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17/02/2007
So tell the girls that I am back in town

Ce mois de silence, sur Fin de Partie, n’a pas été chômé. Si une partie importante de mon énergie a été accaparée par ma vie professionnelle et, surtout, par l’attention dévorante exigée par mes deux adorables bambins, je l’ai également employée à d’autres activités littéraires, pour la revue Galaxies d’abord (entre autres, la préparation d’un conséquent article – rédaction en cours – sur l’œuvre exceptionnelle d’Alain Damasio, l’auteur de La Zone du Dehors et de La Horde du contrevent), pour la revue en ligne Ring ensuite (une critique pas ordinaire, un peu expérimentale – et sans doute, peu ou prou, illisible ! – du premier roman de Jeff Noon, Vurt, qui devrait être mise en ligne dans les jours qui viennent, à moins que les responsables du Ring ne me jugent bon pour l’asile, ce qui n’est pas impossible…), pour l’Arlésienne du monde de la science-fiction, sans cesse actualisé mais jamais publié, le Dictionnaire Encyclopédique des Littératures de l’Imaginaire dirigé par Jacques Goimard (aux éditions de L’Atalante), mais aussi pour Fin de Partie (une critique-fiction – mise en ligne mercredi –, encore plus expérimentale que celle de Vurt, d’Un peu d’abîme sur vos lèvres d’Éric Bénier-Bürckel, où j’adresse la réponse véhémente et passablement tordue d’un « critique-foreuse » à « l’écrivain-trou » narrateur du livre…), ou encore pour un projet plus personnel dont je ne dévoilerai ici que le titre : Channel Chain Schizoid, et un très, très court extrait : « Je suis l’alpha et l’oméga. Et j’arracherai vos têtes de mes propres mains, comme j’ai arraché la mienne. ».
Vous pourrez par ailleurs découvrir mercredi, dans les kiosques, un numéro spécial de La Presse Littéraire , exceptionnellement dirigé par Juan Asensio, consacré aux « écrivains infréquentables », où sont évoqués, entre autres, Dominique de Roux, Renaud Camus, Pierre Corneille (eh, oui !), Carl Schmitt, Philippe Muray, ou encore Robert Brasillach. J’y ai signé un article, intitulé « Maurice G. Dantec et les enfants mort-nés de Babylone », qui se concentre sur les premiers romans de l’auteur des Racines du Mal, et plus particulièrement, sur Babylon Babies, sa dernière œuvre véritablement ouverte au monde – celle où le Successeur de l’homme n’est pas encore condamné d’avance –, avant la dangereuse (mais logique) contraction qui s’opère dans ses opus ultérieurs, y compris dans le troisième tome du Théâtre des Opérations.
À propos d’American Black Box, je vous encourage vivement à lire la critique de Bruno Gaultier, mon ami de Systar, sur Ring, dans le cadre d’un dossier sur « la littérature noire de rage » qui s’intéresse également à Muray, Céline, Bataille, Artaud, Bloy, Houellebecq ou encore Drieu La Rochelle – et qui rehausse enfin, après une poignée de bons textes de la rubrique littéraire, le niveau d’un webzine encombré, ces dernières semaines, de papiers pamphlétaires ou polémiques de piètre valeur, sans talent, et sans nuance. L’article de Bruno, donc, est excellent, mais je m’interroge : comment peut-il, dans un commentaire aussi remarquable de rigueur – et de style –, qui aurait mérité, si l’on s’en tient à la forme, de figurer au sommaire des « infréquentables » en lieu et place de mon propre article, comment peut-il oblitérer avec tant de soin les irrémissibles faiblesses et contradictions d’un livre où la beauté, comme le feu bloyen, n’affleurent guère, et par un habile tour de passe-passe, habiller le livre d’un fin vernis de subtilité ? Ludovic Maubreuil, du blog Cinématique, avait déjà résumé mon sentiment à propos d’American Black Box : « Ses journaux demeurent […] de formidables stimulants bibliographiques (et son dernier incite par exemple à lire autrement certains Pères de l'Eglise), mais s'affoler toutes les deux pages que l'ombre islamique s'étend sur le monde, que l'Armaggueddon est tout proche et que c'est la faute aux Inrocks, cela finit par lasser même le plus enragé des déclinistes. Ne peut-on donc qu'être marxiste pour tenter ne serait-ce qu'une lichette de dialectique, même aux pires instants de désarroi, lorsqu'on est écrivain ? ».
À venir, donc, sur Fin de Partie : d’abord, dès demain, une version augmentée de l’étude de A History of Violence de David Cronenberg, par Sébastien Wojewodka ; ensuite, la critique d’Un peu d’abîme sur vos lèvres d’Éric Bénier-Bürckel et, dans la foulée – sauf accident postal –, un retour sur les « écrivains infréquentables » de La Presse Littéraire (disponible sur tous les points de vente dès le 21 février). Et plus tard, du cinéma, des entretiens, de la science-fiction, la revue La Nuit , et bien d’autres choses encore.
14:35 Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note | Tags : critique, littérature, infréquentables, galaxies, ring, dantec, noon




Commentaires
Cher Transhumain,
Je suis impatient de lire vos prochains articles.
