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So tell the girls that I am back in town

 

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Ce mois de silence, sur Fin de Partie, n’a pas été chômé. Si une partie importante de mon énergie a été accaparée par ma vie professionnelle et, surtout, par l’attention dévorante exigée par mes deux adorables bambins, je l’ai également employée à d’autres activités littéraires, pour la revue Galaxies d’abord (entre autres, la préparation d’un conséquent article – rédaction en cours – sur l’œuvre exceptionnelle d’Alain Damasio, l’auteur de La Zone du Dehors et de La Horde du contrevent), pour la revue en ligne Ring ensuite (une critique pas ordinaire, un peu expérimentale – et sans doute, peu ou prou, illisible ! – du premier roman de Jeff Noon, Vurt, qui devrait être mise en ligne dans les jours qui viennent, à moins que les responsables du Ring ne me jugent bon pour l’asile, ce qui n’est pas impossible…), pour l’Arlésienne du monde de la science-fiction, sans cesse actualisé mais jamais publié, le Dictionnaire Encyclopédique des Littératures de l’Imaginaire dirigé par Jacques Goimard (aux éditions de L’Atalante), mais aussi pour Fin de Partie (une critique-fiction – mise en ligne mercredi –, encore plus expérimentale que celle de Vurt, d’Un peu d’abîme sur vos lèvres d’Éric Bénier-Bürckel, où j’adresse la réponse véhémente et passablement tordue d’un « critique-foreuse » à « l’écrivain-trou » narrateur du livre…), ou encore pour un projet plus personnel dont je ne veux rien dire.

Vous pourrez par ailleurs découvrir mercredi, dans les kiosques, un numéro spécial de La Presse Littéraire , exceptionnellement dirigé par Juan Asensio, consacré aux « écrivains infréquentables », où sont évoqués, entre autres, Dominique de Roux, Renaud Camus, Pierre Corneille (eh, oui !), Carl Schmitt, Philippe Muray, ou encore Robert Brasillach. J’y ai signé un article, intitulé « Maurice G. Dantec et les enfants mort-nés de Babylone », qui se concentre sur les premiers romans de l’auteur des Racines du Mal, et plus particulièrement, sur Babylon Babies, sa dernière œuvre véritablement ouverte au monde – celle où le Successeur de l’homme n’est pas encore condamné d’avance –, avant la dangereuse (mais logique) contraction qui s’opère dans ses opus ultérieurs, y compris dans le troisième tome du Théâtre des Opérations.

medium_Noire_de_rage.jpgÀ propos d’American Black Box, je vous encourage vivement à lire la critique de Bruno Gaultier, mon ami de Systar, sur Ring, dans le cadre d’un dossier sur « la littérature noire de rage » qui s’intéresse également à Muray, Céline, Bataille, Artaud, Bloy, Houellebecq ou encore Drieu La Rochelle – et qui rehausse enfin, après une poignée de bons textes de la rubrique littéraire, le niveau d’un webzine encombré, ces dernières semaines, de papiers pamphlétaires ou polémiques de piètre valeur, sans talent, et sans nuance. L’article de Bruno, donc, est excellent, mais je m’interroge : comment peut-il, dans un commentaire aussi remarquable de rigueur – et de style –, qui aurait mérité, si l’on s’en tient à la forme, de figurer au sommaire des « infréquentables » en lieu et place de mon propre article, comment peut-il oblitérer avec tant de soin les irrémissibles faiblesses et contradictions d’un livre où la beauté, comme le feu bloyen, n’affleurent guère, et par un habile tour de passe-passe, habiller le livre d’un fin vernis de subtilité ? Ludovic Maubreuil, du blog Cinématique, avait déjà résumé mon sentiment à propos d’American Black Box : « Ses journaux demeurent […] de formidables stimulants bibliographiques (et son dernier incite par exemple à lire autrement certains Pères de l'Eglise), mais s'affoler toutes les deux pages que l'ombre islamique s'étend sur le monde, que l'Armaggueddon est tout proche et que c'est la faute aux Inrocks, cela finit par lasser même le plus enragé des déclinistes. Ne peut-on donc qu'être marxiste pour tenter ne serait-ce qu'une lichette de dialectique, même aux pires instants de désarroi, lorsqu'on est écrivain ? ».

 

À venir, donc, sur Fin de Partie : d’abord, dès demain, une version augmentée de l’étude de A History of Violence de David Cronenberg, par Sébastien Wojewodka ; ensuite, la critique d’Un peu d’abîme sur vos lèvres d’Éric Bénier-Bürckel et, dans la foulée – sauf accident postal –, un retour sur les « écrivains infréquentables » de La Presse Littéraire (disponible sur  tous les points de vente dès le 21 février). Et plus tard, du cinéma, des entretiens, de la science-fiction, la revue La Nuit , et bien d’autres choses encore.

 

Lien permanent Imprimer 42 commentaires

Commentaires

  • Cher Transhumain,

    Je suis impatient de lire vos prochains articles.
    J'apprécie la prose de Bruno Gaultier mais la lecture de son article publié dans Ring consacré à American Black Box me consterne. Je ne parle pas du fond mais de la forme. Comment pouvez-vous le complimenter pour son style ? Il est d'une lourdeur kantienne ou hégélienne assez remarquable. Une langue si pesante ne peut engendrer une pensée légère et mobile. Seriez-vous fatigué ? Et le Systar ?
    Bien cordialement.

    Samuel Gourio

  • Eh bien, un tout petit article discrètement déposé sur le Ring de David Kersan, et je fais jaser...
    Lourdeur kantienne ou hegelienne? écoutez, par gentillesse je vais me contenter de sourire, et vous renvoyer à la petite colonne de droite sur mon blog, elle parle d'un allemand du début du vingtième dont la prose était, elle, d'une puissance et d'une fulgurance "hors de proportion", comme on aime dire à Ring...
    Un jour, Samuel, il faudra que vous m'expliquiez ce lien si "hâtif" (terme extrêmement péjoratif dans les colonnes de copies de philo, vous savez, c'était un peu l'équivalent de "faux", ou "peu rigoureux"...) que vous faites entre la fluidité de la langue et celle de la pensée.
    J'ai déjà expliqué à Olivier ce que j'avais, éventuellement, à lui expliquer, et pour le reste, oui Samuel: je suis fatigué. Et encore une fois, je n'ai pas envie de défendre mon bifteck ici-même. Cet article a nécessité quelques dizaines d'heures de travail, de pages de notes, de réflexion pour synthétiser la pensée de Dantec et en formuler deux ou trois aspects majeurs sans passer par les néologismes foisonnants que MGD emploie, pour tout vous dire, alors des remarques pour me demander de couper mes phrases quand elles dépassent les deux lignes et demie de longueur, ou déplorer que je sois pas un "styliste", je vous laisse deviner l'importance que je peux véritablement leur accorder...
    Bon, Samuel, trêve de plaisanterie: à quand un blog? ou des collaborations littéraires à des revues ou sites? Je n'aurais rien contre l'arrivée d'un nouveau larron sur Hautetfort, surtout si vous vous efforcez d'être à la hauteur de la gageure stylistique que vous appelez de vos voeux chez les autres...

  • Bloy, Léautaud, incontestables écrivains (de là à en faire des consciences universelles, c'est un peu trop, moi, ils me font souvent mourir de rire, ce qui est au fond une des plus belles qualités d'un écrivain).
    Barrès, Dantec plutôt qu'infréquentables me paraissent illisibles (ce n'est pas faute d'essayer), grandiloquents, ampoulés, emphatiques, lyrico-politiques,adjectivant à outrance, qu'on est loin de la simplicité revendiquée par Léautaud, ils sont à la littérature ce que le rococo est à l'architecture.
    Ils sont fréquentables seulement par les néo-nationaux-libéraux, je ne sais pas ce que pourraient trouver chez eux les amateurs de littérature.
    Cela dit pour vous donner mon avis et non pas pour vous faire enrager.

  • Effectivement Muscadin, si j'en juge par votre pouvoir remarquable de bi, voir quadrilocation, vous avez la drôle de capacité de ne faire que cela, partout où je vous retrouve : ne donner que votre avis, ce dont tout le monde, je vous assure, se contrefout.
    Je vais faire comme vous et nous serons bien avancés, pour que vous vous rendiez compte de l'ineptie de ce genre de "discussion" de Café du Commerce : moi au contraire, je trouve que Barrès est un écrivain incontestable.
    Euh... certes... mais... voyons, rien de plus monsieur, pour étayer vos dires ?
    Bin non, rien de plus : mon avis est souverain et, comme personne ne me l'a demandé, je le donne.

