d'ailleurs ravi de pouvoir discuter de ces questions, que Bruno et moi avons déjà évoquées avec lui.
    Mais vous-même, hélas, serez incapable de mener à bien une analyse de ce genre. Vous réagissez à la manière des contempteurs de Dantec, traité de "facho" plus qu'à son tour. Non seulement vous avez tort, mais en plus, vous réduisez une oeuvre romanesque riche et complexe à une idéologie, ce qui n'a aucun sens (ou alors, vous donnez mille fois raison aux ennemis de Bloy, Céline, Rebatet et consort). De même que personne n'avait rien trouvé à redire aux romans de Dantec avant que ne paraissent les TdO, de même, vous savez pertinemment que vous n'auriez jamais écrit ces âneries de "fascisme de gauche", si l'on ne vous avait soufflé que Damasio était un peu militant d'extrême-gauche (mais je puis vous dire qu'il est d'une intelligence exceptionnelle, que je n'ai que très rarement rencontrée, il est capable d'apprécier des critiques de ce genre, et d'y répondre avec le même brio). Ce type de propos, je me les coltine depuis mes études, depuis que j'ai découvert que films et romans n'étaient pas ETUDIES par la critique, mais JUGES selon des présupposés, des intentions supposées, etc. J'en trouve des exemple chaque jour. "Un grand film humaniste". Un "film douteux". Ca ne veut rien dire. Le mauvais critique confond, comme vous, l'oeuvre et le paratexte (et cherche alors dans l'oeuvre de quoi confirmer son hypothèse). Confond le film et le dossier de presse. Le roman et l'engagement politique de l'auteur. N'oubliez jamais que votre interprétation, vraiment très réductrice (autre malveillance de la mauvaise critique : ne prendre qu'un élément d'une oeuvre, et construire son argumentation sur cet élément, au mépris du reste), n'est qu'une interprétation parmi d'autres - ou traitez-moi d'idiot, ainsi que Bruno Gaultier, ainsi que la plupart des meilleurs critiques du milieu SF.
    D'aucuns jugent fasciste le cycle de Dune. Raciste le Seigneur des Anneaux. Franchement, c'est risible.
    L'idée du lien, par exemple, dans la horde, l'idée que ce qui vous fait exister réside dans votre capacité à avancer peuplé de vos amis, de vos proches, et de les peupler à votre tour, est tout simplement magnifique - et admirablement mise en forme. A la rigueur, vous pouvez trouver ça raté (pas moi), mais faites-vous donc partie de ces fats qui préfèrent la médiocrité accomplie, à l'ambition mal dégrossie ?
    La nouvelle "So phare away" devrait vous faire réviser votre jugement. Nulle apologie du fort ici, seulement des êtres, perdus dans le bruit blanc moderne, qui cherchent à se retrouver.
    Vos arguments sont exactement les mêmes, notez bien, que ceux des anti-Dantec. Dantec est accusé d'user d'un vocabulaire ridicule (métacybermachin), et vous accusez Damasio d'user d'un argot désuet (désuet chez vous peut-être, mais dans son livre ?). Il est certes plus facile de dénigrer que de chercher à comprendre. Quant à la juxtaposition des textes de La Horde, votre commentaire prouve que vous n'en avez pas compris le sens. Elle n'a rien de métastatique, bien au contraire. Mais trève de bavardages. Lisez mon article dans Galaxies, nous en reparlerons.
    reste que, comme je l'ai dit, vous avez soulevé un vrai problème. Nous y reviendrons probablement.

    Juan, j'attends ton texte avec impatience, surtout s'il est critique et, comme d'habitude, très différent des miens. Je serais étonné que tu ne décèles pas, chez Damasio, au moins une grandeur, une ambition, une rigueur sans véritable équivalent dans le roman français contemporain. Ou alors, c'est que tes sens s'émoussent ! Mais tu n'as pas encore lu la chose, nous verrons cela plus tard...

  • Mon vieux, je m'y mets mais ne t'attends pas à un papier de la taille du tien ou de celui de Systar. Ces derniers temps, je fais dans l'économie.
    Au fait, félicitations pour ta promotion dans Galaxies et, si tu as besoin d'un papier, n'hésite pas (on ne pourra pas dire que je ne prône pas la transparence absolue...).
    Même si, il est vrai, je n'ai pas une seconde à moi...

  • C'est noté. On en reparlera hors commentaires.

  • Cher transhumain, tout d'abord faites moi l'honneur de croire que je sais lire et analyser, et que s'il est vrai que j'ai cherché à être aimable -après tout je n'ai aucune raison de venir vous agonir d'injures sur votre espace- je ne suis en aucune manière un plaisantin.
    Vivant loin de France et ne fréquentant pas la diaspora littéraire francophone, personne ne m'a soufflé quoi que ce soit au sujet des positionnements idéologiques de Mr Damasio ; il suffit simplement de prendre trois pages au hasard dans la Zone du Dehors pour qu'ils apparaissent très clairement. Croyez-vous qu'une vision de l'homme et de son rapport à la société puisse s'exprimer dans un engagement politique sans que celle-ci n'apparaisse également dans une oeuvre littéraire, comme si ces deux domaines étaient séparés par une cloison étanche? Puisque vous parlez de Dantec, j'ai prêté récemment les Racines du Mal à un ami socialiste pur jus, qui l'a trouvé 'puant' et n'a même pas cherché à le finir. Ce brave garçon n'avait jamais entendu parler de Dantec, et encore moins du TdO, preuve s'il en est besoin que les angles et approches qu'un écrivain choisit (et que par ailleurs, il ne choisit pas forcément) sont tout aussi révélateurs de sens qu'un innocent jeu de mots.
    Pour ma part, doutant fort que l'on puisse se convertir au Christianisme et être faciste en même temps, je n'ai jamais fait ce procès à Mr Dantec.