J'apprécie la prose de Bruno Gaultier mais la lecture de son article publié dans Ring consacré à American Black Box me consterne. Je ne parle pas du fond mais de la forme. Comment pouvez-vous le complimenter pour son style ? Il est d'une lourdeur kantienne ou hégélienne assez remarquable. Une langue si pesante ne peut engendrer une pensée légère et mobile. Seriez-vous fatigué ? Et le Systar ?
Bien cordialement.
Samuel Gourio
Ecrit par : Samuel Gourio | 17/02/2007
Eh bien, un tout petit article discrètement déposé sur le Ring de David Kersan, et je fais jaser...
Lourdeur kantienne ou hegelienne? écoutez, par gentillesse je vais me contenter de sourire, et vous renvoyer à la petite colonne de droite sur mon blog, elle parle d'un allemand du début du vingtième dont la prose était, elle, d'une puissance et d'une fulgurance "hors de proportion", comme on aime dire à Ring...
Un jour, Samuel, il faudra que vous m'expliquiez ce lien si "hâtif" (terme extrêmement péjoratif dans les colonnes de copies de philo, vous savez, c'était un peu l'équivalent de "faux", ou "peu rigoureux"...) que vous faites entre la fluidité de la langue et celle de la pensée.
J'ai déjà expliqué à Olivier ce que j'avais, éventuellement, à lui expliquer, et pour le reste, oui Samuel: je suis fatigué. Et encore une fois, je n'ai pas envie de défendre mon bifteck ici-même. Cet article a nécessité quelques dizaines d'heures de travail, de pages de notes, de réflexion pour synthétiser la pensée de Dantec et en formuler deux ou trois aspects majeurs sans passer par les néologismes foisonnants que MGD emploie, pour tout vous dire, alors des remarques pour me demander de couper mes phrases quand elles dépassent les deux lignes et demie de longueur, ou déplorer que je sois pas un "styliste", je vous laisse deviner l'importance que je peux véritablement leur accorder...
Bon, Samuel, trêve de plaisanterie: à quand un blog? ou des collaborations littéraires à des revues ou sites? Je n'aurais rien contre l'arrivée d'un nouveau larron sur Hautetfort, surtout si vous vous efforcez d'être à la hauteur de la gageure stylistique que vous appelez de vos voeux chez les autres...
Ecrit par : Bruno | 18/02/2007
Bloy, Léautaud, incontestables écrivains (de là à en faire des consciences universelles, c'est un peu trop, moi, ils me font souvent mourir de rire, ce qui est au fond une des plus belles qualités d'un écrivain).
Barrès, Dantec plutôt qu'infréquentables me paraissent illisibles (ce n'est pas faute d'essayer), grandiloquents, ampoulés, emphatiques, lyrico-politiques,adjectivant à outrance, qu'on est loin de la simplicité revendiquée par Léautaud, ils sont à la littérature ce que le rococo est à l'architecture.
Ils sont fréquentables seulement par les néo-nationaux-libéraux, je ne sais pas ce que pourraient trouver chez eux les amateurs de littérature.
Cela dit pour vous donner mon avis et non pas pour vous faire enrager.
Ecrit par : Henri | 18/02/2007
Effectivement Muscadin, si j'en juge par votre pouvoir remarquable de bi, voir quadrilocation, vous avez la drôle de capacité de ne faire que cela, partout où je vous retrouve : ne donner que votre avis, ce dont tout le monde, je vous assure, se contrefout.
Je vais faire comme vous et nous serons bien avancés, pour que vous vous rendiez compte de l'ineptie de ce genre de "discussion" de Café du Commerce : moi au contraire, je trouve que Barrès est un écrivain incontestable.
Euh... certes... mais... voyons, rien de plus monsieur, pour étayer vos dires ?
Bin non, rien de plus : mon avis est souverain et, comme personne ne me l'a demandé, je le donne.
Ecrit par : Stalker | 18/02/2007
Mais Stalker, c'est Transhumain?
Ecrit par : Henri | 19/02/2007
L'avis de Barrès vous paraîtra sans doute plus convenable:
"Porto-Riche et Bergson: Tous ces écrivains juifs vont du sérail à la synagogue. Pas le salon.Pas la place publique."
Pris au hasard, dans le tome que j'ai sous la main, tome XIV de Mes Cahiers, page 121.
Ce n'est pas un extrait en dehors de son contexte, c'est présenté par Barrès comme un aphorisme.
Il y en a hélas des tonnes comme ça.
Ecrit par : Henri | 19/02/2007
Et alors ?
Je puis aussi vous citer des tonnes de vos propres balourdises, par exemple chez Assouline, dont vous paraissez être une des plus fidèles tiques...
J'adore tous ces impayables pucerons qui, alors qu'ils s'expriment eux-mêmes dans une langue approximative ne leur servant, du reste, qu'à émettre quelques vagues avis, se permettent de juger celles et ceux qui les dépasent de la hauteur d'un bon millier d'univers...
Ecrit par : Stalker | 19/02/2007
Mes balourdises de tique ont peu d'effets sur le monde et quand bien même elles en auraient...