  • Mais Stalker, c'est Transhumain?

  • L'avis de Barrès vous paraîtra sans doute plus convenable:
    "Porto-Riche et Bergson: Tous ces écrivains juifs vont du sérail à la synagogue. Pas le salon.Pas la place publique."
    Pris au hasard, dans le tome que j'ai sous la main, tome XIV de Mes Cahiers, page 121.
    Ce n'est pas un extrait en dehors de son contexte, c'est présenté par Barrès comme un aphorisme.
    Il y en a hélas des tonnes comme ça.

  • Et alors ?
    Je puis aussi vous citer des tonnes de vos propres balourdises, par exemple chez Assouline, dont vous paraissez être une des plus fidèles tiques...
    J'adore tous ces impayables pucerons qui, alors qu'ils s'expriment eux-mêmes dans une langue approximative ne leur servant, du reste, qu'à émettre quelques vagues avis, se permettent de juger celles et ceux qui les dépasent de la hauteur d'un bon millier d'univers...

  • Mes balourdises de tique ont peu d'effets sur le monde et quand bien même elles en auraient...
    Les théories nationalistes et antisémites de Barres, depuis 1914 jusqu'en 1945 sont des balourdises (un détail de l'histoire sans doute pour vous) qui pèsent leur poids de sang et d'horreur.
    Libre à vous de ne pas les juger, quant à moi, je ne cesserai pas de le faire, ici ou ailleurs.

  • Eh bien voilà comment l'imbécile se révèle : en ne se rendant même pas compte de ce qu'il écrit. Si je vous suis bien, vous arrivez ici en nous disant, sans avancer la moindre preuve, que Barrès N'est PAS un écrivain (en tout cas de talent). Vous le faisant remarquer en vous disant, très intelligemment, que Barrès est au contraire un écrivain de talent, vous bifurquez immédiatement de la critique stylistique (que du reste vous avez été incapable de nous livrer) au procès d'intention.
    Bien sûr, vous direz de même d'un Céline, à moins que, selon la haute autorité littéraire que vous êtes, vous jugiez aussi qu'il n'est pas un grand écrivain ?
    Voici : vous êtes donc ce qu'il est convenu d'appeler un con, qui ne démontre rien et s'imagine que son pet de lilliputien va aggraver l'état de la couche d'ozone, alors qu'il ne fait qu'incommoder, oh bien légèrement, ses voisins virtuels.
    De ce qui précède résulte le fait que, outre être un con décérébré, vous êtes un de ces infects moralisateurs de la gauche donneuse de leçons, acculturée, acéphale et bien évidemment détentrice de toutes les vérités.
    Pauvre imbécile : vous ne savez rien de Barrès et, en fieffé crétin que vous êtes, vous faites apparemment découler de ses écrits la Shoah ?
    Mon pauvre garçon, s'il fallait couper les couilles de tous les antisémites de gauche (et je ne dis pas que Barrès en est un, d'antisémite), notre pays serait vidé depuis des éons de tous les imbéciles nouveaux-nés se réclamant de leurs emmerdeurs de père.

  • Remplacer la discussion par l'invective!
    Une arme que je croyais obsolète depuis l'Action française et les dictatures.
    Comme quoi même en littérature (dans la littérature de posture que vous affectionnez) on peut aussi faire de grands bonds en arrière.

  • Henri, vous avez atteint le point Godwin... La discussion est donc close. Je laisse ouverts les commentaires, mais je vous prie de n'intervenir que pour effectivement commenter ma note.

    Tout de même, pourquoi doit-on, tous les quinze du mois, justifier l'intérêt que l'on peut porter à des écrivains qui étaient par ailleurs fort peu fréquentables ? Si vous avez décidé de ne plus lire Céline, ni Lovecraft, ni Dantec, ni Barrès, ni Brasillach, ni Abellio, ni de Maîstre, ni Rebatet, ni Renaud Camus, ni Nabe, bref, tous les écrivains qui ont été antisémites, ou xénophobes, ou islamophobes, ou qui, simplement, passent à vos yeux pour des monstres, c'est votre affaire, cela ne regarde que vous...

    Juan, les donneurs de leçon ne sont pas qu'à gauche... Et, Henri, Juan a raison, l'antisémitisme de gauche est une réalité historique...

    Samuel Gourio : merci, mais vous vous trompez, l'article de Bruno est admirablement écrit, et tout à fait accessible. En fait, il est même supérieur au livre. Mais Bruno vous a déjà répondu. Proposez-nous vos propres textes, et nous en reparlerons...

  • Je les lis parfois, je ne veux simplement pas en faire des icones, ni des écrivains de droite, ni de gauche, ni de personne

  • Littérature de pose ?
    Imbécile : McCarthy, Bernanos, Mistre, Conrad, Faulkner, Broch, Canetti, Melville, Stevenson, Sebald, Kafka, Abellio, Lowry, Manley Hopkins, Baudelaire, De Quincey et une bonne centaine d'autres.
    Littérature de posture ?
    L'invective ? Elle date au moins, fieffé pantin, du premier texte en vieux françois.
    Olivier : bien sûr mais, comment dire... Les donneurs de leçon de gauche sont ceux qui me font le plus irrésistiblement rire.
    Qu'il retourne à ses vignes ce puceron : lorsque l'on dit de telles âneries sur la littérature, il y a fort à parier que l'on soit aussi fort piètre vigneron (le lien ? pas le courage de vous expliquer les liens entre la littérature, la bonne, et le vin, le bon)...
    Et la même sempiternelle rengaine concernant la sacro-sainte possibilité de critiquer la terre entière, sans se reconnaître le moindre maître : en n'acceptant d'aucune figure tutélaire des leçons qui paralyseraient leur immonde et comique prétention, ces nains doivent croire qu'ils ont inventé le fil à couper le beurre...

  • Pas Mistre (ou alors Mistral) mais Maistre of course...

  • Cher Transhumain,
    Sur le plan formel je ne peux souscrire à votre lecture du texte de Bruno Gaultier sur American Black Box.
    Dantec veut témoigner d'un naufrage historique : le nôtre. Il se veut aussi soldat du Verbe contre le Néant. Dans la guerre métaphysique éternelle il a choisi son camp. Dès lors les mots sont des munitions mentales plus ou moins efficaces selon l'habileté de l'écrivain. Difficile de le confondre avec Angot, Onfray ou Zeller. Il vend ses livres mais refuse de prostituer sa pensée. Fasciste ! hurlent en troupeau les catins médiatiques. Il voit dans le djihadisme l'ennemi majeur des hommes libres pour le prochain siècle. Il ose critiquer la politique arabophile de l'Etat français. C'est un raciste proaméricain payé par la CIA, apprenons-nous à la lecture salvatrice de Pierre Marcelle, grand défenseur des Droits du Terroriste et grand styliste de la Nouvelle Langue Française, si simple d'emploi qu'un animal de salle de rédaction ramolli du bulbe l'enregistre en une semaine.
    Les colères, les longueurs, les maladresses formelles n'effacent pas les aphorismes brillants et tranchants comme des coups de sabre, les éclairages saisissants sur les origines de l'islam, les coups de pieds au cul de la Tête de veau présidentielle. Pour certains ennemis les munitions de haute précision suffisent pour d'autres l'usage du napalm est nécessaire. Le penseur combattant les idoles doit user d'un marteau très résistant et porter des coups de plus en plus violents car plus l'idole est creuse et influente sur le troupeau plus sa carapace se durcit. Une lichette de dialectique pour finir ? Comme l'écrivait Maurice Dantec dans un volume précédent de son TDO quand la philosophie se sépare de l'amour il ne reste que les sophismes. Comme l'écrivait Bernanos, le plus grand des logiciens c'est le diable.

    Bien cordialement.

    Samuel Gourio

  • Vraiment, Samuel, vite, un blog! que penseriez-vous de http://ilovedantec.hautetfort.com , comme URL? Je pense que ça irait assez bien avec la teneur de vos propos. Ou bien http://our-secret-is-called-mg-dantec.blogspirit.com ... Foncez: je crois que ces URL sont encore libres.