    Mais revenons à Damasio. Pardonnez moi d'être mauvais critique, mais ce n'est ni mon métier, ni mon ambition. Le seul paratexte auquel j'ai été confronté fut votre site et celui de Systar, deux sites pour lesquels j'éprouve une neutralité bienveillante et que je lis avec curiosité dans l'espoir d'y dénicher des perles (je reconnais toutefois au Stalker la primauté de l'excellent conseil). Je suis absolument désolé que vous trouviez mon avis outrancier et grotesque, mais il se trouve que la lecture des deux livres de Damasio -et le relecture de la ZdD, pour bien faire- m'a proprement scandalisé. En soi, celà implique que ces livres ne sont pas ratés (je le reconnais, malgré d'agaçants tics de langage), mais simplement qu'ils me scandalisent dans leurs présupposés et dans leurs conclusions, et en ce qu'ils consistent en un chant de la primitivité et de la barbarie, et un rejet particulièrement agité de tout ordre supérieur. C'est le contraire absolument exact de ce que je cherche dans un livre, mais je ne suis, vous l'avez sans doute compris, qu'un infâme réactionnaire.

    Ceci dit, vous avez posé très finement la question: "A quoi aboutit la philosophie du lien et du mouvement, quand elle s'accompagne d'une philosophie du dépassement, du Surhomme?" Or, il me semble justement qu'on le sait déja très bien, l'histoire l'ayant récemment montré. La bonne grosse camaraderie dont parle Sebastian Haffner dans son 'Histoire d'un Allemand' transfigurée par la mystique de la lutte brutale et du surhomme, on a vu ce que ça donne, il me semble. Je sais bien que les fondamentaux chez Mr Damasio ne sont pas les mêmes, et c'est peut-être abuser de le traiter de faciste de gauche mais la barbarie ne fait pas de politique, et cette approche est pour moi abominablement régressive.

    Et pour votre gouverne, n'étant pas relativiste je revendique le droit de juger. Si mon jugement s'écarte sensiblement du votre, vous n'avez pas le droit d'affirmer que c'est parce que je n'ai pas cherché à comprendre. Je crois juste que nous ne travaillons pas avec les mêmes outils, et cela n'empêche pas l'estime réciproque

    cordialement

  • Merci pour ce sublime article Olivier.
    Quelque chose de commun chez toi et Juan, par rapport à ce que vous "touchez" (littérature, cinéma etc.) et que je ne saurais dire sans Vaclav Jamek,

    "La promesse est un appel, un défi qu'il faut relever : on ne peut tenir une promesse que si elle est tenue par les deux bouts. C'est à moi de tenir les promesses que je vois dans les autres. Si je me dérobe, le vide des autres, c'est moi. Le vide en moi est fait de promesses qui m'ont été faites et que je n'ai pas tenues." (Traité des courtes merveilles, page X)

    Merci, donc (quelle éloquence)

  • Jocrisse, je le répète : si la horde, et plus encore la Zone - où l'on peut voir une apologie du terrorisme - comportent des zones d'ombre, gardons-nous bien de réserver à ces oeuvres une lecture purement idéologique : le propre du roman est précisément de faire surgir de nouvelles images, des sens nouveaux, multiples et irréductibles à une simple idée, à un discours déterminé. De plus la horde, vous en conviendrez, n'est absolument pas une oeuvre discursive. Ni même conceptuelle. C'est une oeuvre METAPHORIQUE. Et à moins de considérer la métaphore comme une idée originaire, figée, qu'il nous faudrait retrouver à partir d'une image (ce qui serait un grave contresens, que commettent hélas de trop nombreux critiques...), vos remarques ne sont pas recevables. Rien ne vous permet, si vous êtes rigoureux dans votre analyse, de comparer le roman à l'idéologie nazie. Rien, rien, rien.
    La meilleure preuve de ce que j'avance, c'est l'existence même de notre discussion. Vous n'êtes pas idiot, j'ai la faiblesse de croire que je ne le suis pas non plus, et nous avons des romans de Damasio une lecture radicalement différente.

    Mawie : mewci-mewci-mewci !

  • J'arrive après la bataille, visiblement, surtout que Jocrisse est très courtois, argumente bien, et qu'Olivier lui a déjà répondu ce que j'aurais pu dire. Jocrisse, vous ne pouvez pas conclure trop vite à l'apologie de la barbarie uniquement sur la base d'un ou deux épisodes un peu étranges dans les livres de Damasio. Montrer n'est pas approuver, mettre en image n'est pas recommander. Nous avons bien des romans, et non des traités, ou des essais, ou des apologétiques, que sais-je encore.
    Fascisme de gauche: c'est pas mal, dans le genre. Moi j'aurais dit du "totalitarisme flower power", pour faire bonne mesure... En fait, Jocrisse, ce qui m'intéresserait, si vous êtes ok pour discuter un peu de tout ça, c'est de savoir pourquoi vous voulez plaquer des grilles de lecture de courants politiques ou de courants de pensée ou d'idéologie sur un roman qui ne peut par définition pas les accepter tels quels. Chez Damasio, vous avez des présupposés philosophiques bien particuliers (pas seulement les devenirs deleuziens, d'ailleurs, ni je ne sais quel amour de la force nietzschéen...), qui empêchent de se demander à quel système, parmi ceux que l'histoire nous a transmis, ses livres appartiennent.
    Quant au fait que les convictions politiques d'un auteur viennent forcément s'insérer dans son oeuvre, oui et non je crois. La Zone du Dehors est un livre de jeunesse et de réflexion, en fait, ce n'est pas une incitation à aller casser les jambes des petites filles bourgeoises en se donnant l'impression qu'on nique le système. Je vous mets au défi de trouver chez Damasio (i.e.: le bonhomme Damasio, le vrai de vrai en chair et en os) la moindre once de violence, d'ailleurs, contrairement à d'autres auteurs, qui, on ne sait trop pourquoi, ont cru bon de s'en faire une gloire... Je crois aussi que, en tant que lecteurs un peu attentifs (allez, on dégonfle un peu la baudruche, on n'est pas des "critiques littéraires", non plus!), il nous revient, si jamais des intentions politiques transparaissaient dans les oeuvres, de Damasio ou d'un autre, de neutraliser ces intentions, de les mettre en suspens, de ne pas les recevoir pour elles-mêmes, mais toujours comme le signe d'une réalité à interpréter: pourquoi, ici, une posture de gauche? marxienne? fasciste? d'où ça vient? et surtout: qu'est-ce que ça libère comme possibilités narratives, symboliques, etc. C'est du moins la façon dont je lis les livres, ce qui me vaut, quand bien même vous ne seriez pas d'accord avec moi en politique, votre "neutralité bienveillante" dont je vous remercie. Allez en paix, et ne godwinisez plus, cher ami.