Les théories nationalistes et antisémites de Barres, depuis 1914 jusqu'en 1945 sont des balourdises (un détail de l'histoire sans doute pour vous) qui pèsent leur poids de sang et d'horreur.
Libre à vous de ne pas les juger, quant à moi, je ne cesserai pas de le faire, ici ou ailleurs.
Ecrit par : Henri | 19/02/2007
Eh bien voilà comment l'imbécile se révèle : en ne se rendant même pas compte de ce qu'il écrit. Si je vous suis bien, vous arrivez ici en nous disant, sans avancer la moindre preuve, que Barrès N'est PAS un écrivain (en tout cas de talent). Vous le faisant remarquer en vous disant, très intelligemment, que Barrès est au contraire un écrivain de talent, vous bifurquez immédiatement de la critique stylistique (que du reste vous avez été incapable de nous livrer) au procès d'intention.
Bien sûr, vous direz de même d'un Céline, à moins que, selon la haute autorité littéraire que vous êtes, vous jugiez aussi qu'il n'est pas un grand écrivain ?
Voici : vous êtes donc ce qu'il est convenu d'appeler un con, qui ne démontre rien et s'imagine que son pet de lilliputien va aggraver l'état de la couche d'ozone, alors qu'il ne fait qu'incommoder, oh bien légèrement, ses voisins virtuels.
De ce qui précède résulte le fait que, outre être un con décérébré, vous êtes un de ces infects moralisateurs de la gauche donneuse de leçons, acculturée, acéphale et bien évidemment détentrice de toutes les vérités.
Pauvre imbécile : vous ne savez rien de Barrès et, en fieffé crétin que vous êtes, vous faites apparemment découler de ses écrits la Shoah ?
Mon pauvre garçon, s'il fallait couper les couilles de tous les antisémites de gauche (et je ne dis pas que Barrès en est un, d'antisémite), notre pays serait vidé depuis des éons de tous les imbéciles nouveaux-nés se réclamant de leurs emmerdeurs de père.
Ecrit par : Stalker | 19/02/2007
Remplacer la discussion par l'invective!
Une arme que je croyais obsolète depuis l'Action française et les dictatures.
Comme quoi même en littérature (dans la littérature de posture que vous affectionnez) on peut aussi faire de grands bonds en arrière.
Ecrit par : Henri | 19/02/2007
Henri, vous avez atteint le point Godwin... La discussion est donc close. Je laisse ouverts les commentaires, mais je vous prie de n'intervenir que pour effectivement commenter ma note.
Tout de même, pourquoi doit-on, tous les quinze du mois, justifier l'intérêt que l'on peut porter à des écrivains qui étaient par ailleurs fort peu fréquentables ? Si vous avez décidé de ne plus lire Céline, ni Lovecraft, ni Dantec, ni Barrès, ni Brasillach, ni Abellio, ni de Maîstre, ni Rebatet, ni Renaud Camus, ni Nabe, bref, tous les écrivains qui ont été antisémites, ou xénophobes, ou islamophobes, ou qui, simplement, passent à vos yeux pour des monstres, c'est votre affaire, cela ne regarde que vous...
Juan, les donneurs de leçon ne sont pas qu'à gauche... Et, Henri, Juan a raison, l'antisémitisme de gauche est une réalité historique...
Samuel Gourio : merci, mais vous vous trompez, l'article de Bruno est admirablement écrit, et tout à fait accessible. En fait, il est même supérieur au livre. Mais Bruno vous a déjà répondu. Proposez-nous vos propres textes, et nous en reparlerons...
Ecrit par : Transhumain | 19/02/2007
Je les lis parfois, je ne veux simplement pas en faire des icones, ni des écrivains de droite, ni de gauche, ni de personne
Ecrit par : Henri | 19/02/2007
Littérature de pose ?
Imbécile : McCarthy, Bernanos, Mistre, Conrad, Faulkner, Broch, Canetti, Melville, Stevenson, Sebald, Kafka, Abellio, Lowry, Manley Hopkins, Baudelaire, De Quincey et une bonne centaine d'autres.
Littérature de posture ?
L'invective ? Elle date au moins, fieffé pantin, du premier texte en vieux françois.
Olivier : bien sûr mais, comment dire... Les donneurs de leçon de gauche sont ceux qui me font le plus irrésistiblement rire.
Qu'il retourne à ses vignes ce puceron : lorsque l'on dit de telles âneries sur la littérature, il y a fort à parier que l'on soit aussi fort piètre vigneron (le lien ? pas le courage de vous expliquer les liens entre la littérature, la bonne, et le vin, le bon)...
Et la même sempiternelle rengaine concernant la sacro-sainte possibilité de critiquer la terre entière, sans se reconnaître le moindre maître : en n'acceptant d'aucune figure tutélaire des leçons qui paralyseraient leur immonde et comique prétention, ces nains doivent croire qu'ils ont inventé le fil à couper le beurre...
Ecrit par : Stalker | 19/02/2007
Pas Mistre (ou alors Mistral) mais Maistre of course...
Ecrit par : stalker | 19/02/2007
Cher Transhumain,
Sur le plan formel je ne peux souscrire à votre lecture du texte de Bruno Gaultier sur American Black Box.