  • Franchement, Samuel, vous me décevez - enfin, si tant est que j'avais quelque attente. Bruno sait lire lui, et sait lire Dantec. Si son article vous dépasse, car il vous dépasse, comme vous dépassent les écrits de Dantec, c'est avant tout parce qu'il ne s'est pas contenté de bégayer les prophéties de celui que vous suivez aveuglément, sans le comprendre, comme un gourou. "Dantec veut témoigner d'un naufrage historique : le nôtre", dites-vous. Certes ! Mais il s'agit précisément de ce qui, dans American Black Box, pose problème. Bien sûr, en dépit de ses excès, que je déplore, nous avons encore besoin de voix dissidentes telles que la sienne, ne serait-ce que pour réveiller un peu nos sens endormis. Mais si son arme est effectivement le Verbe, celui-ci doit alors être fort, supérieur, cesser de se prendre lui-même pour objet, mais écrire la chair, le corps, la vie, le lien. Tendre à l'immanence !
    Par ailleurs, d'autres que Dantec ont déjà dit avant lui, et mieux, comment notre société se saborde elle-même. Mais eux ne se contentent pas de ricaner, séparés de ce prétendu naufrage par un océan et des frontières, eux ne passent pas leurs pages à nous prédire la fin du monde. Eux cherchent à sauver ce qui peut encore l'être, et quel meilleur moyen, précisément, que le verbe ? Mais ça se travaille, la langue, c'est une ascèse, l'écriture, pas une grossière bombone de gaz ! Pas un fusil de sniper !
    Alain Damasio par exemple, écrivain d'une autre trempe, décrivait en 2001 dans La Zone du Dehors, que je viens de relire, la lutte d'un groupuscule anarchiste contre le cadavre de la scoial-démocratie. Voilà un verbe vif, vivant, vivifiant ! Voilà un verbe qui me transforme, qui m'élève, qui me réapprend ce qu'exister veut dire, qui me fouette les sangs, qui m'exhorte à ne pas me laisser happer par les pièges de la société du spectacle, ou celle de l'homo festivus, ou celle de l'UMHU ! Cosmos Inc. et Grande Jonction font le même constat, et pour ça ils sont extrêmement précieux - ce n'est pas pour rien, tout de même, que je consacre tant de pages à l'oeuvre de Dantec, ici-même ou, par exemple, dans La Presse Littéraire spéciale "écrivains infréquentables" qui paraît dès demain -, mais leurs conclusions, comme les choix formels de Dantec, sont erronés. Son contre-virus est séduisant, mais vicié, il n'est pas habité par le verbe, pas suffisamment, il ne fait aujourd'hui que l'habiter. Je ne cesse de le répéter depuis ma critique de Cosmos Incorporated, et si Dantec et David Kersan me portent encore une certaine estime, j'ai la faiblesse de penser que c'est parce qu'ils sentent, confusément, non pas que j'ai raison - ils ne sont évidemment pas d'accord avec mes présupposés -, mais qu'à contre-courant de la horde de suiveurs, de fans ou d'admirateurs, quelques garde-fous (et l'article de Bruno, paradoxalement, joue aussi ce rôle) leur sont, plus que jamais, indispensables.
    Dantec se voudrait donc, selon vous, "soldat du Verbe contre le Néant". Cela ne veut rien dire, ce n'est qu'un stupide slogan, ou, pour parler comme Dantec, de fausses paroles... De quel Verbe parlez-vous ? De quel Néant ? Du vôtre, celui de votre prose barbare ?
    Quoi Angot ? Quoi Zeller ? Mais mon pauvre, avant de parler d'habileté de l'écrivain, avant de parler de style, avant de parler d'un verbe salvateur, apprenez à lire. Croyez-vous que la littérature se limite à Dantec d'un côté, à Angot de l'autre ? Dantec n'est pas, et de loin, le meilleur écrivain français, il n'est pas celui dont la parole sauvera la littérature, ni la France. Grande Jonction, en un sens, n'est qu'un (passionnant) roman de fantasy, et American Black Box, ce pétard mouillé, n'a de mémorable que ce qu'en a extirpé Bruno (et qui n'est déjà pas si mal). Mais Dantec, contrairement à vous, a beaucoup lu, et lit encore plus que vous ne le ferez jamais. S'il s'est fourvoyé dans une voie sans issue, si sa littérature se contracte sur elle-même, il cherche encore, et son devenir naine-noire n'est pas encore certain, une supernova est peut-être encore possible. Voilà pourquoi je continue à le lire, avec attention, ses romans surtout : en devenant fiction, en passant au filtre de la métaphore, ses idées échappent à l'univocité idéologique, deviennent ambivalentes, se libèrent des chaînes avec lesquelles vous voudriez les enchaîner.
    En un sens, votre commentaire est un exemple frappant de ce qu'a peut-être voulu éviter Bruno dans son article, en laissant de côté la litanie anti-islamiste de Dantec. Dantec le polémiste n'a pas le dixième du talent d'un Léon Bloy. Ses faiblesses, ses maladresses, ses raccourcis, ne permettront jamais à sa prose de lutter contre les djihadistes, sinon chez les plus bas du front d'entre vous, ceux qui ne rêvent que d'en découdre, d'abattre les barbus de leur propres mains (c'est-à-dire, tout ce à quoi je refuse de réduire l'oeuvre de Dantec). Vous êtes un singe, Samuel, vous n'avez que ces mots à la bouche, "munitions", "armes", "haute précision", "tranchant"... Le napalm ? Ah, mais je ne connais que le napalm virtuel, moi, celui qui me permet, séance tenante, de vous bouter hors de mon blog. Quant à l'amour, que vous convoquez sans même en comprendre le sens, il est trop absent de son oeuvre, sinon, ces derniers temps en direction de Dieu.
    Dantec a trouvé le salut dans le Christ, mais il oublie, il me semble, quelque chose de fondamental. Une phrase de l'Innommable de Samuel Beckett, ne cesse de me hanter par sa puissance, par la vérité qu'elle contient : "Moi seul suis homme et tout le reste divin." Elle est là, la littérature salvatrice. Dans Kafka, dans Beckett, dans Borges. Dantec est important, mais pas pour les raisons que vous imaginez.

    Non, définitivement, Dantec n'a pas besoin de kamikazes comme vous. Et moi non plus.

  • S'il était besoin d'un peu plus que de deux URL aux titres évocateurs pour répondre encore, et après ta belle mise au point cher Olivier, je dirais que précisément tout ce que Samuel reprend d'ABB à son compte est bien ce qui ne m'a pas intéressé dans le livre, que l'intéressant est bien plus dans les schémas et dans les gestes de pensée propres à Dantec (ceux dont j'ai fait quelques titres de parties dans l'article) que dans les énervements contre l'époque.
    Le papier que j'ai écrit sur Ring est un papier qui m'a été demandé, cela je crois tout le monde l'avait compris, ce qui n'impliquait nullement que je me mette à devenir l'étendard de Dantec, qui n'en a nul besoin, ni que je me fasse son exact porte-voix. Car voilà ce que vous ne saviez pas, Samuel, mais on va le dire: à la suggestion de David Kersan, Dantec devrait, dans les temps à venir, cesser de parler de politique en public, que ce soit dans les médias ou par écrit. Pourquoi? parce que ras-le-bol des raccourcis idéologiques ou des identifications hâtives avec les franges les plus basses de la droââââte franchouillarde, assez de nos pourfendeurs d'époque contemporaine à la petite semaine, assez des "fans" justement au plus mauvais sens du terme ( "fanatiques", ou quelque chose comme cela). Dantec n'est pas une star, il serait malsain que ses lecteurs, c'est-à-dire des personnes libres qui réfléchissent un peu, se réduisent à des fans qui dupliqueraient ce que lui dirait.
    Quand je lis Dantec, il y a un point sur lequel je suis viscéralement d'accord avec lui, mais précisément ce n'est pas, ou plus, de politique qu'il s'agit réellement, et encore moins d'idéologie: c'est sur la foi. Je suis catholique comme lui. L'accord entre lui et moi est là. Mais il y a plus d'intérêt pour moi à discuter avec Olivier, qui est athée (tu corrigeras si je me trompe, Olivier...), qu'avec des cathos bien convaincus qui me réciteront du Dantec lorsque je voudrai en "parler". Citer n'est pas forcément le meilleur moyen d'avoir un avis pertinent (d'où la remarque d'Olivier sur toutes ces conneries de "soldat du Verbe", et compagnie).
    Maintenant, arbitrons. Le problème réel n'est pas tant ce que pense Dantec, et ce que je pense de sa pensée (jusqu'à preuve du contraire, cet homme qui pourrait être mon père a lu beaucoup plus et mieux que moi, vécu beaucoup plus d'épreuves dans sa vie que moi, et quand on sait le poids de souffrance qu'il supporte, croyez bien que c'est presque un miracle qu'il soit resté si gentil, si humain, si généreux), que celui de l'indépendance de la littérature par rapport à tout discours idéologique global. Je n'ai pas encore assez lu les déclarations de Damasio sur son propre travail, mais s'il s'avérait que dans ses romans prime une dimension politique, certes j'éluciderais celle-ci avec la même précision que celle accordée à Dantec, à ABB, mais je ne pourrais y souscrire...
    Dans La Horde du Contrevent, il y a un certain nombre de motifs politiquement identifiables, mais il y a par-dessus cela l'intelligence et la poésie d'un véritable grand bonhomme de la littérature; il y a le goût de la belle complication, de l'idée que tout raccourci est haïssable, que l'origine nous est interdite: bref, ça pense, ça emprunte des motifs deleuziens, derridiens, ça réfléchit. En fait, je me lasse très vite de voir la pensée des années 60 être intégralement discréditée par des gens qui ne la lisent pas, à peu près autant que la réduction de deux géants comme Kant et Hegel à des lourdeurs de style qui ne sont jamais qu'apparentes, et nécessaires en philosophie (ah oui, c'est moche, la philo ce n'est pas le "style", la "petite musique", c'est autre chose...). Ou des incultes pointer le désert culturel de l'époque lorsque leurs propres lectures se sont limitées à Extension du domaine de la lutte, Les racines du mal et le TDO 1.
    Le dialogue intéressant est entre Dantec et Damasio, il faudrait que celui-ci ait lieu, en fin de compte.