    Gêné par ce que tu as lu sur Damasio, Juan? Bigre! J'aimerais bien savoir pourquoi... Toi qui as toujours répété aimer les grands stylistes, là tu vas être servi.

  • Parce que, la dernière fois que l'on a commencé à me vanter les qualités d'un auteur de SF, que je voyais son nom traîner sur bien des sites/blogs/forums, c'était Maurice G. Dantec...
    M'a fallu quelques mois tout de même pour rattrapper mon retard, vu que tout le monde paraissait avoir lu Dantec sauf moi.
    Donc, maintenant, tu comprendras que je me méfie de Damasio, surtout que le bougre écrit de gros romans et que je n'ai franchement pas le temps de me lancer dans un gros roman autre que Le Tunnel de Gass (que bien sûr je te recommande).
    Sur les grands stylistes : Julien Gracq en est un justement et, lorsqu'il m'arrive de relire ses romans, ils me tombent des mains.
    Pas de style sans vision métaphysique et donc, peu ou prou, quelque visée politique (au sens noble du terme, hein, histoire de ne pas retomber dans du petit sarkozisme...) : Guy Dupré (que je te reco...) plutôt que Julien Gracq.
    Il est vrai que, à défaut, je préfère un grand styliste, un Olivier Larronde par exemple dans le registre poétique, fût-il absolument hermétique et préoccuppé seulement d'art pour l'art, à un type écrivant ses livres avec ses pieds (suis mon regard transneptunien !).

  • Ah, si ce n'est que ça... l'analogie entre Alain et Dantec s'arrêtera là! Rien à voir avec tout ce qui s'est passé avec Dantec, pour le coup. Mais je te laisse te faire ton idée, et nous en proposer toute la saveur prochainement dans la Zone.
    Dupré: pas de crainte, il est déjà dans ma bibliothèque, il attend cet été pour être lu.
    Curieux que tu n'arrives plus à prendre de plaisir avec Gracq: tu peux très bien interpréter le Rivage des Syrtes en poussant jusqu'à un sens spirituel ou politique certains passages, même si la portée politique du livre reste minime, et exposée surtout à la fin du roman, je te le concède. Et tout le château d'Argol peut se lire en poussant un peu la tonalité hégélienne du livre, il y a de quoi se passionner!

  • Le rivage des Syrtes, c'est très beau, comme Le Désert des Tartares qui l'a inspiré (quoique pour d'autres raisons). On pourrait d'ailleurs faire quelques parallèles intéressants - certains sont évidents - entre le roman de Gracq et La Horde du contrevent...

    Sans présumer de ce que sera ta réception de La Horde, Juan, j'avoue que la perspective d'une lecture métaphysique à ta manière, qui entraînerait le livre sur un terrain qui n'est à priori pas le sien, m'intéresserait vivement.
    Sur Dantec, tout de même, tu ne feras oublier à personne tes articles, parfois très critiques mais non moins admiratifs, consacrés à Villa Vortex ou à Cosmos Incorporated...

    Je suis en train de lire enfin Alain Zannini de Nabe, après en avoir grapillé des bribes depuis deux ans sans oser me lancer. C'est, pour le moment, excellent (et, tiens, Nabe et Damasio, aux univers fort différents, partagent un goût certain pour les signes et les jeux de mots lacaniens).