Dantec veut témoigner d'un naufrage historique : le nôtre. Il se veut aussi soldat du Verbe contre le Néant. Dans la guerre métaphysique éternelle il a choisi son camp. Dès lors les mots sont des munitions mentales plus ou moins efficaces selon l'habileté de l'écrivain. Difficile de le confondre avec Angot, Onfray ou Zeller. Il vend ses livres mais refuse de prostituer sa pensée. Fasciste ! hurlent en troupeau les catins médiatiques. Il voit dans le djihadisme l'ennemi majeur des hommes libres pour le prochain siècle. Il ose critiquer la politique arabophile de l'Etat français. C'est un raciste proaméricain payé par la CIA, apprenons-nous à la lecture salvatrice de Pierre Marcelle, grand défenseur des Droits du Terroriste et grand styliste de la Nouvelle Langue Française, si simple d'emploi qu'un animal de salle de rédaction ramolli du bulbe l'enregistre en une semaine.
Les colères, les longueurs, les maladresses formelles n'effacent pas les aphorismes brillants et tranchants comme des coups de sabre, les éclairages saisissants sur les origines de l'islam, les coups de pieds au cul de la Tête de veau présidentielle. Pour certains ennemis les munitions de haute précision suffisent pour d'autres l'usage du napalm est nécessaire. Le penseur combattant les idoles doit user d'un marteau très résistant et porter des coups de plus en plus violents car plus l'idole est creuse et influente sur le troupeau plus sa carapace se durcit. Une lichette de dialectique pour finir ? Comme l'écrivait Maurice Dantec dans un volume précédent de son TDO quand la philosophie se sépare de l'amour il ne reste que les sophismes. Comme l'écrivait Bernanos, le plus grand des logiciens c'est le diable.
Bien cordialement.
Samuel Gourio
Ecrit par : Samuel Gourio | 19/02/2007
Vraiment, Samuel, vite, un blog! que penseriez-vous de http://ilovedantec.hautetfort.com , comme URL? Je pense que ça irait assez bien avec la teneur de vos propos. Ou bien http://our-secret-is-called-mg-dantec.blogspirit.com ... Foncez: je crois que ces URL sont encore libres.
Ecrit par : Bruno | 20/02/2007
Franchement, Samuel, vous me décevez - enfin, si tant est que j'avais quelque attente. Bruno sait lire lui, et sait lire Dantec. Si son article vous dépasse, car il vous dépasse, comme vous dépassent les écrits de Dantec, c'est avant tout parce qu'il ne s'est pas contenté de bégayer les prophéties de celui que vous suivez aveuglément, sans le comprendre, comme un gourou. "Dantec veut témoigner d'un naufrage historique : le nôtre", dites-vous. Certes ! Mais il s'agit précisément de ce qui, dans American Black Box, pose problème. Bien sûr, en dépit de ses excès, que je déplore, nous avons encore besoin de voix dissidentes telles que la sienne, ne serait-ce que pour réveiller un peu nos sens endormis. Mais si son arme est effectivement le Verbe, celui-ci doit alors être fort, supérieur, cesser de se prendre lui-même pour objet, mais écrire la chair, le corps, la vie, le lien. Tendre à l'immanence !
Par ailleurs, d'autres que Dantec ont déjà dit avant lui, et mieux, comment notre société se saborde elle-même. Mais eux ne se contentent pas de ricaner, séparés de ce prétendu naufrage par un océan et des frontières, eux ne passent pas leurs pages à nous prédire la fin du monde. Eux cherchent à sauver ce qui peut encore l'être, et quel meilleur moyen, précisément, que le verbe ? Mais ça se travaille, la langue, c'est une ascèse, l'écriture, pas une grossière bombone de gaz ! Pas un fusil de sniper !
Alain Damasio par exemple, écrivain d'une autre trempe, décrivait en 2001 dans La Zone du Dehors, que je viens de relire, la lutte d'un groupuscule anarchiste contre le cadavre de la scoial-démocratie. Voilà un verbe vif, vivant, vivifiant ! Voilà un verbe qui me transforme, qui m'élève, qui me réapprend ce qu'exister veut dire, qui me fouette les sangs, qui m'exhorte à ne pas me laisser happer par les pièges de la société du spectacle, ou celle de l'homo festivus, ou celle de l'UMHU ! Cosmos Inc. et Grande Jonction font le même constat, et pour ça ils sont extrêmement précieux - ce n'est pas pour rien, tout de même, que je consacre tant de pages à l'oeuvre de Dantec, ici-même ou, par exemple, dans La Presse Littéraire spéciale "écrivains infréquentables" qui paraît dès demain -, mais leurs conclusions, comme les choix formels de Dantec, sont erronés. Son contre-virus est séduisant, mais vicié, il n'est pas habité par le verbe, pas suffisamment, il ne fait aujourd'hui que l'habiter. Je ne cesse de le répéter depuis ma critique de Cosmos Incorporated, et si Dantec et David Kersan me portent encore une certaine estime, j'ai la faiblesse de penser que c'est parce qu'ils sentent, confusément, non pas que j'ai raison - ils ne sont évidemment pas d'accord avec mes présupposés -, mais qu'à contre-courant de la horde de suiveurs, de fans ou d'admirateurs, quelques garde-fous (et l'article de Bruno, paradoxalement, joue aussi ce rôle) leur sont, plus que jamais, indispensables.