    Pour en finir avec ABB: les non-fans m'auront reproché, dans l'article, la complaisance, les fans m'auront reproché le manque d'assentiment. Où était, sur pareil livre, la justesse de ton? Sans doute, selon toute vraisemblance, dans les quelques lignes qu'Olivier a rapidement signées pour me taquiner un peu: reconnaître les moments de hauteur, et laisser de côté ce qui du livre, sans doute, vieillira assez mal. Dans le départ de la pensée et du pathos.
    Et effectivement, la présence d'Olivier à Ring (à ce propos, attachez vos ceintures, le prochain texte d'Olivier sur Ring est un petit bijou d'humour malicieux et d'enthousiasme débordant) est un garde-fou, tout comme son avis sur les ouvrages de Dantec. Pour ma part, j'ai joué le jeu du site Ring, favorable par principe à Dantec, en montrant la manière dont je lisais Dantec, partiale sans doute, bâtie sur des présupposés discutables, mais comme toute lecture, semble-t-il, est condamnée à l'être...

  • Ah, merci Bruno ! Mais mon texte sur Vurt, à paraître sur Ring, n'est pas bien sérieux... Un bijou ? Oh, non. Juste l'envie subite, et capricieuse, de subvertir un peu la revue en ligne. J'ai bien peur, surtout, que personne n'y comprenne rien. Mais qu'importe : si je réussis à intriguer quelques lecteurs, à les faire s'intéresser à la prose survoltée de Jeff Noon, je serai satisfait. Mon prochain article, je te le promets, sera moins "fun".
    Si je suis athée ? Quelle question ! Bien sûr. Ou agnostique, même si je crois encore à notre capacité à trouver des réponses scientifiques à certaines questions métaphysiques. Mais je ne crois pas en Dieu, ça non. Je crois en l'Univers et en ses mystères.
    Tu as bien synthétisé par ailleurs ce que j'essayais, un peu maladroitement, de faire comprendre à mister Gourio. C'est-à-dire que la littérature, comme les autres arts, est justement le lieu où le discours, idéologique ou philosophique, explose en de multiples directions. Rien à ajouter.
    Un dialogue Dantec/Damasio ? Oui, j'en rêve. Mais je crains qu'il ne soit plus possible aujourd'hui. Trop de divergences politiques et philosophiques. Tu imagines un débat entre W. Bush et José Bové (sans vouloir faire insulte à nos deux auteurs) ?... D'ailleurs, selon mes sources, des tentatives de dialogue ont déjà été amorcées, restées sans suite.
    Si La Zone du Dehors est en effet un roman "politique", on y observe déjà la tentative de Damasio de transcender son discours (Cerclon ressemble beaucoup, par certains aspects, à l'UMHU développé plus tard par Dantec) par un impressionnant travail stylistique et narratologique (déjà, il multipliait les points de vue, craignant plus que tout les partis-pris simplistes). Mais ce n'est que dans La Horde du contrevent qu'il parvient complètement à effacer le discours (sauf à Alticcio, chez les Tourangeaux) et à proposer au lecteur, par un travail de la langue plus abouti, une phénoménologie qui lui est propre. Et son prochain roman, s'il est réussi, écrasera tout sur son passage. Sauf qu'il passera encore inaperçu en dehors du milieu des littératures de l'imaginaire.
    Il sera vraiment intéressant, je crois, de confronter nos deux lectures de La Zone (roman qui effectivement te posera problème à certains égards, et qui, du reste, n'est pas sans m'en poser, mais attendons sa réédition prochaine), et de La Horde. De toute façon, Alain est tellement encensé de partout, que lui aussi a besoin qu'on le chahute un peu. Et je sais, pour en avoir parlé avec lui, qu'il en sera le premier ravi.
    Bien à toi.

  • Franchement Transhumain, vous décevoir ne m'émeut guère. Bruno sait lire Dantec mais il préfère Derrida. Je lui reproche d'ailleurs de mal écrire, non de mal lire. Je ne suis pas dépassé par le papier de Bruno mais lassé de tant de lourdeur formelle et de sa conclusion ménageant la chèvre et le chou en parfait dialecticien. Quant à mon état supposé d'adepte de la secte très dangereuse des black boxers, je préfère vous signifier tout de suite que je ne suis le disciple que du Christ.
    S'il n'y avait que les commentaires sur le néant politique et culturel de Zéropaland qui posent problème dans American Black Box ! Quand vous jugerez n'avoir plus besoin de la voix dissidente de Dantec tenterez-vous de l'étouffer au formol positiviste ? C'est pour réveiller les consciences qu'il écrit. Pour vos sens il y a Sade ou Bataille, la flagellation ou la douche écossaise. Son verbe ne tend que vers la Transcendance : concept abstrait qui vous dépasse.
    Je ne savais pas qu'il s'était contenté de ricaner à Sarajevo. Pourquoi vouloir sauver ce qui peut encore l'être si TOUT VA BIEN ?

    Have a nice day !

    Samuel Gourio

  • Mon petit Gourio, vos propos ne dépassent pas, permettez-moi de vous le dire, la discussion de comptoir. Vous n'êtes pas une soirée Blackboxers, ici. Je laisse Bruno répondre aux point qui le concernent - s'il le souhaite. Mais tout de même, parler de "lourdeur formelle" quand son texte est d'une précision, d'une pertinence qui n'ont pas échappé, bien sûr, à Dantec lui-même, est un peu fort, surtout de votre part. Vous, il vous faut du "Zéropaland", du "Shirak", des K et des Z partout, des insultes anti-Inrocks, des déclarations de guerre, des barbus dont l'ombre immense plane sur la pauvre France, des Croisés contre le reste du monde, tout ça vous excite sans doute. Bruno, lui, a su tirer le meilleur d'American Black Box. Mi-figue, mi-raisin, sa conclusion ? En quoi ? Argumentez, mon cher. Sans quoi votre opinion reste une opinion, autant dire : du vent.

    Et vous ne m'avez pas bien lu. Pas du tout, même. Sade ? Bataille ? Oui, de grands écrivains, eux. Mais quand je vous dis, citant Beckett, citant Kafka, que l'écrivain doit écrire le corps, la chair, je ne vous parle pas du tout de cette chair-là, mais bien de celle d'où la transcendance naît ! La chair de l'esprit, si vous voulez. La transcendance se mérite. Et n'existe pas sans l'immanence. Le verbe, c'est la langue, et ça se travaille. L'écrivain doit proposer sa propre phénoménologie, vous disais-je, sa propre vision du monde, pas avec des slogans, pas avec des raccourcis navrants, mais, en premier lieu, au travers du style, de son appropriation personnelle de la langue. Faire naître le réel, littéralement, avec son verbe. Comment se fait-il que je ressente, moi, athée que la transcendance, dites-vous, dépasse, comment se fait-il que je ressente un véritable vertige métaphysique en lisant Les Yeux d'Eéchiel sont ouverts, en lisant Monsieur Ouine, Le Désespéré, Le Procès, Molloy, Les Frères Karamazov, mais aussi Rendez-vous avec Rama, Le Maître du Haut-château, Dune, Le Seigneur des Anneaux ou Hypérion, et même en lisant Babylon Babies, et Villa Vortex, mais plus du tout dans Cosmos Inc. et Grande Jonction, plus du tout dans American Black Box ? Je ne rentrerai pas dans les détails, et j'évoque la question dans mon article paru aujourd'hui dans La Presse Littéraire, mais d'une part Dantec a cessé de s'ouvrir au monde, d'attirer à lui tous les événements, les découvertes, les théories, et d'en concevoir de nouvelles idées. Dantec était, de tous les écrivains français, celui en qui je plaçais le plus d'espoirs, celui qui m'emmenait toujours plus loin. Désormais, tout part de, tout mène à, Dieu. Et tous les concepts par lui utilisés, puisés chez Nietzsche ou Deleuze, sont pliés, tordus, pour entrer en résonance avec sa foi. Ca se manifeste, dans ses romans, par un étrécissement géographique, et par la substitution de la spéculation scientifique, concrète, par une spéculation théologique abstraite, qui exige notre croyance préalable en Dieu. D'autre part, stylistiquement, Dantec décroche. Grande Jonction a visiblement été écrit trop vite (lire ma critique). Je résume : le "sense of wonder" propre aux grands romans de SF, a disparu ; et le verbe ne brille guère.

