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Bibliothèque de l’Entre-Mondes de Francis Berthelot

Avant de me remettre à la critique cinématographique, délaissée provisoirement pour honorer quelques contrats, voici un article précédemment publié dans la « chronique des nouveaux mondes » de La Presse Littéraire n°1 en décembre 2005, consacré à un essai de Francis Berthelot sur les « transfictions », suivi d’un choix de lecture.

 

 

Curieusement, bien qu’il n’ait écrit que trois romans ressortissant effectivement des « littératures de l’imaginaire » (La Lune Noire d’Orion, Khanaor et son chef d’œuvre Rivage des intouchables), le théoricien et romancier Francis Berthelot n’est aujourd’hui connu que des habitués des collections de fantasy et de science-fiction. Entre 1994 et 2001, notre homme publia pourtant cinq volumes hors collections spécialisées, d’abord aux éditions Denoël (L’ombre d’un soldat, Le Jongleur interrompu) puis aux éditions Fayard (Mélusath, La Boîte à chimères, Le Jeu du cormoran). Son activité au sein du groupe Nouvelle Fiction, ainsi que ses travaux en narratologie (chercheur au Centre de Recherches sur les Arts et le Langage depuis 1989, il organise un séminaire à l'EHESS avec John Pier et Jean-Louis Schaeffer), lui ont par ailleurs ouvert les pages de revues prestigieuses comme Critique, Europe ou Le Magazine Littéraire. Depuis 2003, guère respecté par ses confrères – son homosexualité et son domaine de recherches ne jouent pas en sa faveur –, Francis Berthelot est à nouveau accueilli par les collections spécialisées ; Hadès Palace, son dernier roman, est ainsi paru en 2005 aux éditions du Bélial’.

C’est donc logiquement que Bibliothèque de l’Entre-Mondes, son nouvel essai sur les « transfictions » complété d’un guide de lecture, paraît aujourd’hui en « Folio SF ». Les transfictions ou « fictions transgressives », pour F. Berthelot, désigneraient les œuvres inclassables du 20e siècle, celles qui se situeraient aux frontières de la littérature générale et des littératures de l’imaginaire, à la jonction des littératures savante et populaire, dont les représentants s’appuieraient « en particulier sur les figures de l’inconscient – individuel ou collectif – et sur la manière dont celles-ci gèrent le monde ». Transgression de l’ordre du monde, transgression des lois du récit. Sous cette bannière aussi séduisante qu’artificielle, l’auteur réunit des écrivains universellement reconnus tels Jorge Luis Borges, William Burroughs, Abe Kôbô, Samuel Beckett, Franz Kafka, Vladimir Nabokov ou Virginia Woolf, mais aussi des auteurs de science-fiction comme Thomas Disch, Christopher Priest ou Robert Silverberg, ou encore des auteurs contemporains aussi divers que Thomas Pynchon, Antoine Volodine, Fabrice Colin, Martin Amis, Haruki Murakami, Sylvie Germain ou Chuck Palahniuk.

Nous pourrions gloser indéfiniment sur la pertinence du concept de transfiction (aussi flou – ce que reconnaît volontiers l’auteur – qu’intéressant) comme celle des choix du guide de lecture où des chefs d’œuvres incontestables côtoient des livres mineurs ou oubliés – quand d’autres, qu’on pourra juger incontournables, restent ignorés –, mais l’essentiel est ailleurs. Comme il est rappelé en introduction du « panorama » (page 134), « l’objectif principal de cet ouvrage est de donner un début d’identité à un corpus qui, jusqu’à présent, n’a jamais eu cet honneur ; […] il ne s’agit là que de la première pierre d’un édifice que d’autres – il faut l’espérer – continueront à construire ». L’entreprise, aussi linéamentaire soit-elle, n’en reste pas moins animée d’une véritable cohérence théorique – nous sommes donc loin du fatras sans queue ni tête d’une simple « bibliothèque idéale ». Et Francis Berthelot, forcément subjectif mais talentueux vulgarisateur, devrait sans mal susciter chez son lecteur l’impérieux désir de s’infiltrer entre les mondes et de découvrir (ou redécouvrir) des œuvres aussi essentielles que L’Adieu à l’automne de S. I. Witkiewicz, Crash ! de J. G. Ballard, L’Invention de Morel d’Adolfo Bioy Casares, Substance Mort de Philip K. Dick ou Le Sanatorium au croque-mort de Bruno Schultz. Ce qui, pour un essai publié en poche et destiné au grand public, n’est assurément pas négligeable.

 

Francis Berthelot, Bibliothèques de l’Entre-Mondes (guide de lecture, les transfictions), Gallimard, Folio SF, 330 pages, 6,20 €.

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Commentaires

  • J'ai lu, je ne comprend pas tout, mais j'aime l'idée.

    Oui j'ai lu trop vite, donc je suis revenue pour lire toute la série car je suis un peu têtue surtout si c'est intéressant ! Ce qui est le cas de :
    Des choses et des fantômes, à propos du transhumain
    1 - Tout doit disparaître
    2 - Le bas-bleu sacristain et l’imago
    3 - Machine-esprit
    4 - Le transhumanisme est une eupraxophie
    5 - La structure absolue et les lois de l'anature

    C'est plutôt clair mais tout de même assez difficile à appréhender pour ma petite tête.
    Tout ça est passionnant, cela met tant de choses en questions que je comprends que cela puisse renforcer certains à s'accrocher à leur pouvoir, ou ce qu'ils considèrent comme tel et comme acquis !
    Moi ça me rassure, nous ne sommes pas seul et pas "plus divin que malin" dans cet infini ; c'est cette idée qui me plait même si elle me dépasse. de plus ça me permet de me réjouir de la sensation d'être avec ce qui a été, ce qui est, et ceux qui m'entourent, à ce niveau d'existence en révolution c'est magnifique.
    Comme vous l'avez constaté, j'ai fait un "lien" sur mon blog d'une partie de ces textes pour amener (peut-être) mes amis ici et qu'on en discute ensuite ???? pour l'instant pas beaucoup d’écho !

    Mais maintenant ma curiosité me pousse à lire les livres en références !

  • Eh bien merci pour l'info, je pense que je vais m'atteler parmi mes nombreux retard à combler en lecture ces derniers temps à mettre Bibliothèques de l’Entre-Mondes sur le devant, cela a l'air bien intéressant

  • merci pour l'info également...

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