Dantec se voudrait donc, selon vous, "soldat du Verbe contre le Néant". Cela ne veut rien dire, ce n'est qu'un stupide slogan, ou, pour parler comme Dantec, de fausses paroles... De quel Verbe parlez-vous ? De quel Néant ? Du vôtre, celui de votre prose barbare ?
Quoi Angot ? Quoi Zeller ? Mais mon pauvre, avant de parler d'habileté de l'écrivain, avant de parler de style, avant de parler d'un verbe salvateur, apprenez à lire. Croyez-vous que la littérature se limite à Dantec d'un côté, à Angot de l'autre ? Dantec n'est pas, et de loin, le meilleur écrivain français, il n'est pas celui dont la parole sauvera la littérature, ni la France. Grande Jonction, en un sens, n'est qu'un (passionnant) roman de fantasy, et American Black Box, ce pétard mouillé, n'a de mémorable que ce qu'en a extirpé Bruno (et qui n'est déjà pas si mal). Mais Dantec, contrairement à vous, a beaucoup lu, et lit encore plus que vous ne le ferez jamais. S'il s'est fourvoyé dans une voie sans issue, si sa littérature se contracte sur elle-même, il cherche encore, et son devenir naine-noire n'est pas encore certain, une supernova est peut-être encore possible. Voilà pourquoi je continue à le lire, avec attention, ses romans surtout : en devenant fiction, en passant au filtre de la métaphore, ses idées échappent à l'univocité idéologique, deviennent ambivalentes, se libèrent des chaînes avec lesquelles vous voudriez les enchaîner.
En un sens, votre commentaire est un exemple frappant de ce qu'a peut-être voulu éviter Bruno dans son article, en laissant de côté la litanie anti-islamiste de Dantec. Dantec le polémiste n'a pas le dixième du talent d'un Léon Bloy. Ses faiblesses, ses maladresses, ses raccourcis, ne permettront jamais à sa prose de lutter contre les djihadistes, sinon chez les plus bas du front d'entre vous, ceux qui ne rêvent que d'en découdre, d'abattre les barbus de leur propres mains (c'est-à -dire, tout ce à quoi je refuse de réduire l'oeuvre de Dantec). Vous êtes un singe, Samuel, vous n'avez que ces mots à la bouche, "munitions", "armes", "haute précision", "tranchant"... Le napalm ? Ah, mais je ne connais que le napalm virtuel, moi, celui qui me permet, séance tenante, de vous bouter hors de mon blog. Quant à l'amour, que vous convoquez sans même en comprendre le sens, il est trop absent de son oeuvre, sinon, ces derniers temps en direction de Dieu.
Dantec a trouvé le salut dans le Christ, mais il oublie, il me semble, quelque chose de fondamental. Une phrase de l'Innommable de Samuel Beckett, ne cesse de me hanter par sa puissance, par la vérité qu'elle contient : "Moi seul suis homme et tout le reste divin." Elle est là , la littérature salvatrice. Dans Kafka, dans Beckett, dans Borges. Dantec est important, mais pas pour les raisons que vous imaginez.
Non, définitivement, Dantec n'a pas besoin de kamikazes comme vous. Et moi non plus.
Ecrit par : Transhumain | 20/02/2007
S'il était besoin d'un peu plus que de deux URL aux titres évocateurs pour répondre encore, et après ta belle mise au point cher Olivier, je dirais que précisément tout ce que Samuel reprend d'ABB à son compte est bien ce qui ne m'a pas intéressé dans le livre, que l'intéressant est bien plus dans les schémas et dans les gestes de pensée propres à Dantec (ceux dont j'ai fait quelques titres de parties dans l'article) que dans les énervements contre l'époque.
Le papier que j'ai écrit sur Ring est un papier qui m'a été demandé, cela je crois tout le monde l'avait compris, ce qui n'impliquait nullement que je me mette à devenir l'étendard de Dantec, qui n'en a nul besoin, ni que je me fasse son exact porte-voix. Car voilà ce que vous ne saviez pas, Samuel, mais on va le dire: à la suggestion de David Kersan, Dantec devrait, dans les temps à venir, cesser de parler de politique en public, que ce soit dans les médias ou par écrit. Pourquoi? parce que ras-le-bol des raccourcis idéologiques ou des identifications hâtives avec les franges les plus basses de la droââââte franchouillarde, assez de nos pourfendeurs d'époque contemporaine à la petite semaine, assez des "fans" justement au plus mauvais sens du terme ( "fanatiques", ou quelque chose comme cela). Dantec n'est pas une star, il serait malsain que ses lecteurs, c'est-à -dire des personnes libres qui réfléchissent un peu, se réduisent à des fans qui dupliqueraient ce que lui dirait.
Quand je lis Dantec, il y a un point sur lequel je suis viscéralement d'accord avec lui, mais précisément ce n'est pas, ou plus, de politique qu'il s'agit réellement, et encore moins d'idéologie: c'est sur la foi. Je suis catholique comme lui. L'accord entre lui et moi est là . Mais il y a plus d'intérêt pour moi à discuter avec Olivier, qui est athée (tu corrigeras si je me trompe, Olivier...), qu'avec des cathos bien convaincus qui me réciteront du Dantec lorsque je voudrai en "parler". Citer n'est pas forcément le meilleur moyen d'avoir un avis pertinent (d'où la remarque d'Olivier sur toutes ces conneries de "soldat du Verbe", et compagnie).