  • Bruno, justement : la lecture hégélienne du Château m'emmerde, peut-être parce que, dès l'ouverture du roman, le bon Julien nous donne toutes les clés pour lire son livre de cette façon-là. N'oublie pas que le littéraire que je suis ne déteste rien tant que la philosophie appliquée à la littérature : cela donne en général les mauvaises oeuvres illustratives de Sartre. J'en ai eu ma dose du Laideron.
    Seulement, cette façon ne vaut pas un clou et Julien Gracq a repris , sans s'en cacher d'ailleurs,tous les bons vieux clichés du roman gothique (Walpole, Lewis, etc.) en se contentant de nous offrir un joli petit jeu littéraire qui plaît aux khâgneux (et surtout à leurs professeurs) mais qui ne nous mène, je le crains, pas bien loin.
    Et, quant à moi, je suis de plus en plus convaincu que les grandes oeuvres s'écrivent devant le bourreau, inutile de citer des noms que vous connaissez aussi bien que moi.
    Etonnamment, Gracq à mon sens s'en sort infiniment mieux dans ses ouvrages de critique que je ne cesse pour le coup de relire : je préfère de loin ce pan-là de son oeuvre pan qui, notons-le, contredit toute sa production romanesque.
    Tu verras Bruno : dans Dupré, il y a l'alliance exceptionnelle entre un styliste hors-pair (parfois, il en fait trop) et une inquiétude métaphysique à la De Roux ou plutôt à l'Abellio.
    Sarah Vajda, du coup, n'est qu'une pâle copie de ce maître, dommage que j'aie lu la copie avant l'original.
    Olivier : AZ est excellent en effet et je crois même qu'il s'agit du meilleur livre de Nabe, d'une drôlerie rabelaisienne irrésistible. J'ai écrit un texte dans mon dernier bouquin, tu le sais.
    Dantec maintenant : pour ne rien te cacher, j'en ai marre, pour des raisons tenant à la fois à ses ouvrages, sur lesquels j' ai de moins en moins de choses à dire, on l'aura vu (enfin, celles et ceux qui savent lire, ce qui fait peu de personnes in fine).
    Une fois pour toutes, il n'est pas sorti du texte que j'avais écrit sur VV, baptême catholique compris. Prétention ? Pas du tout. J'adorerai même qu'il en sorte, justement, de cette ligne tracée par mon texte. Or, je ne trouve plus rien dans ses livres, surtout le dernier tome de son Journal, hormis quelques jolies petites considérations qui feront bander, durant quelques minutes d'extase, les petits frontistes rêvant guerre civile et qui ne bougeront pas leur petit doigt de pied le jour où (si ce jour arrive...). Je le regrette mais ses fulgurances, toujours présentes dans ses textes, ne suffisent plus à contrebalancer le poids des facilités, approximations que TOI, Bruno, tu n'as pas assez relevées dans ta critique d'ABB (nous en avons déjà discuté il me semble : comme tu n'étais pas à l'aise, cela se lit immédiatement dans ton texte).
    Les autres raisons touchent à l'homme (d'une gentillesse infinie, nous le savons) ou plutôt à ceux qui l'entourent, à ceux qu'il laisse l'entourer et qui en savent, sur la littérature en général et en particulier celle de Maurice, autant que moi sur la plantation des pommes de terre d'altitude sur les plateaux andins : mais là mes amis, vous savez de quoi je parle n'est-ce pas ?

  • Gracq lui-même est assez conscient de cette différence entre la littérature qu'il aime lire et la littérature qu'il a lui-même écrite; il le dit dans le long entretien publié ce mois-ci dans le magazine littéraire, numéro assez intéressant (Olivier: Curval y dit que Somoza, au bout de 150 pages, ça s'essouffle... ah merde, je suis déçu!). En fait le rapport entre philo et littérature est toujours explosif: j'essaie en ce moment de communiquer l'idée, dans le milieu de la SF, que les romans à thèse on s'en fout, que cela met même en péril l'existence d'une vraie littérature de l'imaginaire.
    Mais, c'est mon côté khâgneux qui doit ressortir, je dois t'avouer que refaire cette lecture hegelienne d'Argol m'amuserait bien. Sans surestimer la valeur du livre, que Gracq lui-même n'apprécie plus guère, quelques dizaines d'années après l'avoir écrit.
    Je sais bien que tu n'aimes quasiment que les ouvrages avec une dimension métaphysique (au sens ancien de: réflexion sur la présence d'une divinité, d'une transcendance des hauteurs ou des bas-fonds, réflexion sur l'essence, sur l'invisible, etc.), une prégnance du Mal particulièrement affirmée, etc. (fût-ce pour montrer celui-ci sur le mode de l'absence). Chez Damasio, tu ne trouveras rien de tout cela; lui-même reconnaît ne pas réussir à comprendre le mal. Du coup, dans la Horde, tu as des scènes de violence, assez rares au fond, beaucoup d'action (certains combats, le déferlement des chrones au début, et surtout les épisodes de fin, à partir de l'escalade de Norska), mais rien sur le Mal. Ceci dit, joue le jeu le temps de quelques dizaines de pages, et dis-moi ce que tu en penses.
    ABB: ah là là, oui je m'en suis déjà expliqué, mais à la limite à quoi bon passer son temps à souligner qu'Albin Michel est vraiment un mauvais éditeur? (parce qu'au fond, peu importe le manuscrit de départ, c'est surtout Albin Michel qui aurait dû retravailler tout ça plus fermement avec Dantec... enfin c'est mon avis) Il demeure que la lecture de mon article permet de déduire clairement, si on le lit attentivement, certaines "faiblesses" du livre, notamment ce problème par rapport à l'Islam, qui n'entre définitivement plus dans le domaine de la pensée, mais bien dans celui du pathos (quand bien même on m'a déjà répondu que c'était un grotesque assumé, voulu, dans ABB, que l'époque ne méritait plus qu'une réponse littéraire par la caricature... Ce diagnostic-là est vicié dès le départ).

    Sur le public de Dantec, bien d'accord avec toi: s'il comporte sans doute bien des gens intelligents et cultivés, il intègre également une cohorte de petits frontistes énervés et islamophobes (cf le forum qui a fermé,depuis), et j'ajouterai aussi: un paquet de mecs qui se découvrent tardivement des âmes de chevalier vengeur au secours de l'Occident-gnan-gnan. Ces gens-là lisent Dantec comme un catéchisme ou un manuel de conduite, ce qui est parfaitement désastreux.
    Sur l'entourage de Dantec, no comment...

    Bon, c'est pas tout ça, au lieu de rejouer une n-ième fois à notre petit jeu préféré de dantécophilie/dantécophobie, allons lire un peu...

  • Peut-être la guerre ne vous intéresse t-elle pas, mais la guerre s'intéresse à vous. (Léon Trotsky)

  • Pas une ligne sur le Mal chez Damasio ?
    Cela existe donc, un BON écrivain n'évoquant pas cette dimension du monde...?
    Quelques pages oui mais franchement, là, tout d'un coup, tu viens de me couper nette ma fringale de lectures damasiennes.
    Je crois même que je vais m'aventurer sur d'autres sentiers qui bifurquent, vous laissant Damasio.
    De toute façon je n'ai pas le temps de me farcir actuellement plusieurs centaines de pages.
    Dantec ? plus compliqué que cela, dantécophobilie, si je puis dire mais attendons de pouvoir lire les oeuvres du Grand Maître de son site de fans, dont l'ouverture, sans cesse repoussée, est annoncée pour le mois de février... 2007 !
    Vu la fuite des cerveaux assez massive dont ils ont été les premiers ordonnateurs paranoïdes, il y a fort à parier que cela ne vaudra pas grand-chose, hormis les belles images qui, elles, sont changées tous les jours.

