Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Fragments. Welcome to the ghost train

     

    sébastien coulombel, rochefort

    © Sébastien Coulombel, 2011


    L'Arche s'enlisait par vents contraires. J'en traversais le pont en transe, emporté par la fièvre aux confins de l'invisible. Les Logs commençaient déjà à se ternir – ils risquaient désormais l'engloutissement pur et simple. Dans son sommeil, Ana tenta de me rassurer : je ne devais pas m'inquiéter « pour le dragon ». Elle s'en occuperait. Transparente métaphore. Mais je ne cessai pour autant de guetter dans l'éther les traces du Léviathan.

     

     

    « J'étais dans une capsule spatiale avec Sophia, Petit Tom et le Singe Blond, à la merci du feu télépathique de l'ennemi, violentes salves de flux mentaux. Nous nous sommes enfuis à travers un conduit cosmique (où nous avons loupé les coeurs façon jeu de plateforme alignés horizontalement contre la voûte) avant de déboucher dans la rue principale d'un long, long village de type médiéval qui grimpait une colline – paysage d'une incroyable beauté, avec son herbe tendre, son château de pierre sombre, son hôtel de ville et ses bâtisses hors d'âge... Travelling inouï...

    Et deuxième rêve d'une cité inconnue en l'espace de quelques jours.

    Le plus étrange, c'est que je savais à quoi aboutirait cette montée.

    Mais ?...

    La sonnerie de mon réveil m'a arraché à ma vision édénique...

    Quoi d'autre ?

    J'hésite...

    vas-y.

    Il n'y a sans doute aucun rapport...

    Il y en a un. Fais confiance à tes associations d'idées.

    Eh bien, Michel Portal n'aime pas les vieux qui toussent.

    Hum.

    Je plaisante. Enfin, non, pas vraiment. Michel Portal n'aime pas les vieux qui toussent, c'est un fait. Encore qu'il soit vieux lui-même, mais son truc, ce n'est pas de tousser, c'est plutôt de souffler. Enfin, bref. J'ai trouvé une poupée à mon effigie au Blockhaus.

    Ton lieu de travail ?

    En quelque sorte.

    Tu soupçonnes quelqu'un en particulier ?

    Aouda LeFog.

    Poupée vaudou ?

    Ou veau d'or.

    Et K. ?

    Non. Son bestiaire est inoffensif. Et Rosencrantz et Guildenstern en sont incapables. C'est Aouda.

    Comment as-tu réagi ?

    J'ai laissé pousser ma barbe. Ainsi, la poupée n'est plus mon double, mais celui de mon ancien Moi.

    Ton Moi est-il suspendu à ta pilosité ?

    Chaque événement, même infime, annonce une Résurrection. Nous renaissons à chaque instant.

    C'est vrai que tu ressembles au Christ. Ou à ce chanteur, là.

    Francis Lalanne ?

    C'est ça.

    Il a joué Joseph dans Marie de Nazareth. Et Marie Nitzos l'a souvent croisé aux Belles Lettres.

    La maison d'édition ?

    Il y était directeur de collection, je crois.

    Oh. »

     

    Je suis né cent fois au cours de mon dernier voyage. Ceux d'en bas ne comprennent pas. Ils n'ont jamais vu les machines fantastiques à Vieux Reflets. Jamais ils n'ont arpenté la Passerelle du Vent à deux heures du matin – l'une des plus belles conjonctions au monde, m'a dit Mille Airs –, jamais n'ont échoué au Bucolique Urbain en plein coma. Jamais ils n'ont écouté la Lully's « Turquerie » as interpreted by an advanced script  en boucle à Saint-André. Et jamais ils n'ont dialogué avec l'Ange à l'ombre du Monolithe parnassien.

     

     

     

    Eau et feu ondoient de concert dans cette voie de purification et de renouveau.

     

     

    Lien permanent Imprimer Catégories : Blog 2 commentaires