Maintenant, arbitrons. Le problème réel n'est pas tant ce que pense Dantec, et ce que je pense de sa pensée (jusqu'à preuve du contraire, cet homme qui pourrait être mon père a lu beaucoup plus et mieux que moi, vécu beaucoup plus d'épreuves dans sa vie que moi, et quand on sait le poids de souffrance qu'il supporte, croyez bien que c'est presque un miracle qu'il soit resté si gentil, si humain, si généreux), que celui de l'indépendance de la littérature par rapport à tout discours idéologique global. Je n'ai pas encore assez lu les déclarations de Damasio sur son propre travail, mais s'il s'avérait que dans ses romans prime une dimension politique, certes j'éluciderais celle-ci avec la même précision que celle accordée à Dantec, à ABB, mais je ne pourrais y souscrire...
Dans La Horde du Contrevent, il y a un certain nombre de motifs politiquement identifiables, mais il y a par-dessus cela l'intelligence et la poésie d'un véritable grand bonhomme de la littérature; il y a le goût de la belle complication, de l'idée que tout raccourci est haïssable, que l'origine nous est interdite: bref, ça pense, ça emprunte des motifs deleuziens, derridiens, ça réfléchit. En fait, je me lasse très vite de voir la pensée des années 60 être intégralement discréditée par des gens qui ne la lisent pas, à peu près autant que la réduction de deux géants comme Kant et Hegel à des lourdeurs de style qui ne sont jamais qu'apparentes, et nécessaires en philosophie (ah oui, c'est moche, la philo ce n'est pas le "style", la "petite musique", c'est autre chose...). Ou des incultes pointer le désert culturel de l'époque lorsque leurs propres lectures se sont limitées à Extension du domaine de la lutte, Les racines du mal et le TDO 1.
Le dialogue intéressant est entre Dantec et Damasio, il faudrait que celui-ci ait lieu, en fin de compte.
Pour en finir avec ABB: les non-fans m'auront reproché, dans l'article, la complaisance, les fans m'auront reproché le manque d'assentiment. Où était, sur pareil livre, la justesse de ton? Sans doute, selon toute vraisemblance, dans les quelques lignes qu'Olivier a rapidement signées pour me taquiner un peu: reconnaître les moments de hauteur, et laisser de côté ce qui du livre, sans doute, vieillira assez mal. Dans le départ de la pensée et du pathos.
Et effectivement, la présence d'Olivier à Ring (à ce propos, attachez vos ceintures, le prochain texte d'Olivier sur Ring est un petit bijou d'humour malicieux et d'enthousiasme débordant) est un garde-fou, tout comme son avis sur les ouvrages de Dantec. Pour ma part, j'ai joué le jeu du site Ring, favorable par principe à Dantec, en montrant la manière dont je lisais Dantec, partiale sans doute, bâtie sur des présupposés discutables, mais comme toute lecture, semble-t-il, est condamnée à l'être...
Ecrit par : Bruno Gaultier | 20/02/2007
Ah, merci Bruno ! Mais mon texte sur Vurt, à paraître sur Ring, n'est pas bien sérieux... Un bijou ? Oh, non. Juste l'envie subite, et capricieuse, de subvertir un peu la revue en ligne. J'ai bien peur, surtout, que personne n'y comprenne rien. Mais qu'importe : si je réussis à intriguer quelques lecteurs, à les faire s'intéresser à la prose survoltée de Jeff Noon, je serai satisfait. Mon prochain article, je te le promets, sera moins "fun".
Si je suis athée ? Quelle question ! Bien sûr. Ou agnostique, même si je crois encore à notre capacité à trouver des réponses scientifiques à certaines questions métaphysiques. Mais je ne crois pas en Dieu, ça non. Je crois en l'Univers et en ses mystères.
Tu as bien synthétisé par ailleurs ce que j'essayais, un peu maladroitement, de faire comprendre à mister Gourio. C'est-à -dire que la littérature, comme les autres arts, est justement le lieu où le discours, idéologique ou philosophique, explose en de multiples directions. Rien à ajouter.
Un dialogue Dantec/Damasio ? Oui, j'en rêve. Mais je crains qu'il ne soit plus possible aujourd'hui. Trop de divergences politiques et philosophiques. Tu imagines un débat entre W. Bush et José Bové (sans vouloir faire insulte à nos deux auteurs) ?... D'ailleurs, selon mes sources, des tentatives de dialogue ont déjà été amorcées, restées sans suite.
Si La Zone du Dehors est en effet un roman "politique", on y observe déjà la tentative de Damasio de transcender son discours (Cerclon ressemble beaucoup, par certains aspects, à l'UMHU développé plus tard par Dantec) par un impressionnant travail stylistique et narratologique (déjà , il multipliait les points de vue, craignant plus que tout les partis-pris simplistes). Mais ce n'est que dans La Horde du contrevent qu'il parvient complètement à effacer le discours (sauf à Alticcio, chez les Tourangeaux) et à proposer au lecteur, par un travail de la langue plus abouti, une phénoménologie qui lui est propre. Et son prochain roman, s'il est réussi, écrasera tout sur son passage. Sauf qu'il passera encore inaperçu en dehors du milieu des littératures de l'imaginaire.