  • Samuel: la guerre s'intéresse à moi? la coquine...

    Juan, essaie quand même, disons qu'Alain ne le thématise pas comme tel, mais il y a bien sûr toujours de quoi méditer sur le Mal, quand bien même ce n'est pas le nerf du roman.
    "les belles images changées tous les jours": ahahah!

  • Bonjour, je comptais laisser le dernier mot à Mr. Transhumain, mais puisqu'on m'invite à revenir sur ma charge véhémente, je vais tâcher de m'expliquer un peu plus, sans tomber dans l'exégèse dont je n'ai malheureusement pas le temps.

    Tout d'abord, je n'ai pas vraiment essayé de soumettre Mr Damasio à la reductio ad hitlerum. Le dernier ouvrage de Taguieff, malgré son style exécrable, se charge de circonscrire l'utilisation du mot facisme à un usage très raisonnable, et je souscris à ces vues. Mais l'utilisation du concept de 'facisme de gauche' me ravit toujours un peu, comme une tarte à la crème renvoyée à l'expéditeur par le vent, et pour les réactions excessives qu'il provoque. Anerie? Godwinisme tordu? Ou désir de discerner dans les systèmes les sources et les veines courant sous l'ensemble. Je n'ai pas vraiment essayé de soumettre Mr Damasio à la reductio ad hitlerum, ni d'appliquer de grille de lecture systématiquement politique. Ce que je crois, par contre, c'est que la tentation totalitaire, le recours à la brutalité, sont présents en chacun de nous, à des degrés plus ou moins subtils, mais que ce qui fait le civilisé, c'est la capacité spirituelle à faire barrage à cette tentation, à faire taire la bête, en quelque sorte. C'est une vue du mal comme tentation, en premier lieu la tentation de privilégier le corps plutôt que l'esprit, la sensation brute, l'exaltation de saisir et de jouir plutôt que de comprendre. Et je n'ai pas pu m'empêcher de discerner cette grille d'écriture dans les livres de Damasio.

    J'ai lu la zone du dehors (livre ouvertement politique, vous en conviendrez quand même) en tant que récit de la révolution comme posture existentielle, sans but clairement défini autre que cette avidité à jouir, ce refus de toute attente, de toute conjecture, de toute envie de construire. Il y a ce dialogue admirable,très éclairant, où le personnage principal se voit proposer une part de pouvoir et la possibilité de 'changer les choses' en douceur, et le refus qui s'ensuit m'a semblé symptomatique. Je le redis, au début j'ai cru ce roman ironique, avant de m'apercevoir qu'aucune ironie n'était présente.

    La Horde, roman certes plus subtil, est tout entier sous-tendu des mêmes réflexes, du même jeu ambigu avec la tentation de la décivilisation. C'est un roman des couilles et de la barbaque, un voyage vers un but qui ne signifie rien et ne révèle rien (j'entends déja vos hurlements), mais qui donne l'occasion par contre, de régler ses comptes avec certaines idées: la filiation et l'héritage, par exemple, avec cette rencontre terrible avec ces parents pathétiques, brisés par l'échec et ne méritant aucun respect. La construction de la cité, méprisable avec ses bâtiments emportés par le vent et que des imbéciles apeurés reconstruisent inlassablement. La communauté idéale, proudhonienne et d'une barbarie rendue presque palpable rien que par ce nom: la Horde, rendue au désert, partageant les femmes. Le parcours et la construction de soi, enfin, résumée à cette seule idée, en avoir ou pas. C'est le corps qui joue, la meute formant paquet face au vent, et qui passe en force là ou c'est le plus mortel, le plus dur. On pourrait penser qu'il s'agit là d'une métaphore, et celà je pourrais le comprendre, mû que je suis par une certaine religiosité du temps et de l'espace, et qui pour celà préfère la marche à la voiture, le train à l'avion. Mais ici point de construction spirituelle, point de rapport au monde autre que le rapport de forces.

    Il reste bien sûr l'invention langagière, et les calembours sémiotiques dont le texte est effectivement farci, je comprends qu'un lecteur de Lacan se délecte de cette glossolalie ultrasignifiante; personellement je n'y trouve pas saussure à mon pied. Je respecte trop la grammaire, qui est l'architecture de la pensée, pouir m'amuser encore de ces jeux. Vivrions-nous d'autres temps que je serais sans doute plus clément et moins sur la défensive. Mais mes propres a-priori m'ont fait voir en lieu et place de ce bijou narratif et symbolique que vous admirez, un coup de pioche de plus dans la grande déconstruction de notre monde. A marche forcée. Pas totalitaire, mais laissant tout de même peu de place à la contradiction. Pas faciste, mais quand même un peu brutale. Ce point de vue est bien sûr très subjectif, et je comprends qu'on ne le partage pas. J'en ai même de plus en plus l'habitude ;)

  • Diable, ce jocrisse commence décidément à me plaire...
    Saussure à son pied : elle vaut le détour celle-ci...
    Je propose Althusser à rien, moins bonne, qui n'est pas mienne mais de Boutang...