    Comment pouvez-vous, sans rire, ériger le Verbe en valeur absolue, au point de faire de Dantec son "soldat", et, dans le même temps, écrire que les faiblesses formelles n'ont pas d'importance ? Soyez cohérent, ou taisez-vous.

  • style lourd, "lassant" (que répondre à cela? personne ne vous a obligé à me lire...), "habile dialecticien"... Eh bien, je crois qu'il n'y a pas grand chose à répondre face à ce qui ressemble aux linéaments d'un anti-intellectualisme tout à fait inintéressant. Bordel, le monde c'est noir ou blanc, à gauche ou à droite, fromage ou dessert, et entre les deux il faut trancher ou bien se taire. Non-non-non la réflexion n'est pas l'évaluation de plusieurs positions, elle est l'adoption d'une posture, le plus rapidement possible de préférence. c'est Derrida OU Dantec, et si on n'aime pas l'un, forcément c'est qu'on aime l'autre. Na.

    Allez donc lire ce que j'écrivais sur Derrida, sur Systar, vous verrez que je ne suis pas aussi gentil avec lui que vous le croyez. Et plus me plaît la plus maniérée, la plus capillo-tractée et la plus hermétique des pages de Derrida que les simplismes aberrants des "fans" absolus de Dantec.

    Mon cher Olivier, le problème reste que Maurice ne décroche pas complètement, que même dans GJ il y avait des choses réussies, de belles pages (et la chute de Rome, alors? elle est pas belle, la chute de Rome, dans GJ?). Même si je comprends que la perspective chrétienne puisse ne pas emporter ton assentiment.

    Alain à la fois vise juste et tape un peu à côté sur Maurice: je crois surtout, comme nous le disions hier, qu'Alain et Maurice représentent chacun deux options existentielles majeures, que les thuriféraires de l'un comme de l'autre ne manqueront pas de "manquer", justement: Maurice "vient" du lien et met en avant la singularité pure (donc, in fine, la solitude, dont ses romans parlent de plus en plus, jusqu'à ABB, qui est d'abord le livre d'un solitaire qui parle de son époque), tandis qu'Alain me semble mettre en avant le lien, mais en n'évitant pas de constater que la notion de groupe ne peut avoir de sens que si elle est nourrie par la constitution de singularités (en quoi on n'en finira jamais complètement avec la pensée d'un sujet-substance, ou avec cette idée d'une sphère d'indubitabilité enracinée dans la subjectivité, depuis Descartes...), comme en témoignent Pietro, Orochi, Caracole, Erg, Golgoth, et même Sov, dont le rôle de scribe est aussi un acte solitaire de manipulation du vent (des glyphes, etc, mystère de la manipulation des signes et des êtres qu'il redécouvre à la fin du roman).
    La solitude est l'état de fait terminal de la Horde, et Alain Damasio voulait en faire la partie étroite d'un sablier qui appellerait une suite où, depuis Sov, toute la Horde se réengendrerait. La vraie question qu'Alain Damasio doit peut-être se poser, après avoir dit que le lien l'emporte sur la solitude, c'est: est-il possible de réengendrer un lien authentique après une telle destruction? Une suite à la horde est-elle possible?

    Simples questions jetées au vent par un "habile dialecticien", "lassant"...

  • Mon grand Noël, savez-vous ce qu'est une image ? Connaissez-vous la différence entre la lettre et l'esprit ?
    L'esprit crée la chair et non l'inverse.
    Et si Dantec voulait servir le verbe et non s'en servir ?
    La littérature de Dantec est universelle puisque cathol
    ique. Tout grand art est métaphysique. Il a cessé de s'ouvrir au monde ? Si c'était le monde qui s'ouvrait à lui ?
    Le papier de Bruno, très réussi sur le fond, est équivoque car il est impossible de savoir ce qu'il pense vraiment d'American Black Box. Ce qu'il me faut c'est que vous évitiez de déformer mes propos en me collant une étiquette.
    J'apprécie les écrivains intelligents mais goûte peu les intellectuels de l'intellecture.
    Bruno vous devriez de temps à autre utiliser les participes présents ou passés et les tournures au passif cela vous éviterait de multiplier les relatives dans vos phrases. Votre prose ressemblerait moins à celle d'Angot.
    Et les règles typographiques de la ponctuation ? Et la précision des citations ?
    Pour l'essentiel je suis triste d'apprendre la mort littéraire de Dantec. Sinon pourquoi parler de son oeuvre au passé ? Vous avez tort, comme vous l'avez noté dans un éclair de lucidité, il est vivant et vous êtes mort.
    Argumenter ? Mais la déesse Raison étant de votre côté à quoi cela pourrait-il servir ? Vous regarder déformer mes remarques ? Le style est bon si il sert à exprimer autre chose que les angoisses du Bourgeois. Je préfère les auteurs s'exprimant maladroitement avec leur coeur, leur esprit et leur âme aux raseurs élégants s'exprimant avec leur cul.
    A propos d'un message plus ancien, si je suis un singe (comme Dantec puisqu'il ricane) vous êtes un robot.


    Samuel Gourio

  • Ecoutez, Samuel, si je vous colle une étiquette, la faute vous en incombe. Vous me sortez toute votre panoplie geek du Verbe martial, guerrier et de ses cohortes de soldats de la Croix surgis du ventre pourri de "Zéropaland" ! Comment voulez-vous, après ça, que je ne vous soupçonne pas d'être un suiveur fanatique de la Parole Divine de saint Maurice ? Du reste, en matière de détournements de propos, vous vous posez là, mais qu'importe. Dialogue de sourds ? Sans doute, puisque je vous dis littérature, vous me répondez Verbe divin. Pour moi les véritables chevaliers du verbe ont pour nom, Rimbaud, Lautréamont, Kafka, Proust, Beckett, Joyce, Hölderlin, Melville, Nabokov, Orwell, Bernanos, Faulkner ou Artaud. Volodine, DeLillo, Pynchon, Vollmann ou Damasio. Dantec aurait pu être l'un d'eux, mais son dernier roman, Grande Jonction, échoue dans son ambitieuse entreprise. Il échoue également, dans Grande Jonction, à rejoindre le sommet de la science-fiction, les Brunner, Dick, Disch, alors que, avec Les Racines du Mal et Babylon Babies, il était l'un des tout meilleurs, et promettait de les dépasser tous. Mais Samuel, le monde ne s'ouvre pas à Dantec, quelle drôle d'idée. Tandis ses livres ont commencé à se fermer au monde (et si un troisième tome n'était pas prévu, le finale de Grande Jonction pourrait même être interprété dans ce sens, celui d'un abandon des questions terrestres - du monde -, pour gagner une sphère intérieure). Dans ma critique de Grande Jonction, j'écrivais ceci : "L’enjeu du roman est limpide : comment figurer l’indicible, comment écrire la dévolution du langage – et donc de l’humanité – sans y succomber à son tour ? [...] Mais la beauté du verbe se fait trop rare, et sans vraie cohérence : ça ne fonctionne pas, ça tourne à vide. D’autant [...] qu’à ces listes d’espèces végétales (dont la poésie s’estompe rapidement) fait écho la précision mécanique avec laquelle l’auteur, comme à son habitude, inventorie les nombreuses armes et méthodes de combat employées." Autrement dit, Samuel, sauver le Verbe, donc sauver l'Homme, dans le roman, passait inévitablement par une victoire du verbe de Dantec lui-même, du vivant contre la machine - victoire jamais advenue. J'ai encore l'espoir que les prochains romans, et en particulier la suite de GJ, sauront retourner la situation, mais ma lecture d'ABB ne m'a pas du tout rassuré. Nous verrons.