Il sera vraiment intéressant, je crois, de confronter nos deux lectures de La Zone (roman qui effectivement te posera problème à certains égards, et qui, du reste, n'est pas sans m'en poser, mais attendons sa réédition prochaine), et de La Horde. De toute façon, Alain est tellement encensé de partout, que lui aussi a besoin qu'on le chahute un peu. Et je sais, pour en avoir parlé avec lui, qu'il en sera le premier ravi.
Bien à toi.
Ecrit par : Transhumain | 20/02/2007
Franchement Transhumain, vous décevoir ne m'émeut guère. Bruno sait lire Dantec mais il préfère Derrida. Je lui reproche d'ailleurs de mal écrire, non de mal lire. Je ne suis pas dépassé par le papier de Bruno mais lassé de tant de lourdeur formelle et de sa conclusion ménageant la chèvre et le chou en parfait dialecticien. Quant à mon état supposé d'adepte de la secte très dangereuse des black boxers, je préfère vous signifier tout de suite que je ne suis le disciple que du Christ.
S'il n'y avait que les commentaires sur le néant politique et culturel de Zéropaland qui posent problème dans American Black Box ! Quand vous jugerez n'avoir plus besoin de la voix dissidente de Dantec tenterez-vous de l'étouffer au formol positiviste ? C'est pour réveiller les consciences qu'il écrit. Pour vos sens il y a Sade ou Bataille, la flagellation ou la douche écossaise. Son verbe ne tend que vers la Transcendance : concept abstrait qui vous dépasse.
Je ne savais pas qu'il s'était contenté de ricaner à Sarajevo. Pourquoi vouloir sauver ce qui peut encore l'être si TOUT VA BIEN ?
Have a nice day !
Samuel Gourio
Ecrit par : Samuel Gourio | 21/02/2007
Mon petit Gourio, vos propos ne dépassent pas, permettez-moi de vous le dire, la discussion de comptoir. Vous n'êtes pas une soirée Blackboxers, ici. Je laisse Bruno répondre aux point qui le concernent - s'il le souhaite. Mais tout de même, parler de "lourdeur formelle" quand son texte est d'une précision, d'une pertinence qui n'ont pas échappé, bien sûr, à Dantec lui-même, est un peu fort, surtout de votre part. Vous, il vous faut du "Zéropaland", du "Shirak", des K et des Z partout, des insultes anti-Inrocks, des déclarations de guerre, des barbus dont l'ombre immense plane sur la pauvre France, des Croisés contre le reste du monde, tout ça vous excite sans doute. Bruno, lui, a su tirer le meilleur d'American Black Box. Mi-figue, mi-raisin, sa conclusion ? En quoi ? Argumentez, mon cher. Sans quoi votre opinion reste une opinion, autant dire : du vent.
Et vous ne m'avez pas bien lu. Pas du tout, même. Sade ? Bataille ? Oui, de grands écrivains, eux. Mais quand je vous dis, citant Beckett, citant Kafka, que l'écrivain doit écrire le corps, la chair, je ne vous parle pas du tout de cette chair-là , mais bien de celle d'où la transcendance naît ! La chair de l'esprit, si vous voulez. La transcendance se mérite. Et n'existe pas sans l'immanence. Le verbe, c'est la langue, et ça se travaille. L'écrivain doit proposer sa propre phénoménologie, vous disais-je, sa propre vision du monde, pas avec des slogans, pas avec des raccourcis navrants, mais, en premier lieu, au travers du style, de son appropriation personnelle de la langue. Faire naître le réel, littéralement, avec son verbe. Comment se fait-il que je ressente, moi, athée que la transcendance, dites-vous, dépasse, comment se fait-il que je ressente un véritable vertige métaphysique en lisant Les Yeux d'Eéchiel sont ouverts, en lisant Monsieur Ouine, Le Désespéré, Le Procès, Molloy, Les Frères Karamazov, mais aussi Rendez-vous avec Rama, Le Maître du Haut-château, Dune, Le Seigneur des Anneaux ou Hypérion, et même en lisant Babylon Babies, et Villa Vortex, mais plus du tout dans Cosmos Inc. et Grande Jonction, plus du tout dans American Black Box ? Je ne rentrerai pas dans les détails, et j'évoque la question dans mon article paru aujourd'hui dans La Presse Littéraire, mais d'une part Dantec a cessé de s'ouvrir au monde, d'attirer à lui tous les événements, les découvertes, les théories, et d'en concevoir de nouvelles idées. Dantec était, de tous les écrivains français, celui en qui je plaçais le plus d'espoirs, celui qui m'emmenait toujours plus loin. Désormais, tout part de, tout mène à , Dieu. Et tous les concepts par lui utilisés, puisés chez Nietzsche ou Deleuze, sont pliés, tordus, pour entrer en résonance avec sa foi. Ca se manifeste, dans ses romans, par un étrécissement géographique, et par la substitution de la spéculation scientifique, concrète, par une spéculation théologique abstraite, qui exige notre croyance préalable en Dieu. D'autre part, stylistiquement, Dantec décroche. Grande Jonction a visiblement été écrit trop vite (lire ma critique). Je résume : le "sense of wonder" propre aux grands romans de SF, a disparu ; et le verbe ne brille guère.