  • Tant mieux si Jocrisse te plaît, Juan; mais pour le même prix, et comme il a eu la gentillesse d'écrire effectivement des choses vraiment sensées (quoique je pourrais répondre précisément à certains points), il pourrait nous dire qui il est. Je reste sidéré par la faculté des gens sur internet à déployer parfois des trésors d'intelligence sans vouloir les assumer sous leur vrai nom, ou vouloir prendre le temps de les mettre en forme dans un texte publiable. A chaque fois, on me balance la pique de base anti-narcissique, du genre "mais je ne crois pas que mon identité intéresserait qui que ce soit, ou qu'elle aurait un quelconque rôle dans mon argumentation", ou encore "je ne me crois pas assez intéressant pour lancer un blog et me croire par là quelque peu auteur".
    Bon, La Horde c'est pas de la déconstruction, Damasio ne s'inspire pas de Derrida. Et La Horde ce n'est pas seulement des jeux de langage, ça va un peu plus loin. il y a toujours la volonté non pas d'en rester au signifiant, mais bien de créer du sens, et de donner à voir et à sentir des réalités concrètes; de ce point de vue Damasio est assez sensualiste.
    Une fois encore, Jocrisse, montrer, mettre en scène n'est pas recommander ou glorifier - je parle ici de la Horde, la Zone ayant effectivement à mes yeux quelques défauts tenant à la trop forte politisation du roman. Mais, quels que soient les désaccords que des lecteurs de sensibilité conservatrice (parmi lesquels je peux me compter), nous sommes quand même bien loin des prétentions pantalonnesques de certains "manuels de survie"... récemment publiées (suivez mon regard). Pour tout vous avouer, le problème de l'ontologie que toute oeuvre recèle en elle, le problème de la portée politique de toute oeuvre, ce sont là des questions que j'ai commencé à aborder avec Damasio lui-même. Je crois que ses réponses, à l'évidence plus nuancées que l'impression de brutalité qui peut émaner de ses romans, pourront vous intéresser, si jamais je parviens à les publier dans quelque temps.
    Avouez, enfin, Jocrisse, que votre dernière intervention était plus profonde et mieux argumentée que le fait de nous annoncer, de plain-pied, sourire en coin, que Damasio c'est un "fasciste de gauche"... Ce n'était donc pas une mauvaise chose de discuter...
    Vous écrivez souvent "Mr": vous êtes (nord)américain?

  • Parfaitement d'accord avec toi Bruno : on assume ce que l'on écrit, par exemple en signant sous ses prénom et nom parce que, effectivement, le commentaire le plus intelligent du monde, s'il est signé de Naf Naf (au hasard) vaut moins qu'un pet de vache jovienne.

  • Bruno, ne me prêtez pas à l'avance une réaction à votre demande, même si je serais effectivement tenté d'y répondre par la négative, et avec les excuses que vous donnez. Le narcissisme est une grande tentation chez moi, et il est vrai que je me sens moins enclin à y céder derrière un pseudonyme. Il est un peu vain de considérer qu'un nom accordera de l'importance à vos conjectures, ou prouvera leur intelligence. On peut assumer avec force beaucoup de bêtises, après tout. Quant à mettre en forme, encore faut-il s'entendre sur la forme que nous voulons donner. Pour ma part, une aimable conversation de temps à autre me semble très bien. Celà est-il plus ou moins noble qu'une note officielle sur un site? Je n'en suis pas sûr.

    Toujours est-il que j'accorde beaucoup de prix au silence et à la raréfaction, à l'importance des choses uniques. C'est d'ailleurs en vertu de celà que j'éprouve de moins en moins d'intérêt pour l'internet, qui n'est qu'une cacophonie épouvantable, une multiplication incessante et contagieuse, narcissique justement parce qu'elle s'écoute sans s'entendre et se commente elle même sans fin, et dans l'immédiat. Nous sommes tombés dans la corbeille à papiers de Babel, et en plus il faudrait y rajouter sa voix, et signer par dessus le marché! Vous avez peut-être remarqué que je mets un point d'honneur à laisser passer au moins une journée avant chaque réponse, pour établir le temps de peser, de juger s'il est bon de répondre, et quoi. C'est ce qui a de l'importance pour moi. Après, que mon nom soit en bas du texte ou nom, je m'en contrefiche vraiment.

    Ceci dit, je lis souvent vos textes et cela crée une relative familiarité. Un certain intérêt, du respect, je ne sais pas. Et comme ça a l'air d'avoir une importance pour vous, je serais bien bête de vous le refuser, ou d'empêcher cette familiarité d'être momentanément réciproque. Aussi je signerai ce commentaire. Mais je serais curieux de connaître les raisons de cette demande, les arguments qui m'ont été présentés hier soir m'ayant semblé je ne dirais pas fallacieux, mais en tous cas un peu défiants, farceurs, et pas assez clairs pour que je les comprenne totalement. Comme vous êtes des personnes éclairées et assez profondes, et que j'ai cru remarquer comme une entente mutuelle à ce propos, je suis sûr qu'il y a une excellente raison, que j'aimerais assez connaître. Je ne comprends pas du tout le dernier commentaire du Stalker, par exemple. Un commentaire est un commentaire, et vouloir assumer tout ce que l'on dit doit parfois vous donner un air de matamore un peu pompeux (Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas là la raison des accrochages aussi fréquents dans certains blogs). Bref, je serais assez tenté de dire que je ne suis pas d'accord, mais je préfère suspendre mon jugement et attendre d'en savoir plus. Voilà une excellente occasion pour vous de m'aider à trouver du sens là où je n'en voyais pas jusqu'à présent.
    Patrick Fitou

    (et non, je ne suis pas américain, j'écris 'Mr.' de manière un peu inconsciente, sans doute quand je m'adresse à un adversaire à qui je ne veux pas dénier son statut d'homme. C'est très vieille france, en fait)

  • Jocrisse, la cacophonie du net, mais aussi de tous nos champs de communication, c'est précisément le sujet de "So phare away"...