    Admettez tout de même que vos propos sont fort caricaturaux. Comparer Bruno à Angot ? Quelle ânerie. La littérature de Dantec, "universelle puisque catholique" ?... Faux, bien sûr. Mais, puisque vous ne semblez pas disposé à étayer vos propos du moindre argument, ne comptez pas sur moi pour développer.
    Tout grand art est métaphysique, certes, et vous savez pertinemment que je suis d'accord, mais encore faut-il s'entendre, vous le catholique, moi l'athée, sur la définition que nous donnons à ce mot. eXistenZ est un grand film métaphysique, au même titre qu'Andrei Roublev, ou que Persona, chef d'oeuvre d'un autre cinéaste athée et, de votre point de vue, petit-bourgeois. Un couple parfait, film que vous considèrerez sans doute comme une oeuvre narcissique et bourgeoise, ou Scènes de la vie conjugale, ou Voyage en Italie, ou tout Ozu, sont infiniment plus "métaphysiques" que, par exemple, La Passion du Christ de Mel Gibson, belle merde qui tendrait plutôt à avilir son spectateur. Ah, La Passion ! voilà un film pour petits bourgeois velléitaires en manque de spiritualité et de sensations fortes. Heureusement, Dantec n'en est pas là.

    Cessez donc de réduire, binairement, la littérature à deux pôles diamétralement opposés, Angot d'un côté, Dantec de l'autre, ça n'a aucun sens. Les angoisses du bourgeois ? Vous n'êtes pas franc du collier. Vous savez très bien que, comme vous, je n'en ai rien à cirer. Je me permets de recopier ici un autre passage de ma critique de Grande Jonction : "j’aime la démarche courageuse de Maurice G. Dantec ; je préfère mille fois son échec (qui, tout de même, n’est jamais complet) aux réussites étriquées d’écrivains sans envergure, dont le nombril, sujet ou moteur de fiction, constitue l’indépassable horizon". Seulement, il arrive que ces angoisses, illuminées par un vrai style, et sous-tendues par d'authentiques questions philosophiques, soient tout aussi passionnantes, métaphysiques, qu'un Cosmos Incorporated. L'important, dans ma petite autocitation, est cet horizon à dépasser. A lire ses deux derniers livres, celui de Dantec s'amenuise. Dantec est encore haut, très haut, mais il perd de l'altitude.

  • ahaha, employer des participes pour éviter de mettre trop de relatives... Ai-je jamais vu pareil emmerdeur sur le net? Si, sans doute, mais c'était, comme par hasard, avec un des abrutis qui sévissaient (pardon: SEVISSANT) sur le défunt forum consacré à Dantec que, décidément, David a eu bien raison de faire fermer (pardon: A JUSTE TITRE FERME PAR LE SOLDAT DU SOLDAT DU VERBE).
    Sacrée Christine, elle ne méritait sans doute pas votre méchanceté, Samuel. Elle fait des phrases courtes, elle, au moins. cf un petit texte (pachydermique, de ma part, comme il se doit) par moi à elle consacré (pardon, là je remets la relative: que je lui avais consacré).
    Une question: Samuel, faites-vous ce reproche à tous les prosateurs du net, ou ai-je spécialement le droit à vos remarques d'une insondable prétention (puisque, encore une fois, vous ne nous avez toujours pas montré ce que vous-même valiez sur 15 000, 20 000, 30 000 signes...) dès que j'évoque Dantec? Ce serait alors bien petit, comme comportement, je crois. Et vous m'agacez profondément.
    "Universelle puisque catholique": vous n'avez pas honte d'écrire une telle connerie? Toute religion révélée se base aussi sur l'idée d'élection, donc sur l'idée que tout le monde ne peut y avoir accès en même temps. Même pour le catholicisme romain, cela prévaut, croyez-moi... Par ailleurs, est-ce à moi de vous rappeler à quel point l'universalité est une option philosophique héritée des LUMIERES, qu'on n'en trouve guère d'occurrences avant ce courant-là dans la philosophie (Montaigne, éventuellement, et encore...? mais surtout pas les Antiques, encore moins les pères de l'Eglise ni la philo médiévale), et que ce sont précisément ces lumières que Dantec, votre idole et unique maître à penser, conspue dans le TDO 3?
    Olivier, il est décidément temps que toi ou moi mettions en chantier une série d'articles ou un essai (allez, voyons dans les grandes largeurs) sur le fait que la littérature, y compris et surtout la science-fiction, ne peut pas se faire uniquement l'étendard d'un discours politique ni même métaphysique, qu'à n'être que l'expression métaphorique d'un tel discours elle meurt sur-le-champ...
    Un dernier point: la fameuse distinction entre intelligent et intellectuel: elle me révulse profondément, d'ailleurs Angot la fait (voyez, une fois encore, mon article sur Angot, dans une note de bas de page), elle fait directement signe vers des formes de poujadisme parfaitement infréquentables. cette distinction est l'arme la plus pauvre que je connaisse, mais aussi l'une des plus efficaces, contre la philosophie, contre la pensée exigeante et honnête. C'est l'arme sophiste par excellence.
    Olivier, enfin: n'annonce pas trop vite la perte d'altitude de Maurice; j'ai bon espoir que les prochains livres puissent donner lieu à de belles et puissantes narrations, à partir desquelles nous prendrons à nouveau plaisir à donner des interprétations et à réfléchir. Dantec n'a pas encore dit son dernier mot!

  • Mais enfin Transhumain, je n'ai jamais prétendu que Dantec s'égale aux génies que vous citez, ni même qu'il est un saint. Le gourou Maurice Dantec ? Dieu le préserve d'une telle avanie !
    La littérature, pour quoi faire ? Qu'est-ce que la métaphysique ? Questions fondamentales.
    Si les hautes ambitions d'un écrivain ne lui garantissent pas la réussite elles le garantissent contre la médiocrité.
    Catholique signifie précisément universel.
    L'oeuvre de Dantec n'étant pas achevée je vous encourage à une certaine mesure dans vos jugements. Une suite à Babylon Babies semble prévue.
    Caricaturaux mes propos ? Je suis un grand malade souffrant de SMAS : le Syndrome Modernophobe Aigu Sévère. Heureusement le docteur Gaultier a détecté le symptôme poujadiste en germe dans mon esprit enfièvré. Le traitement : isolement total et rééducation.
    Christine Angot n'a rien mérité de ma part. Ce n'est pas envers elle que je suis méchant mais envers Bruno. Elle prétend juste vendre des livres, il prétend penser.
    Je m'intéresse surtout à Dantec pour répondre à sa question.
    Les "Lumières" ont envoyé l'humanité dans le mur du totalitarisme. Les exterminations de masse commises au vingtième siècle au nom de l'Homme, de la Raison, du Prolétariat, de la Race furent rationnelles et universelles.
    Maintenant je connais votre sentiment à l'égard d'American Black Box. Bruno vous trouvez Dantec réactionnaire ?
    Lisez Maistre ou Pascal.
    Pourquoi ne me traitez-vous pas directement de fasciste ?
    Tellement de gens se sont proclamés intellectuels ou philosophes de leur propre autorité. Je me méfie.
    La littérature est métaphysique ou rien.

    Samuel Gourio

  • Oh, je ne "juge" pas, Samuel, et j'attends avec impatience la suite de Babylon Babies, le recueil de novellas, et, j'espère, la suite de Grande Jonction. Je n'ai pas enterré Dantec, pas du tout. Le bougre est capable de tout. Je porte seulement un regard critique sur son oeuvre, je cherche à en déterminer l'évolution, quand vous, vous vous placez en défenseur, en "soldat", pour employer votre vocabulaire martial. Encore une fois, je serais curieux de lire vos propres analyses. Si vous les écriviez...
    Mais cessons la discussion : vous ne répondez jamais aux questions que nous vous posons. Vous assénez en prédicateur vos vérités révélées aussi creuses qu'une balle de ping pong. Et vous osez parler de littérature, de métaphysique, de philosophie ? Relisez votre Platon...

