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  • D’un fiasco l’autre (à propos de la Revue du Cinéma n°2)

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    En avril dernier, je vous faisais part de mon indignation d’avoir été associé à une revue sans projet, sans capitaine, sans autre valeur que son prix exorbitant. « La Revue du cinéma, écrivais-je, ressemble à un assemblage hétéroclite de blogs ou d’éditoriaux inégaux et sans rapport les uns avec les autres, sans lien insensible, sans vision. La Revue du cinéma, n’a pas d’âme. » À la suite de ce billet critique, le créateur de la revue, Joseph Vebret, qui notez-le refuse le titre de rédacteur en chef (alors qu’il en refuse surtout la responsabilité) avait réussi à me convaincre que tout serait mis en œuvre pour que la revue s’améliore. Or, force est de constater qu’il n’en est rien : les engagements n’ont pas été tenus, et le résultat est désastreux. À la lecture de la deuxième livraison du périodique en question, je suis à la fois affligé par tant d’incompétence – mêlée de prétention vulgaire –, et grandement soulagé de n’y avoir pas participé.

    Peu de choses à sauver dans ce numéro. Boromus, l’animateur bouffon du blog « Matière focale » – quelle élégance ! –, toujours autosatisfait, persuadé qu'il représente une critique alternative et novatrice, est insupportable de bout en bout : ce cancre entend aborder la technique, mais ne parle que de la sienne, pourtant fort malhabile. Dois-je une nouvelle fois lui rappeler comment finit son presque homonyme, Boromir, dans un roman célèbre ?... Sébastien Carpentier, le nouveau venu, ne vaut guère mieux. Et ne parlons même pas d'Adeline Bronner ou de Stéphanie Backe, simplement insignifiantes. Une belle brochette de nains braillards et de naines scribouillardes, tous réunis par une immarcescible incompétence, épinglée ici avec une joie féroce par Juan Asensio !

    Les problèmes déjà relevés restent les mêmes : la revue manque de cohérence, c’est-à-dire, concrètement, d'un vrai travail éditorial – aucun projet esthétique ou intellectuel ne la sous-tend. Le dossier consacré à Jean-Luc Godard constitue un bel exemple de cette totale improvisation. Après un beau texte de Sarah Vajda – un peu trop littéraire à mon goût, mais vraiment superbe – et un article insipide d’Armand Chasle, nous enchaînons sur un entretien avec Alexandre Moix (dont nous retiendrons surtout qu’il n’aime pas le cinéma de Godard), et enfin, apothéose, Sébastien Carpentier met cinq pages à nous décrire l’ennui que lui inspire le cinéaste de la Nouvelle Vague (ainsi que son immense fierté de voir publiés ses texticules dans la Revue) – ce dont nous nous contrefoutons tous royalement. Que la malheureuse victime prête à investir 19,50€ pour y trouver quelques lectures sérieuses sur l’œuvre de Godard se ravise immédiatement : contrairement à ce que laisse entendre une couverture mensongère (« Regards sur un créateur jamais à bout de souffle »), le cinéaste y est traité avec autant d’égards que s’il s’eût agi du dernier tâcheron à la mode. C’est grotesque ! Pire : c’est insultant. Non que Godard soit plus sacré qu’un autre, mais lorsqu’un cinéaste a déjà suscité des milliers de pages de prose et d’interprétation, la moindre des choses est d’en tenir compte. En d’autres termes, la revue se paie (cher) notre poire.

    Le dossier n’est hélas pas seul en cause : de manière générale, la revue (qui n’est au final qu’un fanzine prétentieux et ridiculement onéreux) accorde beaucoup trop d’importance à des films moyens, voire médiocres (Silent hill, V pour Vendetta, Transamerica, etc.), au détriment d’œuvres et de cinéastes qui mériteraient plus d’attention. Si l’on excepte Sarah Vajda sur Godard (et sur quelques films récents) et Marc Alpozzo sur A History of Violence de David Cronenberg (et encore, l’article de ce dernier n’est pas inédit, disponible depuis longtemps sur son blog ; je vous renvoie aussi à l’étude du film, ici même, par Sébastien Wojewdka), auxquels nous ajouterons volontiers l’interview de Michel Marmin par Ludovic Maubreuil, hormis ceux-là donc, la Revue du Cinéma, indigne de son prestigieux nom, évoque sans talent des films sans intérêt. Pour nos écrivaillons, l’œuvre cinématographique n’est jamais qu’un prétexte (une « matière focale ») pour pérorer. Peu importe le film, peu importe même qu’il s’agisse d’un film, d’un prospectus ou d’un étron : le tout est de se mettre en scène, de se mettre en valeur, et d’affirmer haut et fort son incroyable singularité. Le champion en la matière, nous l’avions déjà noté, est notre ami Boromir, qui n’hésite pas à se proclamer créateur d’un « nouveau courant critique », et qui ne cesse de prétendre avoir inventé la roue.

    Décidément, j’ai peur que la Revue du Cinéma (dont les meilleurs contributeurs ont tous un peu honte) ne quitte jamais le rez-de-chaussée – dont elle conserve d’ailleurs les initiales. Il va sans dire qu’elle se fera désormais sans moi.

     

     

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