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  • Jeanne d'Arc à l'écran - 4 - Marco de Gastyne (1929)

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    Tandis que Dreyer prépare sa Passion de Jeanne d'Arc pour la Société Générale des Films, Pathé-Natan lance son propre projet, celui d'un « grand film populaire et national » (il sera d'ailleurs introduit par une citation du Jeanne d'Arc de Michelet).

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    Au scénario : Jean-José Frappa, qui détestait le film de Dreyer avant même qu'il fût produit, et qui enfonça le clou de la Passion après sa sortie [1]. Ce qu'il lui reprochait : de n'être pas assez français, mais aussi de donner une image trompeuse de l'héroïne : « M. Carl Dreyer n'a pas compris Jeanne de Domrémi. Il l'a diminuée en en faisant une paysanne à l'air obtus, affolée et pleurnicharde qui ne ressemble en rien à la petite fille vaillante dont les réparties d'une « divine candeur », courageuses toujours, ironiques souvent, sont parvenues jusqu'à nous dans ce manuscrit du procès de Rouen qui se trouve à la Bibliothèque de la Chambre des Députés. » [2] Et si d'un point de vue esthétique ces arguments ne valent pas tripette, il nous faut concéder que la Jeanne scénarisée par Frappa et mise en scène par le peintre Marco de Gastyne est infiniment plus proche de la Jeanne historique, telle que nous la laissent imaginer les livres d'histoire et les minutes du procès... La jeune actrice Simone Genevois (la Pauline Bonaparte du Napoléon d'Abel Gance) avait déjà une longue expérience du cinéma (elle commença à tourner à un an !) mais n'avait que seize ans au début du tournage, précisément l'âge de Jeanne à son premier départ pour Vaucouleurs ! Mieux encore, cette brunette – comme Jeanne d'Arc, souvent incarnée par des blondes –, plutôt jolie et née cinq cents ans et quelques jours après la Pucelle, joue à merveille et sans ostentation l'innocence comme l'exaltation, le défi comme l'abandon, le recueillement comme la volonté, et livre probablement l'une des plus belles incarnations de Jeanne, avec celle de Jean Seberg trois décennies plus tard.

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    Quant au film lui-même, autant que je puisse en juger avec la calamiteuse copie en ma possession, il est tout simplement excellent et ne mérite absolument pas le mépris avec lequel l'a traité la cinéphilie, jusqu'à l'oubli quasi total. Comédiens d'une grande justesse, costumes et décors franchement exceptionnels, mise en scène rien moins que brillante, intelligence du montage (Eisenstein, qui avait fortement impressionné Dreyer, est visiblement une grande influence pour les scènes de bataille d'une intensité inouïe – et autrement plus impressionnantes que chez DeMille), il s'en faut de peu que le film de Marco de Gastyne n'atteigne la perfection des grands classiques. La faute, sans doute, à sa pieuse fidélité au mythe, à de trop longs et nombreux intertitres et, surtout, à une construction rendue bancale par les fragments encore manquants – près d'un tiers du film. Les séquences rouennaises ne sont pas moins splendides que les autres, mais la mise entre parenthèses (provisoire ?) de la période de déclin de la Pucelle jusqu'à sa capture empêche le film, trop illustratif, d'atteindre au tragique. Espérons que soient retrouvés et restaurées les séquences manquantes, pour qu'enfin le monde découvre ce grand film relégué dans les oubliettes du cinématographe.

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    [1] « En ce qui concerne Jeanne d'Arc, j'avais jadis déclaré que ce personnage essentiellement français ne pouvait être compris par un étranger. J'avais écrit ici-même, qu'il fallait avoir des racines profondes dans le sol de France pour en saisir toutes les nuances » (J.-J. Frappa in Chanteclerc, 3 nov. 1928, cité in L'Avant-Scène Cinéma 367/368, La Passion de Jeanne d'Arc, jan-fév. 1988, p. 163.)

    [2] Ibid.

     

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