  • Quel est donc l'enjeu réel de la littérature si elle n'est pas un écho du divin ? Tous ces immenses écrivains (sauf le dernier que je ne connais pas) que vous citiez dans votre précédent message ne noircissaient-ils du papier que pour la postérité ou pour gagner leur pain ? L'écriture n'est pas une fin en soi, fermée sur elle-même. Créer un monde littéraire c'est imiter Dieu. Utiliser le langage n'est jamais innocent.
    Vous parliez de la fermeture de l'écriture romanesque de Dantec au monde. S'il s'en était juste éloigné afin de mieux le penser ? A ce propos vous citiez Monsieur Ouine récemment, la planète est assez peu présente dans ce roman pourtant le sujet de ce livre est peu terre à terre. Il s'agit de la mort spirituelle des Français.
    Un prédicateur, moi ? Excellente blague ! Platon ? L'Idée du Bien, du Juste ne règne t-elle pas sur les mort-vivants de tous pays depuis 1789 ? Avec une force rationelle infernale. Argumenter très finement permet de prouver tout et son contraire si la logique devient une pure technique. Je me permets de vous citer Karl Kraus : "Ce qui vit de la matière meurt avant la matière, ce qui vit dans la langue vit avec la langue."

    Samuel Gourio

  • "Il faut que la critique attaque la forme, jamais le fond de vos idées, de vos phrases. Arrangez-vous."
    Lautréamont, Poésies I.

  • Bel incipit pour "Mein Kampf", votre phrase de Lautréamont, Transhumain.

  • Robin, j'ignore qui vous êtes, mais vous venez d'atteindre, dès votre première intervention, en dix mots très exactement, le fameux point Godwin, comme la plupart des parasites qui infestent la Toile. Bravo. Deuxièmement, autre point commun avec cette engeance, vous êtes bête à pleurer.

  • Merci, Transhumain, pour cette citation.

    Robin, vous faites pitié.


    Samuel Gourio

  • Villa Vortex "trop abstrait, trop déjanté", Cosmos Inc. "trop hermétique, trop métaphysique", Grande Jonction "trop fantaisy", la sirène rouge " trop uniforme, trop classique, pas assez abstrait", les racines du mal "trop polar, pas assez métaphysique", les Théâtres des Opérations "trop violents, trop complexes, trop caricaturaux, trop de références". C'est ça la France, ça braille dans tous les sens, ça se tient à distance, par les cheveux, par courtoisie, par malice, par orgueil, par honteuse vertu du ressentiment. Que le doué Transhumain ne partage pas une seule idée politique de Dantec est son droit le plus strict et qu'il considère que le TDO III ne lui paraisse qu'un pétard mouillé, cela le regarde et je le dis affectueusement car il sait, mis à part que je considère son talent tout à fait enveloppant, naturellement, qu'il n'a pas, et de loin, la plus lumineuse conscience politique du blog français. Les tensions, les agacements face à ce qui est perçu par lui comme des raccourcis, des "Shirak", des "croisés contre le reste du monde" m'apparaissent de plus en plus comme les zones solidifiées d'un univers politique magmatique dont personne ici n'a idée, celui de Maurice G. Dantec et l'apex du palimpseste relié par les pages de sa vie, de ses entrelacements coupables ou innocents avec le nihilisme, qu'ils soient aux trousses du communisme, de l'islamisme ou qu'ils chutent, au goutte à goutte du front affolé d'avoir compris que son pays était devenu une parfaite petite boîte à rengaine. Réduire les Théâtres des Opérations à ces clichés volontairement distillés par Dantec est comparable aux coups de ciseaux d'un Ardisson le lendemain d'une émission dont l'essentiel lui aura échappé. Qu'on puisse considérer Babylon Babies comme le dernier roman de Dantec "ouvert au monde" m'échappe Olivier, surtout d'un critique et d'un lecteur tel que toi. Ou alors il faut rapidement que je prévienne le plus grand éditeur américain de sa tragique méprise littéraire & commerciale. Quand Cosmos Inc. et Grande Jonction sont considérés en France comme des romans "hermetiques" ou "irréversiblement coupés d'un accès public", le plus grand éditeur américain (d'Ellroy, Dick, Gibson, etc) les sort d'Europe pour les diffuser à haut tirage sur le sol US, avant Babylon, avant les Racines, avant la Sirène Rouge, avant les romans censés être "grand public". Aimer démesurement Dantec tout en sachant le critiquer, est ce que font Juan, Bruno & Olivier depuis longtemps, et c'est pour cela, entre autres, que leur présence est précieuse.

    Cela étant, j'ai rencontré des êtres lumineux faisant bloc avec lui. Car les zones qu'eux aussi pourraient critiquer sont sans la moindre importance face à l'aventure trinitaire qu'il offre à ses lecteurs depuis 1999. Je sais qu'il y a des nostalgiques des Racines du mal, des lecteurs qui attendent depuis 1995 une suite, ou disons, un livre davantage public que ce qui a été publié par Dantec depuis. Mais depuis 1995, Maurice Dantec attend que quelqu'un fasse mieux. Il n'y avait finalement que lui pour dépasser ce livre qui avait lui même dépassé le genre Noir au sens strict.

    Je peux vous témoigner que depuis hier soir, ce souhait est réalisé. Personne n'a réussi ce tour de force depuis 1995. Personne n'a eu les mains aussi libres, personne n'a joué autant avec le Diable.

    N'ayez aucune inquiétude, l'inconsistance des critiques pourra tortiller du derrière jusqu'en septembre 2007.

    Mes très amicales salutations,

    David Kersan

  • Si j'osais me laisser aller à répandre sur ce site que je visite pour la première fois, une condescendance toute naturelle que je ne réserve que pour des amis qui m'auraient trahi, je dirai qu'il me semble surprenant qu'une maison d'édition américaine de renommée internationale ait choisi de "rapatrier" la dernière trilogie de Dantec!

    J'ai comme le sentiment que ceux-là meme qui s'agenouilleraient devant les lunettes noires de l'écrivain en le suppliant de bien daigner leur livrer la suite des Racines du Mal comme on donne à manger à des moutons idiots égarés sur le passage, n'ont pas tout à fait compris la transmutation parachevée de l'écrivain, qui, si je ne m'abuse (mais David pourra me corriger), s'est retrouvé, un beau jour, sans trop savoir pourquoi, dans la peau d'un écrivain américain. De langue française certes, mais américain avant tout.

    On ne devient pas américain comme cela, comme par enchantement. Je sais de quoi je parle. C'est un cheminement pénible, parfois douloureux qui peut vous faire passer par tous les états, surtout lorsque l'on a eu la chance de naitre dans un pays aussi génial que la France (celle d'antan, il est inutile de le préciser) et que certaines de vos obligations vous contraignent à de périlleux retours au pays, moments où l'Atlantique ressemble plus à un fil de fer qu'à un océan faits pour les géants de la navigation en solitaire, si vous voyez ce que je veux dire...

    Vous pourrez me rétorquer, et c'est votre droit le plus précieux, que Maurice Dantec est un écrivain français, puisqu'il écrit en français. Vous pourriez meme ajouter de manière légitime, que le Québec ressemble plus à la France (par certains aspects seulement) qu'à l'Amérique (entendez les Etats-Unis d'Amérique). Tout cela dans le souci de comprendre l'évolution, que dis-je, la mutation, dont a été "victime" l'écrivain, ayant toujours à l'esprit que Maurice Dantec enfanta les Racines du Mal à quelques milliers de kilomètres du lieu de naissance de ses derniers ouvrages plats, hermétiques, ésotériques ou je ne sais quoi. Mais vous etes-vous déjà interrogé sur la notion de frontière mon cher? Qu'est-ce qu'une frontière? Au sens géographique, politique bien entendu mais aussi sur un plan plus abstrait.

    Et meme s'il est vrai que Montréal, ce n'est pas tout à fait l'Amérique, ce n'est pas la France non plus. Ce n'est meme pas un territoire, une philosophie politique ou que sais-je encore, qui seraient équidistants de Paris et de Monteplier VT, USA, ou de Marseille et de Scranton PA, USA. Non. Il serait fatal de considérer le Québec comme une synthèse, un syncrétisme providentiel ou une symbiose luminescente entre d'une part un protestantisme agricole français des XVIe et XVIIe siècles et d'autre part un anglicanisme britannique désormais moribond. Du moins en 2007...

    Lorsque vous avez l'occasion de vous retrouver, un soir d'hiver, à moins 40 degrés, à la frontière entre les Etats comme ils disent, et le territoire de la Province du Québec (quelque part dans Grande Jonction donc), vous mesurez alors, sans le moindre effort, à quel point une simple délimitation politique à l'échelle de la planète, petits confettis rectilignes de quelques millionièmes de millimètres plaqués arbitrairement ou non sur une carte du monde, peut, en un instant, vous faire passer du futur bien présent (les USA) à un présent déjà passé, comme le café noir que j'entends couler là d'où je suis (le Québec).