  • Si j'arrive à trouver Galaxies, je la lirai. Quelque chose me dit que je me heurterai au même obstacle ontologique, pour reprendre l'expression systarienne, mais j'essaierai, et l'esprit ouvert en plus

  • Oh, Patrick, l'argument était simple, au fond: si on est amené à se lire, à se contredire, à réfléchir ensemble (et merci de votre attention portée à mes textes), autant avoir l'impression d'avoir vraiment quelqu'un de réel, d'incarné, de singulier, avec une identité. Ces derniers mois, par exemple, j'ai pu rencontrer pas mal de ces blogueurs, dont Juan Asensio par exemple (il viendra sans doute vous répondre sur ses ruades de matamore dans les commentaires des blogs...), et Olivier, hôte de ce blog. C'est quand même plus sympathique de connaître les noms de gens avec qui on dialogue durablement... Moi je suis beaucoup mieux disposé face à un Patrick que face à un "Jocrisse", par exemple. Systar, ce n'est pas mon pseudo, c'est le nom de l'objet blog que j'ai créé, dans le même ordre d'idées.
    Tout ceci pour vous dire que c'était très intéressant de parler avec vous de Damasio. Notre divergence tient, je crois, à l'endroit où nous plaçons l'accent, puisque je reconnais comme vous certaines fragilités dans la politique implicite aux romans de Damasio, mais je crois que l'on peut placer l'accent de notre attention plutôt sur la combinaison esthétique/sensation/narration, que sur la portée politique d'une oeuvre, qu'il nous revient toujours, à nous lecteurs, de ne pas surestimer.
    A l'occasion, envoyez-moi un petit mail, on pourra en rediscuter plus longuement encore, ou bien d'autres choses...
    Au plaisir!

    Bruno

  • J'ai parlé d' "obstacle ontologique"? Je deviens verbeux, moi... Il va falloir purifier un peu tout ce jargon, histoire de ne sortir l'artillerie terminologique de la philo que dans les grandes occasions, quand il y en aura vraiment besoin...

  • Patrick, Bruno a répondu sur l'usage du pseudonyme.
    J'ajouterai un point, qu'il n'a d'ailleurs pas rappelé, alors qu'il est un amateur éclairé de Rosenzweig : ma conception de la langue (je tente de ne pas faire trop pompeux) m'oblige tout de même, toutes les fois que cela est nécessaire, à signer de mes prénom et nom, parce que, dialoguant, je cherche une voix, un visage et que s'appeler Naf Naf ou Machinchose ce n'est pas franchement le gage d'un dialogue à venir n'est-ce pas ?
    Bien sûr, parfois, j'ai usé de guérilla virtuelle pour foutre le bordel sur tel ou tel site, forum, blog.
    Transition idéale.
    Pour ma part, je me contrefous de la polémique recherchée pour elle-même, en dépit peut-être, je le sais, de l'impression superficielle que peuvent donner certains de mes textes.
    En fait, j'essaie simplement de briser le "sommeil dogmatique" des uns et des autres, par des textes violents qui finalement respectent au plus haut point la capacité intellectuelle de ces lecteurs, que je semble maltraiter.
    Car je vise une forme de conversion, non à mes thèses (je ne suis pas un penseur et n'en ai donc point) mais à une certaine conception de l'art que d'autres que moi ont nommée logocratique disons, pour faire simple, verticale.
    D'où l'intérêt des blogs de MM. Bruno et Olivier, malgré des défauts patents chez l'un comme chez l'autre.
    Pour le dire par une boutade : je ne suis pas certain qu'Olivier ne soit pas hanté par une verticalité cryptique et je me doute bien que Bruno reste tracassé par une forme d'immanentisme.
    L'un et l'autre sont donc passionnants à lire parce que, pour qui SAIT (majuscules : je crie) lire, ils ne nous cachent rien de leurs tourments intellectuels.
    Attention, je n'ai pas dit que je me plaçais au-dessus d'eux, jamais je n'aurais cette prétention cela va de soi, ayant moi-même mes doutes et interrogations.
    Maintenant, je vais paraître prétentieux, quitte à emmerder les couillons châtrés : Transhumain, Systar, Autié, Montalte quand il ne donne pas systématiquement dans le "Moijemoijemoijemoije", Slothorp aussi restent à mes yeux les meilleurs blogs francophones, un point c'est tout.
    Vous ne trouvez pas étrange qu'ils n'apparaissent jamais dans les ridicules classements qu'adorent établir les petits papes de la blogosphère ?
    Dieu les en préserve.
    Patrick : sur Internet, vous avez raison diantrement mais vous vous trompez aussi. Lisez par exemple, dans la Zone, mon dialogue avec Autié sur ce sujet : Un peu de langue pour prier ou bien Toile infra-verbale.
    Seulement, comme pour tout le reste, Internet vit de ce que l'on en fait : apportez-y de la merde et cela restera de la merde, effectivement malodorante, collante, contagieuse même, soit 99% de la Toile.
    Le 1% restant, si je compte bien, est POURTANT infiniment bien meilleure que nombre de torchons journalistiques tenus par des professionnels.
    Bienvenue dans le vrai monde.

  • Juan, si j'y pense honnêtement, ta remarque est plus qu'une boutade. Quoique ce ne soit pas vraiment un "tracas" pour moi... Plutôt le moteur d'une recherche qui a tendance à partir un peu dans tous les sens, je le concède!
    Ton talent pour dénicher les psychologies derrière les textes m'intéressera toujours... (je me rappelle de l'exemple du livre de Dauzat sur Judas, où tu devinais la crise de foi, sans e, que l'auteur traversait... hypothèse que tu as vérifié ensuite).
    Pour Olivier, il faudra qu'il réagisse: c'est aussi ce que je pense parfois de lui, qu'une forme de religiosité le travaille, au moins dans son rapport aux textes et aux films (malgré les techniques d'analyse on ne peut plus immanentistes qu'il emploie: c'est quoi une belle phrase, c'est quoi un plan, un enchaînement de plans, etc.)!