Comment pouvez-vous, sans rire, ériger le Verbe en valeur absolue, au point de faire de Dantec son "soldat", et, dans le même temps, écrire que les faiblesses formelles n'ont pas d'importance ? Soyez cohérent, ou taisez-vous.
Ecrit par : Transhumain | 21/02/2007
style lourd, "lassant" (que répondre à cela? personne ne vous a obligé à me lire...), "habile dialecticien"... Eh bien, je crois qu'il n'y a pas grand chose à répondre face à ce qui ressemble aux linéaments d'un anti-intellectualisme tout à fait inintéressant. Bordel, le monde c'est noir ou blanc, à gauche ou à droite, fromage ou dessert, et entre les deux il faut trancher ou bien se taire. Non-non-non la réflexion n'est pas l'évaluation de plusieurs positions, elle est l'adoption d'une posture, le plus rapidement possible de préférence. c'est Derrida OU Dantec, et si on n'aime pas l'un, forcément c'est qu'on aime l'autre. Na.
Allez donc lire ce que j'écrivais sur Derrida, sur Systar, vous verrez que je ne suis pas aussi gentil avec lui que vous le croyez. Et plus me plaît la plus maniérée, la plus capillo-tractée et la plus hermétique des pages de Derrida que les simplismes aberrants des "fans" absolus de Dantec.
Mon cher Olivier, le problème reste que Maurice ne décroche pas complètement, que même dans GJ il y avait des choses réussies, de belles pages (et la chute de Rome, alors? elle est pas belle, la chute de Rome, dans GJ?). Même si je comprends que la perspective chrétienne puisse ne pas emporter ton assentiment.
Alain à la fois vise juste et tape un peu à côté sur Maurice: je crois surtout, comme nous le disions hier, qu'Alain et Maurice représentent chacun deux options existentielles majeures, que les thuriféraires de l'un comme de l'autre ne manqueront pas de "manquer", justement: Maurice "vient" du lien et met en avant la singularité pure (donc, in fine, la solitude, dont ses romans parlent de plus en plus, jusqu'à ABB, qui est d'abord le livre d'un solitaire qui parle de son époque), tandis qu'Alain me semble mettre en avant le lien, mais en n'évitant pas de constater que la notion de groupe ne peut avoir de sens que si elle est nourrie par la constitution de singularités (en quoi on n'en finira jamais complètement avec la pensée d'un sujet-substance, ou avec cette idée d'une sphère d'indubitabilité enracinée dans la subjectivité, depuis Descartes...), comme en témoignent Pietro, Orochi, Caracole, Erg, Golgoth, et même Sov, dont le rôle de scribe est aussi un acte solitaire de manipulation du vent (des glyphes, etc, mystère de la manipulation des signes et des êtres qu'il redécouvre à la fin du roman).
La solitude est l'état de fait terminal de la Horde, et Alain Damasio voulait en faire la partie étroite d'un sablier qui appellerait une suite où, depuis Sov, toute la Horde se réengendrerait. La vraie question qu'Alain Damasio doit peut-être se poser, après avoir dit que le lien l'emporte sur la solitude, c'est: est-il possible de réengendrer un lien authentique après une telle destruction? Une suite à la horde est-elle possible?
Simples questions jetées au vent par un "habile dialecticien", "lassant"...
Ecrit par : Bruno Gaultier | 21/02/2007
Mon grand Noël, savez-vous ce qu'est une image ? Connaissez-vous la différence entre la lettre et l'esprit ?
L'esprit crée la chair et non l'inverse.
Et si Dantec voulait servir le verbe et non s'en servir ?
La littérature de Dantec est universelle puisque cathol
ique. Tout grand art est métaphysique. Il a cessé de s'ouvrir au monde ? Si c'était le monde qui s'ouvrait à lui ?
Le papier de Bruno, très réussi sur le fond, est équivoque car il est impossible de savoir ce qu'il pense vraiment d'American Black Box. Ce qu'il me faut c'est que vous évitiez de déformer mes propos en me collant une étiquette.
J'apprécie les écrivains intelligents mais goûte peu les intellectuels de l'intellecture.
Bruno vous devriez de temps à autre utiliser les participes présents ou passés et les tournures au passif cela vous éviterait de multiplier les relatives dans vos phrases. Votre prose ressemblerait moins à celle d'Angot.
Et les règles typographiques de la ponctuation ? Et la précision des citations ?
Pour l'essentiel je suis triste d'apprendre la mort littéraire de Dantec. Sinon pourquoi parler de son oeuvre au passé ? Vous avez tort, comme vous l'avez noté dans un éclair de lucidité, il est vivant et vous êtes mort.
Argumenter ? Mais la déesse Raison étant de votre côté à quoi cela pourrait-il servir ? Vous regarder dÃ