    La frontière est une machine à voyager dans le temps, un lieu discret mais envoutant et complètement banal par certains cotés, où la physique quantique surgit sans mots-dire pour semer la zizanie dans les cortex sirupeux des simples d'esprits, c'est à dire, en définitive, dans les zones neuronales de petits sous-hommes frankistanais qui n'auraient pas encore pris conscience de la véritable évolution de l'oeuvre de Maurice Dantec, qui, je le devine aisément, vendra en moins de temps qu'il ne vous faudra pour appréhender à sa juste valeur le TdO III, bien plus de livres autour de cette frontière à laquelle je faisais référence que dans tous les coins et recoins de l'hexagone agonisant périclitant.

    Un saut quantique de l'homme peut-etre? Vous me permettrez de ne guère en douter.

    Cordialement,

    Arnaud Robert Louis from NYC

  • D'amasio correspond mieux stylistiquement et politiquement au Transhumain, et peut-être même à toi, Bruno. Mais en vous relisant, ce qu'il y a d'étrange, c'est votre amnésie. Maurice a implanté le JUNK-DNA (le 1er), la matière noire (le 1er), les espaces de Riemann (le 1er), l'univers hypersphérique (avec connection théologique), la vitesses ultraluminiques (appuyées scientifiquement), en trois romans, il les a entrecroisé avec la Kabbale et la plus haute patristique spéculative et : "il s'est fermé au monde, et à ses nouvelles théories" ?? Selon moi, il y a plus de travail "speculatif-fictionnel" dans une page de ses 3 derniers romans que dans tout Babylon Babies.

    On dit aussi qu'il "ricane sur le sort de la France, à 6000 km de distance".
    Bien sûr qu'il ricane. C'est déjà lui faire un grand honneur, mais maintenant, et vous le savez tous, il va se taire.

    Le transhumain, et toujours avec autant d'estime et d'affection, pourra ainsi voir de plus près, par lui-même, ses "délires sur l'armageddon et l'islam".

    David Kersan

  • "Olivier, enfin: n'annonce pas trop vite la perte d'altitude de Maurice;"

    ahahahahahahahahah |

    En effet, Olivier, consulte ton altimètre et fais nous encore rire avec ton Nietzschéïsme pour hippie attardé (transhumanisme = Friedrich + ABBA), vous avez tellement raison de contester les "mauvais choix politiques" de Dantec... d'Amasio, ce génie des alpages, lui, a le "sens du Verbe" - ahahahahah - et en plus ces héros sont de gentils nanarchistes, chouette, on reste en famille.
    Transe Humaine, si pour toi Grande Jonction est un ouvrage "de fantasy" soit un clone de trucmuche à elfes, sorciers et magiciens, je te conseille de reprendre la lecture de OUi-OUI au début.
    - Fantasy !
    Comment croyez-vous, ô critiques de la post-humanité des postiers, que les livres "hermétiques" de Dantec ont franchi l'Atlantique (n'est ce pas David) ?
    Tout simplement par des comités de lecture d'américains francophiles - et francophones - qui n'ont toujours pas compris les critiques d'Aude Lancelin et de vos blogs branchés, ces gros cons de Yankees.

    Pauvres, pauvres bloggers franchouillards, tellement fermés aux choses de l'Esprit-Saint que vous ne savez même pas que la DÉFINITION - en grec, désolé - du mot CATHOLIQUE est en effet : UNIVERSEL !
    Votre altimètre à auteur a besoin d'une bonne réparation.
    En ce qui me concerne je ne vois que le crash.

    vous faîtes pitié, comme tous les Français, et comme tous les "critiques".

    Hey Transhumain, si tu veux comprendre ne serait-ce qu'une ligne du philosophe que tu ne pourras jamais atteindre, ouvre un livre de Laruelle, ça t'éviteras de faire du Michel Onfray sans le savoir.

    D'Amasio !!!
    J'en ris encore, pourquoi pas JP Andrevon !!!

  • Merci pour votre post Georges même en plagiant le style de Dantec, le fond est on ne peut plus véridique.

  • Je ne cherches pas à plagier qui que ce soit, j'exprime mon point de vue, sarcastique, certes, sur ce monde de l'underground culturel qui parle du "Verbe" sans en connaître la signification, qui considère qu'un auteur qui a introduit les dernières théories physiques, mathématiques et génétiques au coeur de sa littérature en leur faisant franchir l'abîme creusé par le modernisme entre Foi et Raison, est plus important que leurs jugements risibles sur de petits écrivains de SF à la française, c'est-à-dire gauchiste.

    sur ce bonsoir - et adieu

  • Cher David, et le pitoyable gsm, là : apprenez, avant toute chose, à écrire correctement Alain DAMASIO, dont vous n'avez évidemment rien lu... Vous sauriez, alors, ce dont un écrivain est aujourd'hui capable.

    David, que je sache, les "connexions" entre le Junk-DNA et la théologie, la venue de l'Antéchrist, etc., n'ont plus rien à voir avec la science, avec la spéculation... Il s'agit, désormais, de foi... Villa Vortex a constitué un tournant important, dont j'ai déjà rendu compte, et d'autres mieux que moi (cf le Stalker), mais Grande Jonction et Cosmos Inc. rompent radicalement avec la dynamique à l'oeuvre dans Babylon Babies. Mais je me suis expliqué dans La Presse Littéraire. Je te renvoie donc à mon texte. Comment peux-tu te ranger à l'avis d'un étron comme gsm ?... Comment peut-on s'ériger en rempart contre le nihilisme et la bêtise, fonder le Ring, et encourager cette engeance ?...

    Gsm : je méprise les idiots dans ton genre, qui réduisent des oeuvres littéraires à des productions de gauchistes ou de croisés du Verbe, ou autres âneries. S'il suffisait d'écrire des "ahahahahahahahahahahahaha", et de brandir ton Vêêêêrbe ridicule, s'il suffisait d'afficher ton catholicisme comme s'il s'agissait d'une qualité, pour convaincre tes lecteurs de ton incommensurable intelligence, ça se saurait ! Et, pour ta gouverne Andrevon a écrit de très bons romans. Tu n'as pas intérêt à revenir ici, morpion.

  • Bonsoir.

    Et bien bravo ! J’ai pris autant de plaisir à lire le billet qu’à lire les commentaires. Il est rassurant de voir que de telles discussions peuvent exister sur la toile. C’est rafraîchissant.
    Vous pourriez même reprendre ces commentaires pour en faire un seul billet plus tard.

    Dantec, je ne connais pas encore l’auteur totalement, n’ayant pas lu l’ensemble de sa production. Mais du peu que je connais de l’homme qu’il ou qu’on, c’est selon, nous laisse voir à travers ses interventions télévisées ou ses propos sur tel ou tel site, je le trouve lassant. Au vue de ses litanies - et même si cela part d’un bon sentiment, cela je ne peux en juger – au vue de ses litanies donc, presque grotesque j’ai envie de dire, mêlant clichés et souvent amalgames, je comprends pourquoi il attire autant de « fan-atiques ». Sans compter qu’il rajoute à ses invectives une dimension prophétique, millénariste, irréversible, alors même que l’on sent que c’est un homme tourmenté, en proie à un doute profond.
    Encore une fois, je ne m’exprime seulement qu’à partir du peu de ce que je sais de l’homme (désolé Gourio je crois, pour les relatives). C’est sans doute maigre et je m’en excuse. Quant à Dantec, en tant qu’auteur, je ne peux rien dire à ce sujet, sauf si ce n’est que les reproches que je fait à l’homme rejoignent apparemment les reproches qui sont fait à l’auteur de TDO 3. Mais je me trompe peut-être.

    Enfin, je ne comprends vraiment pas pourquoi certains s’arrêtent seulement sur les idéologies politiques ou religieuses de tel ou tel auteur de fiction. Il me semble quand même que la littérature, celle dont la moelle est sans égale, n’a pas de frontière, au sens propre comme au figuré. Je revendique le droit d’apprécier à la fois les ouvrages de Céline et Aragon, Isaac Bashevis Singer et Naguib Mahfouz.
    Les écrivains infréquentables, ce sont bien ceux qui sont tout simplement mauvais, non ?

  • Je veux dire les écrivains VRAIMENT infréquentables, bien sûr.

  • Juste une précison et j'arrête pour ce soir. Même s'il ne le nommait pas ainsi, l'univers hypersphérique était déjà utilisé par Philip José Farmer dans "Le masque vide", avec même une connexion théologique qui lui permettait de retourner les religions dites du Livre.
    Mais il ne s'agit là que de pécadilles.
    Bonne nuit.

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