  • Bruno, c'est comme cela : je lis et, si le texte est de qualité (condition tout de même sine qua non) et sincère quelque peu, je ne peux m'empêcher d'y voir la prière que l'auteur, pas vraiment à son insu, y a insérée.
    Cela a toujours été le cas même si, avec une pratique forcenée de la lecture, et surtout à force de relire les mêmes romans des mêmes auteurs, je vais désormais bien plus vite qu'avant.
    C'est ainsi Bloy, Bernanos, Barbey, Péguy et Hello qui m'ont fait, au bout de 150 pages, comprendre que Dantec, dans VV, n'évoquait rien d'autre que sa recherche d'une transcendance.
    Je me répète donc en déclarant que, depuis ce livre, Dantec ne fait que se répéter, avec plus ou moins de réussite.
    Disons, tu comprendras l'allusion, que je n'ai pas franchement envie de me précipiter sur son prochain roman, déjà vendu comme un fromage à la fragrance alléchante.
    Un point tout de même : tu te trompes, ou tu es allé vite, en utilisant le terme imporpre "psychologie".
    Non Bruno, non : c'est l'âme que je cherche à lire, la psychologie, c'est bon pour la presse féminine et les mauvais bouquins, d'ailleurs recommandés par ladite presse.
    Autant dire beaucoup, beaucoup trop de livres.

    PS : je viens tout d'un coup d'avoir une idée en relisant mon précédent commentaire.
    Face à la marée montante de merde internautique, pourquoi ne pas distribuer une sorte de label ultra-sélectif qui récompenserait les meilleurs blogs littéraires ?
    Il nous faudrait définir les critères, évidemment draconiens, le jury, etc. bien sûr mais l'idée me plaît.
    Je suis à peu près certain que pas mal de monde se battrait pour l'obtenir, vous ne croyez pas, Bruno, Olivier (tu es où à la fin ?) ?

  • Idée intéressante par ses résultats possibles et relativement aisée à mettre en pratique une fois les critères de sélection établis et le jury constitué pour ce groupe "vertical". Cela pourrait s'appeler Les lettres debout. Ou Les infréquentables invendables, ou les blogueurs-vrais lecteurs.

  • Ah, oui, si tu veux créer des labels... Moi, je suis assez laxiste, comme tu le sais, et j'adore mettre des âneries sur mon blog de temps en temps. Mais toi, tu pourrais organiser cette distribution de bons points...
    à partir de septembre, de toute façon, je ferai évoluer le blog, je n'aurai plus le temps d'écrire de longs textes: soit je fais des choses plus légères, soit je laisse stagner, soit je le confie à un homme de confiance... Et je me cogne Pascal, Aristote, Kant, plein d'épistémologie, et Le Capital en allemand s'il vous plaît, pour l'agrèg...

  • Hanté par une verticalité cryptique, moi ? Tu es dans le vrai, Juan... Et ce n'est pas incompatible, il me semble, avec mon agnosticisme. Mais de reliogiosité, il ne saurait être question, Bruno !
    Un label ? Je ne sais pas... J'imagine seulement le visage déformé par la haine des blogueurs recalés ! Ah, je me marre déjà ! En effet, beaucoup se battraient pour l'avoir et, ne l'ayant pas eu, passeraient ensuite leur temps à lui cracher dessus. Sûr que ce serait autrement plus jouissif que les actions subversives dont il avait été question lors des premières réunions des Singes de l'espace...

  • C'était quoi, les actions subversives des Babybel? faire chier les gens sur internet par des formes de méta-terrorisme intellectuel dans les déserts malsains du cybermonde? faire mumuse avec des adresses IP en se trouvant ouachement courageux?
    Pas de religiosité: on en reparle au prochain mardi de la SF et de la Grimbergen/montagnarde... pas mardi là, parce que je serai pris, mais un de ces jours...

  • Je ne sais pas trop, ça n'a jamais été concret. DK en Tyler Durden, ça ne le fait pas trop, quand même.

  • Pourquoi déshumaniser des gens que vous ne connaissez pas mais qui n'ont pas de mépris pour vous ?
    Nous grognons peut-être de manière simiesque mais vous éxécutez votre programme machinalement et jouissez virtuellemnt : grand bien vous fasse.
    Vous avez gagné ma pitié.

  • Meuh non, Samuel, ne le prenez pas comme ça. Pour votre gouverne, c'est une référence directe à Fight Club de Palahniuk. A Ring, c'est une référence obligée ! Et la première réunion des "Calebutes noirs", comme les appelle affectueusement Consanguin, comme certaines discussions entendues au Cointrescarpe, avaient un petit parfum de Singes de l'espace. J'y étais, je sais de quoi je parle !

  • Fight Club ? Il y a longtemps que je ne l'ai pas repris. Je n'étais d'ailleurs pas présent à cette réunion ce qui explique mon incompréhension de votre jeu de mots.

  • Dans Fight Club, Durden recrute une bande de cinglés pour mener des actions nihilistes, puis terroristes. Mais évidemment, ma comparaison n'allait pas jusque là ! Leur but, au départ, est de bousculer la société de consommation. Redonner leur virilité aux mâles émasculés d'occident. Mais comme Durden est taré, ça vire au délire...

  • Salut, je fais le tour des blogs de créateurs littéraires pour faire connaître un forum que j'ai créé dans le but de permettre tant les rencontres entre écrivains libres que la possibilité de faire connaître son boulot à d'autres auteurs.

    Il n'y a pas d'inscription obligatoire (même si c'est préférable pour créer des liens) et tu n'es tenu à aucune obligation.

    http://andyverol.asianfreeforum.com/index.htm

    Cette initiative est désintéressée, ce qui, convenons-en se fait rare ces derniers mois sur le net...

    A tout de suite.

  • Transu, je te cherche partout. Reviens nous voir, tu verras, la nouvelle déco va beaucoup te plaire, et y'a plein de petits nouveaux gauchistes aussi crétins que toi. A +, bisou.

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